18 avril 2014

KDB du 23 avril

Exceptionnellement, il aura lieu le jour de mon anniversaire. 

Aquilino et l'éthique en toc

Vous avez de la chance, ce billet aurait du avoir pour titre « Au cul l’éthique en toc » mais je ne me suis rappelé par miracle que mon blog était repris par des médias très sérieux qui m’offrent une opulente rémunération que je refuse gracieusement, ne tenant pas à concurrencer des gens qui vivent en écrivant des conneries. C’est de l’éthique. Je suis là pour donner mon avis et je le fais. C’est ainsi que je reviens sur la démission d’Aquilino Morelle parce que je lis de jolis commentaires. On nous parle beaucoup d’éthique et de choses comme ça.

Il faudrait qu’un jour les militants socialistes se réveillent. A droite, ils ne se posent pas les mêmes questions. Aquilino Morelle a démissionné parce qu’il n’avait pas le choix et parce qu’une meute de lascars lui est tombée dessus.

Oui ! Il a probablement fait un truc qu’il n’avait pas le droit de faire il y a sept ans, ce qui ne regarde que lui et son administration de tutelle. Non ! Son erreur n’est pas bien grave. Il a conseillé moyennant finances un laboratoire pour que ce laboratoire puisse être en conformité avec la réglementation française ou un truc comme ça. Au fond, d’ailleurs, personne ne sait pourquoi il était payé par ce laboratoire. A priori, il n’a pas donné d’information à ce laboratoire sur les contrôles ou audits qui pourraient porter sur lui. Son erreur ne concerne que sa hiérarchie de l’époque.

Je veux bien croire que l’on doive être exemplaire. Il faut que la gauche soit exemplaire aussi sur la justice. Il a démissionné, c’est ce qu’il avait de mieux à faire, pour ne pas peser encore plus sur les épaules de l’Elysée mais nous n’avons pas à le condamner. Nous n’avons pas à faire une chasse à l’homme. Surtout, il n’est pas élu, il n’est pas ministre. Il n’y a aucune limite. Un jour, on fera un procès au chauffeur de François Hollande parce qu’il a roulé à 55 à l’heure alors que c’était limité à 50 quand il avait 19 ans.

Arrêtons de parler d’éthique pour n’importe quoi ou de sortir des histoires de morales. Tiens ! Vous, les militants du Parti Socialiste qui me lisez, ça ne vous fait pas mal au cul que votre premier secrétaire ait été condamné par la justice. Et son prédécesseur aussi. Et Martine Aubry, qui était en poste avant, est toujours entendue pour une sombre histoire d’amiante.

La gauche, tous ces sympathisants de gauche, qui hurlent au scandale, est une machine à perdre. Une grosse machine à perdre. L’électeur se fout totalement de cette histoire de laboratoire mais il sera choqué par les histoires de cirage de pompe. Je l’ai déjà dit. S’il y a une affaire équivalente, à droite, les militants de droite, les twittos, les blogueurs,… ne vont pas se mettre à vitupérer.

Dans l’attente (de quoi, d’ailleurs ?), je me pose deux questions.

La première : qu’est-ce qui a poussé Médiapart à déclencher cette enquête ? Plus précisément, qu’est-ce qui a convaincu les dirigeants de cette entreprise commerciale à payer un journaliste pour qu’il enquête sur Aquilino Morelle ? Quel événement a fait qu’ils se sont décidé à payer ce journaliste, probablement parce qu’ils étaient sûr qu’il allait trouver quelque chose ?

La deuxième : comment Médiapart a-t-il pu savoir que le travail pour le laboratoire n’avait pas été autorisé par l’administration de tutelle ? Qui nous dit que si l’administration ne retrouve pas d’informations, ce n’est pas parce que l’information a disparu ?

La troisième (sur les deux, je suis très fort) : à qui profite le crime ? Qui cherche à flinguer François Hollande ou Manuel Valls ? Parce qu’il s’agit bien de ça, non ?

Alors l’éthique, hein ! L’exemplarité,…

J’aime bien défendre les causes perdues. On fera rapidement le parallèle avec l’affaire Cahuzac. A l’époque, je n’y croyais pas. Je me disais qu’il avait un compte en Suisse avec des trois français six sous dessus et qu’il l’avait oublié ou un truc comme ça. Je ne pouvais pas imaginer qu’un ministre du budget puisse avoir gagné de l’argent au noir et planqué le pognon à l’étranger. Du moins, je ne pouvais pas imaginer qu’un type de mon bord politique puisse accepter un tel poste avec de telles casseroles au cul, des casseroles énormes (même si je rappelle qu’on ne connaît pas encore le fin mot de l’histoire) qu’il savait forcément qu’elles finiraient par faire très mal à notre camp.

Cette fois, je vais me la jouer blasé. Oui, c’est possible qu’Aquilino Morelle ait fait une connerie. Je n’y crois pas et, au fond, si elle ne porte que sur la déclaration à son employeur, cela ne nous regarde pas. Si cela dépasse ce cadre, cela devient scandaleux mais ne nous regarde pas non, plus. Nous n’avons pas élu M. Morelle. Il est salarié de l’Elysée pour ses compétences en communication (on voit le résultat, d’ailleurs, j’espère qu’il est meilleur en conseilleur de laboratoires).

