L'ami Gauche de Combat lance une charge contre "les
Hollandais" qui feraient le jeu de l'extrême droite. C'est un
"jeu" récurrent, entre nous, de se renvoyer les responsabilités.
indépendamment, hier, je papotais avec deux copains socialistes, Jules Praxis
et Marc Vasseur, pas spécialement favorables à la politique du Gouvernement
(c'est un euphémisme), et on se demandait (rapidement, j'ai coupé court à la
conversion : 140 caractères de Twitter, très peu pour moi) comment allaient réagir
les électeurs.
Je vais néanmoins répondre à GdeC assez directement pour
commencer ce billet : ce que tu développes dans ton billet n'a strictement rien
à voir avec son titre. Tu cries ta haine de ce que fais le gouvernement - et tu
en as parfaitement le droit, la légitimité,... - mais tu ne démontres rien. Tu
te contentes d'affirmer qu'en faisant une politique pas assez à gauche fait
monter l'extrême droite. Ce n'est évidemment qu'une grosse connerie qui ne
convaincra personne.
La montée de l'extrême droite ?
D'une part, nous ne savons pas si elle monte : il n'y a pas
d'élection. Ce que l'on sait, c'est que la gauche socialiste aidée par toutes
les forces socialistes a fait passer une loi dite societale, le mariage pour
tous, et qu'à cette occasion, les oppositions ont été très fortes ce qui donne
le sentiment d'une radicalisation de la droite. Je parle d'un sentiment mais
c'est peut-être une réalité. Peu importe (on est entre gens de gauche,
nananère).
En aparté, on voit que quand la gauche fait une politique de
gauche, la droite se radicalise, ce qui est la preuve que la démonstration de
gauche de combat est proprement grotesque.
D'autre part, vous commencez à me les brouter sérieusement
avec vos analyses à deux balles à propos de l'extrême droite. A la dernière
élection présidentielle, Marine Le Pen, a fait 18%, comme son père (cumulé avec
un autre candidat d'extrême droite) en 2002, soit trois ou quatre point de plus
qu'il avait fait en 1995 et en 1988.
L'essentiel de la montée de l'extrême droite date du
tout début du premier septennat de Mitterrand et pas de plus tard, comme on le
lit trop souvent. Le Front National a monté en France dès qu'une politique de
gauche, avec des ministres communistes, a été mise en œuvre. C'est à cette
période que le Parti Communiste a perdu en masse l'électorat populaire.
Ainsi, les scores du Front National montrent que tout le
raisonnement de Gauche de Combat est erroné. Je comprends qu'il soit
désespéré.
Enfin, le score du Front National est élevé quand la droite
est faible, ce qui est le cas aujourd'hui mais depuis assez longtemps. Pour
l'instant, une seule personne a fait baisser le Front National : c'est Nicolas
Sarkozy en 2007. Aussi, au lieu de fanfaronner sur celui qui fait le plus
monter le Front National, on devrait réfléchir à ceci.
Je le refais en français : plus on fait baisser la
droite classique, si on peut le faire, plus on fait monter le Front National. Parallèlement,
plus on fait monter le Front National, plus la droite classique est en
difficulté. Quand on fait ce genre de constat, il est possible de multiplier à
volonté les combinaisons. C’est surtout amusant. Plus la gauche fait une
politique centriste, moins elle laisse de place à la droite et plus le Front
National monte, ce qui tend à donner raison à Gauche de Combat mais pour les
raisons exactement inverses de ce qu’il peut imaginer. Donc, on s’en tape.
Il reste trois ou quatre questions essentielles :
-
l’état de la France, ce qu’il faut faire,…
-
ce qu’en pensent les électeurs,
-
ce que l’on pourrait en déduire pour les prochaines
élections (municipales, européennes, départementales et régionales),
-
ce que l’on pourrait en déduire pour les prochaines
élections présidentielles et législatives.
Retroussons-nous les manches et abordons ces quatre sujets
en vitesses, j’ai rendez-vous à l’Amandine avec Corinne et sa mère dans un
quart d’heure.
L’état de la France et
ce qu’il faut en faire
Nous sommes dans un débat politique entre la gauche de la
gauche, la gauche gauche, la gauche maladroite, la gauche molle, le centre mou,
l’extrême centre, le centre droit, la droite sans couilles, la droite la plus bête
du monde, la droite dure et la droite extrême. Chacun aura donc ses solutions
pour améliorer la situation. Nous sommes au cœur du débat politique et c’est
amusant de comprendre que certains ne comprennent pas que l’on puisse ne pas être
d’accord. Cela mène à des invectives idiotes.