Par ailleurs, on trouve des loustics qui parlent sans savoir. A une époque j’étais consultant. A un moment, j’avais deux clients. Le premier était une grande entreprise. Elle me payait pour vérifier que le logiciel fourni par un éditeur était bien conforme. Le deuxième était l’éditeur pour que je l’aide à rendre son logiciel conforme. Je travaillais en toute transparence (ce qui n’a peut-être pas été le cas pour M. Morelle) sinon j’aurais été dans une position intenable (ce qui était probablement le cas de M. Morelle). Cela n’a jamais gêné personne. Au contraire, le client et l’éditeur avaient un joli logiciel…

A mes deux questions qui furent trois, je vais en ajouter une quatrième : pourquoi Jean-Christophe Cambadélis a-t-il plombé Aquilino Morelle a la télé ce matin ?

En attendant, les smicards, avec les mesures du gouvernement, vont toucher 500 euros de plus par an, soit en gros, la moitié d’un mois. Y compris, à peu près, les fonctionnaires au niveau du SMIC. Le minimum vieillesse aura été augmenté deux fois cette année, c’est une première. Le RSA a été augmenté de deux points de plus que l’inflation. 750 000 personnes auront bénéficier de l’élargissement de la CMU. 55000 étudiants supplémentaires bénéficient d’une bourse. 30000 boursiers ont vu leur bourse (pas leurs couilles, imbécile !) augmentée de 800 euros sur 10 mois.

La gauche préfère néanmoins faire des scandales pour des conneries.

Tiens ! Il y avait un meeting de Martin Schulz, hier soir. Les blogueurs et twittos de gauche ont-ils repris ses propositions ?

Non. A cinq ou six semaines d’élections, ils préfèrent jouer sur le registre : nous, socialistes au gouvernement, nous sommes tous des pourris.

Bravo. Continuez.

Pour ma part, je défends la veuve et l'orphelin et je bloguedegouvernementalise. Il est bien mon titre ? Parce que trois ans à taper sur mon camp pour des conneries qui n'intéressent pas l'électeur, ça ne m'intéresse pas.

Aquilino au sol

Finalement Aquilino Morelle aura démissionné avant que je réussisse à écrire son prénom sans me tromper. Comme j'ai déjà fait un billet de blog avec comme titre "Morelle est hardi", il faut que je trouve autre chose maintenant. "Absoudre Morelle" ? "Le prépuce à Morelle" mais ça ne veut rien dire ? "Meurtre et Morelle" ? "Fini de jouer à la Morelle" mais pas très net ? "Le parti de Morelle" bof ? "Morelle m'a tué" ? "Morelle démis" ? "Gare au Morelle" ? "Garrot Morelle" ? "Aquilino cent" ?

Un lascar a fait une pige de six semaines pour un laboratoire dont tout le monde se fout il y a sept ans.

Le premier couac de Cambadélis

Le premier couac de Cambadélis est arrivé assez rapidement. Hier, Twitter s’est agité à la suite d’un article de Médiapart à propos d’Aquilino Morelle, un conseil de François Hollande. Par contre, la presse en a très peu parlé. L’information n’était pas reprise sur la page d’accueil de Google News.

Par contre, ce matin, cet article d’Europe 1 était en tête. Il évoque les propos de Jean-Christophe Cambadélis qui dit à la télé qu’il ne voyait pas comment Morelle, dont je n’ai rien à cirer des pompes, pouvait rester en poste si les accusions de Médiapart étaient vérifiées.

Ce type qui a probablement plus de 40 d’expérience de la politique n’a pas su raconter une connerie et botter en touche. C’est stupéfiant. Par exemple : « M. Morelle s’est expliqué sur son compte Facebook, il n’y a pas de conflit d’intérêt, c’est quoi encore cette histoire ? »

Non. Il a délibérément tenu des propos qui mettent en difficulté la présidence de la République. Ce n’est pas pour ça qu’il a été nommé là mais pour remettre de l’ordre dans le parti, remotiver les militants, retravailler sur le projet politique, soutenir les élus… Et communiquer correctement.

Précisément, il a dit : « Si ce qui se dit est vérifié, je ne vois pas comment il peut rester. Mais si ce n'est pas vrai, il faut qu'il s'explique, il faut une grande explication pour que l'on puisse y voir clair. Il faut qu'il le fasse vite et qu'il s'explique, qu'on puisse le juger sur pièces. »

Outre le fait que Morelle s’est expliqué, il faudra que Camba nous explique comment il peut faire une grande explication. En outre, quand on est à gauche, on respecte la justice (sauf pour taper sur Sarko) : ce n’est pas à la défense de s’expliquer mais à l’accusation de prouver qu’il y a bien une faute, en l’occurrence un soi-disant conflit d’intérêt.

Il y a des coups de pieds au cul qui se perdent et je connais justement un type qui a beaucoup de chaussure et qui pourrait s’en charger.

17 avril 2014

La fronde est garnie

« On fait comme si on découvrait le sujet alors qu'il a toujours été sur la table », déplore Malek Boutih. « On avait des béni-oui-oui sous Ayrault, aujourd'hui on a des gens crispés à la moindre décision. Arrêtons de faire un procès d'intention permanent à Valls. Les états d'âme, ça ne fait pas une politique. » 

Ce n’est pas tous les jours que je suis d’accord avec lui ! Les députés socialistes sont fatigants. Cela fait des mois que l’on sait qu’il faudra économiser 30 ou 50 milliards. Le moment est venu d’y travailler. La presse parle d’une fronde au sein du groupe socialo à l’Assemblée. D’un autre côté, celui des partisans de Manuel Valls, on n’est pas toujours très fins. « Dans le camp de Matignon, on est déterminé à faire courber l'échine aux contestataires. «Le premier qui bouge, c'est une balle dans le genou. Ça calmera les autres», menace un député exaspéré par les attaques «d'une minorité». » 

Au moins, avec la droite on peut rigoler. Mme Pécresse a dit qu’il n’y avait pas assez de réformes de structure. M. Copé veut 130 milliards. Ils oublient qu’ils ont été au pouvoir pendant 10 ans, qu’ils n’ont fait aucune vraie réforme et que leur seul plan était de ne pas remplacer la moitié des fonctionnaires qui partait en retraite. Les Français n’ont pas oublié, eux. 

Au contraire, ça fait des années qu’on leur promet des actions mais ils ne voient rien venir. L’annonce de Manuel Valls est la première de grande ampleur depuis très longtemps. Enfin, ça bouge. L’annonce est double : il y a les cinquante milliards, bien sûr, mais aussi la réforme territoriale qui est importante parce qu’elle parle aux gens. Ce sont leurs départements qui vont sauter et leurs régions qui vont bouger. Ce qu’on retiendra de cette période est un nouveau premier ministre qui n’hésite pas à rentrer dans le lard, de la fonction publique, des élus, de sa propre majorité. 

La fronde est compréhensible. Je lisais un député socialiste qui disait : on n’a pas été élus pour cela.  

Engagement numéro 9 : Rétablissement du déficit public à 3 % du PIB. Rétablissement de l’équilibre budgétaire en fin de mandat. 

« On » a été élu pour virer Nicolas Sarkozy, pour rétablir les comptes et pour quelques engagements, comme le numéro 3 (allègement fiscal pour les entreprises qui investissent en France)… On fera le bilan des 60 engagements à la fin. 

La fronde est compréhensible mais lassante. 

N.B. : Billet rédigé à partir du tout nouveau Word Online. Ca change. Le changement... Je précise cela car la mise en forme de ce billet me parait bizarre (et pour être très franc : le code HTML est tout pourri). Toutes mes excuses (mais il me fallait un texte à faire avec ce truc pour en faire un billet de blog ultérieurement).

16 avril 2014

La popularité du président normal et moi

« C'est un record dont il se passerait bien. François Hollande est le président le moins aimé de la Ve République. » « Mais c'est aussi une question de destin ! Le chef de l'État est victime d'une histoire qui se répète : Chirac, Sarkozy... deux ans après leur arrivée au pouvoir, les derniers présidents ont à chaque fois battu le record d'impopularité de leur prédécesseur. Mais, aujourd'hui, le désamour entre les Français et François Hollande témoigne d'une véritable rupture. » Cet article du Point tente d’expliquer pourquoi François Hollande bat des records d’impopularité et je suis assez d’accord avec lui… Plus exactement, il m’éclaire assez bien sur le ressenti que je peux avoir de pépère, puisque je fais partie des fameux 18%...

Je vais donc le résumer maladroitement car fainéasses comme je vous connais, vous ne liriez pas tout d’autant que j’ai été assez bavard aujourd’hui. Je reviendrai sur des parties précises ensuite.

La baisse de popularité du président est à peu près continue. Il paye la situation dramatique de l’état du pays. La séquence médiatique de l’été 2012 a été calamiteuse. Les multiples couacs ont montré qu’il n’avait pas d’autorité. Il y a eu ce fameux ras-le-bol fiscal. La réforme des rythmes scolaires passe assez mal et le mariage pour tous a horripilé une partie de la population.

Mais tout cela, on le sait. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, pourtant, ont eu leur dose. Rappelez-vous de l’été 2007 ou des âneries proférées par leurs collaborateurs.

Le problème n’est pas dans sa capacité à séduire. Il est plutôt jovial et rigolo. Il n’est pas rejeté par les gens. L’article cite l’exemple du salon de l’agriculture où il peut se promener calmement, contrairement à son prédécesseur.