Il y a par contre des gens tout à fait tolérants et avec
lesquels ont peut discuter. Tiens ! Mon ami Babelouest. Il est courtois,
nous ne sommes pas d’accord, nous discutons, c’est un bonheur.
Je vais juste apporter une pierre à l’édifice car je suis
encore tombé sur une andouille qui m’a sorti : « il faut arrêter de
faire les mêmes politiques qui échouent depuis 30 ans ». Nous sommes d’accord.
Je pense même pouvoir dire que tout le monde est d’accord. Je propose donc d’arrêter
ce genre de platitude et de se rendre compte, enfin, qu’on ne met pas la même
chose derrière.
Je constate une seule chose, c’est que depuis trente ans, on
n’a pas réellement essayé une vraie politique de diminution des déficits, sauf
peut-être pendant l’ère Jospin mais je connais des lascars qui vont mettre ça
sur le dos de la bonne santé de l’économie mondiale.
Ce qu’en pensent les électeurs
Je n’en sais pas plus que vous, chers lecteurs, mais, au
moins, quand je fais semblant de le savoir, je le dis. Gauche de Combat, dans
son billet, énumère un tas de trucs qu’ont faits les socialos pour dire que ça
fait monter l’extrême droite mais je suis prêt à parier que les électeurs ne
savent absolument pas de quoi il s’agit.
Les électeurs voient un niveau de confiance, un niveau de
compétence et je ne sais pas quoi. Ils voient aussi que nous sommes dans une
crise économique et qu’on est mal barrés. Je conseille à mes camarades de
sortir de leurs locaux syndicaux et des blogs mais ils font ce qu’ils veulent. Je
crois que les gens se foutent totalement des mesures prises par le
gouvernement, individuellement, mais qu’ils regardent les résultats d’une
manière globale.
Le militant politique jugera que telle ou telle mesure est
bonne ou mauvaise. L’électeur pensera que le gouvernement a pris telle ou telle
mesure selon les choix qui lui étaient donnés. Prenons deux exemples : le
TSCG (ce fameux traité européen) et l’ANI (l’accord sur l’emploi). Je cite des
acronymes en précisant de quoi il s’agit parce que je suis persuadé que
beaucoup ne savent pas ce dont il s’agit. Et encore, la plupart ont
probablement oublié qu’il y avait eu un traité et un accord. C’est le genre de
truc qui n’intéresse que les militants politiques, voire que ceux de gauche.
Essayer de nous convaincre que les Français ont quelque
chose à cirer de ces deux trucs sans nous faire rigoler.
L’ANI : on y comprend que dalle. Il faut être salarié d’une
grosse entreprise susceptible d’avoir des difficultés pour s’intéresser à ce qu’il
y a derrière.
Le TSCG : vous avez trois minutes pour me citer des
différences par rapport au traité précédent et pour me dire en quoi elles sont
mauvaises. Je parle des différences, pas du traité.
Les prochaines
élections locales
J’en ai fait un billet avant-hier et je ne vais pas
recommencer.
Je suis néanmoins persuadé que pour les municipales et les
départementales, les gens vont voter selon la personnalité des élus, la
connaissance qu’ils en ont et qu’ils vont être très loin des enjeux nationaux. Ils
vont voter pour les compétences des gens. La politique nationale aura un très
faible impact dans la plupart des communes avec une prime au sortant, si le
sortant fait une bonne campagne et sait se couper des enjeux nationaux.
Je ne suis pas spécialement optimiste pour autant.
Les prochaines
élections nationales
C’est un peu tôt pour en parler. Il faut attendre les
évolutions des courbes…
Néanmoins, il ne me parait pas inutile de rappeler qu’il y a
deux enjeux : être qualifié pour le second tour (rien n’est jamais gagné
me rappelait Jospin, l’autre jour) et gagner le second.
Le candidat, a priori François Hollande, devra donc avoir
une politique, un projet,… qui amène peu d’électeurs traditionnels à aller voir
ailleurs, chez les Verts, au Front de Gauche, … pour passer le premier tour
mais qui ne soit pas trop à gauche pour passer le second.
Mes confrères pensent un peu trop au premier tour, s’imaginant
que tous les français pensent comme eux. Il n’empêche que la gauche a réuni 44%
des voix au premier tour. C’est donc bien avec des voix de droite ou du centre
que François Hollande a été élu. Et vous pouvez vérifier dans l’histoire de la
Cinquième, jamais un président de gauche n’a été élu avec une gauche
majoritaire au premier tour. Ségolène Royal est un exemple même si elle n’a pas
été élue : la gauche a fait 36% au premier tour et 46% au second.
C’est ainsi.
Le gauchisme ne fait pas gagner une élection en France, sauf
par la droite (la fracture sociale et tout ça). Seule la discipline électorale
peut le faire.