« Le malaise est ailleurs. S'il subit le courroux du peuple, c'est parce que le président peine à incarner la fonction, reconnaissent les connaisseurs. Un double rejet lié à "un comportement politique et personnel", explique un responsable socialiste. »

Je veux bien le croire mais ce n’est pas le sentiment que j’ai…

« De l'avis de ses proches, il a négligé la communication, déléguant au minimum cet aspect pourtant essentiel du présidentialisme. Ce qui pourrait expliquer, par exemple, sa stratégie contre-productive de banaliser la fonction. Le candidat normal élu en partie sur le rejet du clinquant Sarkozy s'est fourvoyé en continuant dans cette voie une fois élu. »

Ainsi, il paye le « président normal ». Stéphane Le Foll ajoute que François Hollande essaie d’être comme les gens mais ne s’adresse pas à eux, en tant président de la République. « Paradoxalement, en essayant d'être comme tout le monde, il s'est déconnecté du peuple. »

Et ce sont les couacs, le manque d’autorité,... qui ont fini par désacraliser la fonction ou par faire en sorte qu’il ne l’incarne plus.

« Outre son rapport au peuple et à son entourage politique, sa vie privée, et notamment son comportement avec les femmes, est presque unanimement condamnée. Ils ont été nombreux à crier à la répudiation lorsqu'il a mis fin officiellement à sa relation avec Valérie Trierweiler par un communiqué laconique. Mais surtout, d'aucuns ont dénoncé, lors de l'affaire Gayet, que le président puisse roucouler pendant que la France coule. »

C’est ici que je voulais en venir : je me fous réellement totalement de la vie privée du président et je n’ai pas sacralisé la fonction, sauf en tant qu’élément nécessaire à la conquête du pouvoir sous la Cinquième. Je me fous de l'annonce de la fin de sa relation avec l'ex. Dans mes blogs, je cite assez souvent la Constitution et les fameux articles qui définissent le rôle du président et du premier ministre. C’est à ce dernier de conduire la politique de la nation…

En allant plus loin, c’est justement surtout parce que Nicolas Sarkozy se comportait comme un premier ministre que je ne pouvais pas le blairer. Et c’est bien que Jacques Chirac avait bien des premiers ministres, qu’il avait, disons, ma sympathie, sauf au cours des deux premières années, parce qu’au cours de ces deux premières années il a pris une mauvaise décision en tant que président de la République : la reprise des essais nucléaires (n’en discutons pas, je n’avais pas de blog à l’époque).

Toujours plus loin : c’est exactement ce que j’ai reproché à François Hollande, c’est de faire beaucoup d’annonces lui-même, laissant Jean-Marc Ayrault jouer le simple rôle d’un François Fillon, pas d’un Alain Juppé, d’un Lionel Jospin, d’un Jean-Pierre Raffarin et d’un Dominique de Villepin.

En aparté, j’espère que la séquence actuelle est réellement un changement de cap comportemental.

Pour le reste, étant à peu près sur la même ligne politique (même si tout ne me plait pas), je m’en fous un peu. En outre, s’il perd de la confiance sur sa gauche avec la politique qu’il mène, il devrait en récupérer vers le centre mais ce n’est même pas le cas.

Ainsi, si les Français ne peuvent pas blairer François Hollande, c’est aussi parce qu’il est le président normal, celui décrit dans les institutions de la cinquième, mais sacralisée par cette dernière qui a un système électoral délirant.

Comme, en plus, il a joué le rôle de premier ministre…

Il faut qu’il nous fasse du Chirac ! Allez boire des bières en rigolant au salon de l’agriculture et laisser Raffarin et Villepin faire des bêtises. Revenir de temps en temps pour dire : « je décide il exécute » et pour faire joli dans les cérémonies officielles.

Que Manuel Valls se débrouille… François Hollande a fait le job : il a nommé un premier ministre qui a composé un gouvernement et obtenu la confiance de l’Assemblée.

N.B. : ne pas se tromper sur la nature de ce billet. Je ne cherche pas à le défendre mais à dire pourquoi je l’aime bien et pourquoi le niveau d’impopularité délirant m’échappe parfois (mais j’en prends acte).

M'sieur Paul, pas dans les pas de Valls !

Le Lab nous le dit, ce qui ne nous surprend pas, des députés socialistes sont mécontents des annonces de Manuel Valls. Christian Paul semble en première ligne pour la protestation.

« Nous n'avons pas été élus en 2012 pour organiser l'appauvrissement des Français les plus modestes, des salariés, des retraités, des exclus, des jeunes. » Certes. Nous avons été élus pour diminuer les déficits. Sans cette promesse de retour aux 3%, François Bayrou n’aurait pas appelé à voter pour François Hollande mais pour Nicolas Sarkozy. Nous avons été élus pour virer ce dernier.

En outre, qui paye ses dettes s’enrichit. La dette est souscrite auprès d’opérateurs privés à la plus grande joie de leurs actionnaires. Les leçons de gauchisme me fatiguent. Nous avons une monnaie commune suite à des accords avec d’autres pays avec qui nous avons des accords. Si ces accords sont mauvais, il faut les revoir mais, mémère, elle ne veut pas.

« Les propositions qui sont faites ne sont pas votables par beaucoup de députés socialistes, en l'état. » C’est bien pour ça qu’il y a un Parlement qui pourra discuter des textes de lois et passer des amendements. « Donc, le dialogue qu'il n'y a pas eu avant ces annonces, il faut qu'il ait lieu maintenant (...). » C’est bien ce qui va avoir lieu ? Il aurait voulu quoi ? Que le texte passe à l’Assemblée avant que le premier ministre fasse des annonces ?

« Ce programme d'économies nous a surpris beaucoup. » Il s’attendait à quoi ? Manuel Valls avait annoncé 50 milliards de diminution des dépenses. Il pensait qu’on allait les prendre où ? Ca fait des années qu’on nous parle de diminution des dépenses. La droite l’a fait pendant des années sans détailler où elle prendrait le pognon. Manuel Valls le fait. Où est la surprise ? Et la virgule, entre surpris et beaucoup ?

« Nous sommes prêts à considérer qu'il faut faire des économies, sans organiser le recul des droits sociaux. Faire des économies, en modernisant le service public, mais pas en réduisant les services publics sur nos territoires. » Nous y voilà ! Il fait du Sarkozysme… Il veut bien faire des économies mais sans dire où (et sans diminuer les dépenses, visiblement !). Qui a parlé de réduire les services publics sur les territoires ?

« J'en appelle au Premier ministre pour que, puisse avoir lieu, ce qui est normal, même sous la 5è République, entre un gouvernement et sa majorité, c'est-à-dire un échange franc, loyal. » Il aura lieu à l’Assemblée. Où veut-il qu’il se passe ? Il n’y a quasiment plus de majorité. Non seulement l’information a été donné par les urnes mais les instances du Parti Socialiste sont en vrac.

« Ce matin, le signal n'est pas bon. » Il n’est pas bon. Certes. Avec des socialos qui sont les premiers à charger la barque et à casser le gouvernement avec une annonce qui n’a strictement rien de surprenante.

Avant de revenir sur les détails des annonces, je voudrais revenir sur un billet de blog (RT par Sarkofrance), blog qui s’appelle « A gauche pour de vrai ». Pour vous dire à quel point il y croit. C’est la vraie gauche, quoi. Je le lis parfois. Cette fois, il se demande comment certains peuvent rester proches du PS. Je vais lui répondre : par solidarité. Je vais citer une partie qui m’a fait bondir : « Rester au parti socialiste c’est endurer Valls, c’est endurer la nomination d’un nouveau premier secrétaire sans congrès, c’est endurer la légalisation du travail au noir. Car verser un salaire sans cotisation pour alléger le « coût » du travail, c’est bien le but que poursuit un employeur au black. Cette légalisation du travail au noir Valls n’en est même pas l’inventeur. » Je me fous du premier secrétaire : il n’était pas possible d’organiser un congrès en urgence et un congrès du parti de gouvernement n’a pas beaucoup de sens. Ce ne sont pas les militants du PS qui vont déterminer la politique du gouvernement mais les députés élus par le peuple… C’est le coup du travail au noir qui m’irrite. Ils inventeront tout. A gauche pour de vrai. Vive la progressivité des cotisations sur le travail. Et paf !

N’allez pas croire que je sois particulière réjouit des annonces de Manuel Valls, d’autant que la presse ne parle que du gel des salaires des fonctionnaires et de certaines prestations sociales. Qu’a-t-il dit d’autre ?

Petit 1 : 18 milliards d’économie de la part de l’Etat

« Ces économies s’appuieront sur la maîtrise des dépenses de fonctionnement des ministères. Elle passe par des économies sur les dépenses immobilières, la mutualisation des fonctions support (achats et systèmes d’information notamment), et une réduction du train de vie de l’Etat. » Je n’invente rien, je cite un document officiel qui est arrivé sur mon bureau.

Dites, M’sieur Paul, vous êtes contre ?

« Les créations d’emplois prévues dans l’Education nationale, la sécurité et la justice seront maintenues, dans le cadre de la priorité donnée à la jeunesse, et à la sécurité des Français. »

Ah ! Voila, M’sieur Paul, z’auriez préféré qu’on fasse des économies en ne respectant pas les paroles de campagne ?

« Les interventions de l’Etat seront également recentrées pour être plus efficaces. » Si on savait ce que cela voulait dire… « Les opérateurs et autres agences de l’Etat verront leurs dépenses de fonctionnement et leurs interventions revues à la baisse. Leurs moyens avaient augmenté de 15 % sous le précédent quinquennat. » Ca manque un peu de précisions mais il n’est pas inutile de rappeler les conneries de la droite… M’sieur Paul, z’en pensez quoi ?

Je n’oublie pas le gel de la rémunération. Je ne suis pas pour et je trouve même complètement con de se foutre à dos l’électorat…

Petit 2 : 11 milliards d’euros d’économies sur les collectivités locales

L’essentiel des économies viendra de la réforme territoriale que personne ne critique réellement à gauche : le tout a déjà été annoncé. Pourquoi ruer dans les brancards maintenant ?

« La Dotation Globale de Fonctionnement sera reformée dans le projet de loi de finances (PLF 2015), pour encourager les comportements vertueux et renforcer les mécanismes de solidarité financière entre collectivités riches et défavorisées. »

M’sieur Paul, vous en pensez quoi ?

« Dans une logique de simplification, le Conseil National d’Evaluation des Normes, mis en place avant l’été, donnera plus de place aux élus dans la diminution des normes, anciennes et nouvelles. »

M’sieur Paul, vous allez expliquer aux élus locaux que les normes ne leur font pas gaspiller un fric monstre pour rien ?

Petit 3 : 10 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie

« Mieux organiser les parcours de soins, en renforçant les soins de premier recours, en développant la chirurgie ambulatoire, en facilitant le retour à domicile après une hospitalisation, en améliorant le suivi des personnes âgées en risque de perte d’autonomie. » « Agir sur la pertinence médicale pour réduire le nombre d’actes et d’interventions inutiles ou évitables. »

M’sieur Paul, mieux organiser les soins, vous êtes contre ?

« Améliorer notre dépense de médicaments, grâce à une consommation plus raisonnée, à un plus grand recours aux génériques et à des prix davantage en adéquation avec l'innovation thérapeutique. »

M’sieur Paul, donner moins de pognon à l’industrie pharmaceutique, c’est du néo-libéralisme ?

Petit 3 : 11 milliards d’euros d’économies sur les dépenses de protection sociale

« Pour près de 3 milliards d’euros, ces économies résulteront de réformes déjà engagées : modernisation de la politique familiale décidée en 2013 ; loi garantissant l’avenir et la justice du système de retraites ; accord entre partenaires sociaux sur les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO. »

M’sieur Paul, vous avez voté contre ?

« Au-delà, les caisses de sécurité sociale dégageront 1,2 milliard d’économies, en exploitant notamment les possibilités offertes par la dématérialisation, la simplification et la meilleure articulation entre les différents organismes. »

M’sieur Paul, vous ne pensez pas que l’on peut organiser le fonctionnement de ces machins un peu mieux ?

« Décidés dans le plan pauvreté de janvier 2013, les engagements de revalorisation exceptionnelle pour le RSA, le complément familial et l’allocation de soutien familial sont  confirmés. Mais elles seront décalées d’une année. »

M’sieur Paul, ça vous turlupine tant que ça, ce report d’un an ?

« Une nouvelle convention d’assurance-chômage, sur laquelle les partenaires sociaux se sont accordés, va permettre d’améliorer le fonctionnement du marché du travail, notamment en matière de sécurisation de l’emploi et de la formation professionnelle. Le régime d’assurance-chômage devra mieux contribuer au bon fonctionnement du marché du travail, et permettre de rétablir l’équilibre financier de l’UNEDIC à l’horizon 2017 (2 milliards d’euros au total). »

M’sieur Paul, cela vous défrise les accords entre les partenaires sociaux ? C’est vraiment une annonce, ça ?

« Enfin, la modernisation de la politique familiale engagée en 2013 sera poursuivie, en renforçant l'équité des aides aux familles, et en orientant davantage les prestations vers l'emploi des femmes (0,8 Md€). »

M’sieur Paul, vous voyez où une annonce surprenante ?

Je n’ai pas oublié, non plus, le gel des retraites (que je trouve con : on vient de se taper une réforme des retraites… que je n’approuvais pas) et de quelques prestations sociales… sauf les plus basses.

Alors, M’sieur Paul ?

Ca ne vous dérange pas de ruer dans les brancards et dans les médias deux ou trois semaines après une cuisante défaite électorale, le lendemain d’une réorganisation de votre parti politique ?

Vous ne pouvez pas laisser une chance à votre parti politique ? Vous avez besoin d’une heure de gloire ? Vous ne croyez pas qu’on est suffisamment dans la merde ?

Faites donc comme Bruno Le Roux qui a déclaré, par exemple : « Le programme de réduction des dépenses qu'il a présenté ce matin ne sera ni un plan d'austérité ni une remise en cause de notre modèle social mais la résultante d'une réforme en profondeur des structures de l'Etat, des collectivités et de la sécurité sociale. »

Ou alors, rejoignez Méluche qui dénonce une politique d’austérité comme la plupart des vrauchistes. Par contre, si vous pouviez m’expliquer comment on peut qualifier d’austère une politique qui permet de dépenser plus de 80 milliards de plus que ce l’on gagne ?

M'sieur Paul, vous allez crier les mêmes trucs jusqu'à la fin de la législature ?

A part ça, une requête Google me révèle que le jeu de mot "pas de Valls" n'a jamais été fait en titre de blog et pas plus de trois ou quatre fois lors de publications.

Toi aussi, comprends l'éditorialiste libéral qui approuve le SMIC jeunes

Mes confrères Melclalex et Seb Musset sont d’accord pour expliquer que le SMIC à géométrie variable proposé par Pierre Gattaz est une belle connerie. Tout le monde à gauche est d’accord. A droite aussi, d’ailleurs, à l’exception notable de Nathalie Kosciusko-Morizet et d’Eric Ciotti qui ont le courage le leurs opinions, c’est assez rigolo ! Voila une série de gens qui défendaient le CPE qui se mettent à hurler contre le patron des patrons... La plus drôle étant peut-être Laurence Parisot.

Jean-Marc Sylvestre, illustre chroniqueur libéral de droite spécialisé en économie, est pour ce SMIC à deux vitesses et le dit dans une tribune chez Atlantico. Il dit même, car il sait tout, ce monsieur, que Pierre Gattaz a fait une connerie en parlant de ça car ça aurait été proposé par Manuel Valls, en gros.

Décryptons son discours (ou des extraits)…

« Le système français souffre d’un coût du travail excessif mais aussi d’un manque de souplesse. C’est d’une évidence biblique, l’existence du Smic a accéléré la délocalisation industrielle et a provoqué du chômage. » Vous avez entendu, braves gens ! C’est biblique ! C’est une évidence. Il n’y a pas à discuter.

Remarquez, il a parfaitement raison. Les patrons seraient autorisés à ne pas verser de salaire, ils délocaliseraient moins…

« Le coût du travail s’est retrouvé depuis une dizaine d’années trop élevé par rapport aux conditions d’équilibre de l’entreprise. »

Ouh, là ! Ca devient sérieux ! Les conditions d’équilibre de l’entreprise. Les pauvres, elles ne gagnent plus d’argent et ne versent plus de dividendes aux actionnaires…

« De l’avis de la majorité des experts,  la solution passerait par un déblocage du marché de l’emploi. »
 
Alors ! Si une majorité d’experts le dit, hein ! Qu’est-ce que vous avez à répondre à cela ?

« C’est-à-dire par une simplification des procédures, un déverrouillage des seuils qui bloquent le développement des entreprises, une flexibilité plus grande y compris sur les salaires… avec, pourquoi pas, des Smic différents selon les régions et  comme vient de le dire Pierre Gattaz, l’instauration d’un Smic inférieur au niveau légal  pour inciter les jeunes à mettre un pied dans l’entreprise plutôt que de commencer par la case "Pôle Emploi" ! »

Voilà ! Gagner une misère va inciter les jeunes à travailler. On croit rêver…

« Le problème, c’est que tout cela n’appartient pas au logiciel de la gauche. »

Ah ! Le mot à la mode : le logiciel. Il ne sait pas probablement pas ce que cela veut dire, tant pis. Je vais néanmoins lui confirmer. Torpiller les conditions de travail n’est effectivement pas un truc de gauche.

« Les militants du Front de gauche, du Parti communiste et les adhérents syndicaux sont en général vent debout contre ce type de réformes. Ces dernières sont donc restées de tout temps dans les cartons pour des raisons strictement idéologiques. »

Il a raison : ce sont toujours ceux avec qui on n’est pas d’accord qui agissent pour des raisons idéologiques. Alors que lui, s’il veut torpiller le droit du travail, ça n’est pas par idéologie mais par pragmatisme !

A noter que quand j’ai décidé de faire ce billet, je n’ai pas lu le reste de sa chronique. Je parie qu’il va parler de pragmatisme…

« François Hollande lui-même s’est laissé convaincre, par quelques-uns de ses amis économistes, dont Elie Cohen, de réfléchir à un salaire minimum moins élevé et pourquoi pas un salaire régionalisé pour tenir compte des différentiels de pouvoir d’achat. »

Voilà ! Il sait mieux que les autres ce par quoi est convaincu François Hollande. Un SMIC régionalisé ? Je suppose qu’il ne veut pas dire qu’il faut l’augmenter en région parisienne… Mais bien le baisser dans les territoires où les gens n’ont plus d’espoir…

A propos de Manuel Valls, « La gauche est dans un tel état qu'elle n’a pas d’autre choix que d’accepter les prescriptions de l’un des leurs, même si ces prescriptions ne paraissent pas dans la ligne du parti. »  J’avais oublié que le parti avait une ligne. Quelles prescriptions ?

« Or, si Pierre Gattaz  s’empare de cette idée pour la défendre avant même que le gouvernement l’ait formalisée, il provoque immédiatement une réaction de rejet de la part des syndicats. Ça n’a pas manqué. Tous les syndicats sont plus ou moins montés au créneau contre cette idée du Medef redevenu pour le coup le repère des "affreux-capitalistes-prêts-à-tout-pour-optimiser-leurs-dividendes". »

J’imagine que les syndicats devraient manifester pour exiger des baisses de salaries pour permettre l’augmentation des dividendes…

« Reste à savoir comment vont réagir les politiques, non ceux de droite (Ils n’ont guère travaillé à trouver des idées nouvelles), mais les politiques de gauche brûlés vifs… On aurait voulu tuer dans l’œuf une mesure intelligente et pragmatique qu'on n’aurait  pas fait les choses différemment. »

J’ai gagné mon pari. Vous me devez une bière. Par contre, j’avais oublié de dire qu’il parlerait de « mesure intelligente ».

L'Europe : son fonctionnement illustré par eCall

Hier, je ronchonnais contre les geeks et les réacs qui racontaient n’importe quoi à propos de propositions du CSA. Aujourd’hui, c’est reparti, mais à propos d’un vote du Parlement Européen à propos d’un nouveau machin sur une proposition de la Commission. A croire qu’ils veulent donner une mauvaise image du Parlement à quelques semaines des élections. Ou que le Parlement veut donner une mauvaise image de lui-même.

Toujours est-il que ceux qui ronchonnent ne connaissent pas le fonctionnement de l’Europe…

Ce nouveau machin est eCall, une carte SIM qui sera intégrée aux véhicules pour déclencher un appel aux services de secours en cas d’accident détecté. Ce machin transmettra des informations comme le lieu de l’accident mais aussi le modèle de véhicule ce qui permettra de préparer le matériel de désincarcération adéquat. Vous en saurez plus en lisant la page Wikipedia (lisez, c’est passionnant). Le système permettra de sauver des vies en réduisant le délai d’intervention et de désincarcération mais aussi, par exemple, de diminuer les embouteillages en anticipant les déviations. A terme, il devrait permettre des économies de l’ordre de 26 milliards à l’échelle européenne. Le système sera obligatoire sur les nouveaux modèles de voiture à partir d’octobre 2015 (2017, en fait, les constructeurs ayant obtenu des délais supplémentaires au cas où ils ne seraient pas prêts).

J’ai découvert l’information chez l’ami Korben qui dit que c’est « un exemple de libertés individuelles rognées par les bons sentiments... » « Et pourtant, c'est un putain de tour de magie qui est en train de se passer sous nos yeux ébahis. Car oui, même si d'après la Commission Européenne, ce système n'est pas conçu pour vous fliquer, il sera possible à votre assurance ou à la police de savoir combien de temps vous avez roulé, à quelles vitesses, par où vous êtes passé, combien de kilomètres ont été parcourus...etc. Et on le sait tous, même si ce système n'est conçu que pour se déclencher uniquement en cas d'accident, il sera probablement activable à distance tôt ou tard (pour tracer une voiture volée par exemple). »

Et comme hier, c’est Numérama qui lance le cri d’alarme. « Cependant, Bruxelles reconnaît également que "les possibilités de la plateforme technologique eCall (par exemple les modules de positionnement, de calcul et de communication) pourraient être exploitées pour des services additionnels". La Commission cite d'elle-même les "schémas d'assurance avancés", qui permettraient aux assureurs de savoir si un véhicule roulait trop vite sur une route donnée, de facturer au kilomètre parcouru, etc., ou le traçage des véhicules volés. L'eCall oblige à avoir un système embarqué de téléphonie mobile dans toutes les voitures. Le reste n'est qu'affaire d'imagination. »

Ils ont probablement raison mais les geeks sont parfois amusants. Ils hurlent contre les géants du net et les atteintes à la vie privée mais recommandent des téléphones portables avec des systèmes d’exploitation faits par ces géants du net. Ces téléphones portables assurent la géolocalisation de tous les possesseurs mais potentiellement géolocaliser les véhicules est interdits. Le bord de nos routes est jonché de radars qui coûtent la peau des fesses – et je ne parle même pas des portiques de l’écotaxe – qui permettent de savoir où on est. On paye les péages avec des cartes bancaires où, mieux, des machins comme le télépéage qui permet de suivre les mouvements des véhicules, mais ça, c’est bien ! Par contre, un truc pour sauver des vies, non.

Si un constructeur faisait une voiture avec une carte SIM pour capter le téléphone ou tracer la voiture en cas de vol, nos geeks seraient fous de joie et feraient des billets dithyrambiques pour louer le progrès. D’ailleurs, on peut parier que nos voitures auraient toutes équipées d’un tel système – avec l’appel des services d’urgence en cas d’accident ou de panne – d’ici quelques années d’autant que certaines le sont déjà.  

Mais quand ça vient de Bruxelles, c’est mal ! C’est surtout mal connaître le fonctionnement.

Tout d’abord, le système eCall n’est pas neuf. L’essentiel du boulot de la Commission a été de mettre des braves gens autour d’une table : opérateurs téléphoniques, centres d’appels de secours et constructeurs automobiles. Ceci a été un très long travail qui a permis d’aboutir à des normes qui font que le même système fonctionne sur tous les véhicules, partout en Europe. Ce n’est pas simple. Il a fallu adapter le 112 (le service d’urgence européen), un service public, pour traiter les nouvelles informations comme la géolocalisation,…

Ensuite, la Commission finance (environ 50 millions par an) la recherche sur les technologies de l’information pour améliorer la sécurité des transports, ce qui évite à chaque Etat de le faire.

Enfin, ce n’est ni la Commission ni le Parlement qui imposent ce truc mais les Etats qui ont signé des accords avec la Commission qui a pris l’initiative des travaux. Le texte est passé en première lecture et devra être validé par le Conseil et la Commission.

« Le déploiement d'un système d'appel d'urgence public à l'échelle de l'UE représente un progrès très important pour la sécurité des utilisateurs routiers européens. Près de 2500 vies pourraient être sauvées chaque année en Europe et la gravité des blessures pourrait être atténuée dans des dizaines de milliers de cas. Le système eCall sera gratuit, au bénéfice de tout conducteur en Europe, indépendamment de la voiture qu'il conduit. »

Mais il faut bien gueuler !

On a maintenant un standard à propos d’un dispositif de sécurité qui deviendra obligatoire mais qui aurait été déployé quoiqu’il arrive notamment dans les voitures des geeks qui aiment bien ce genre de gadget… Ca me rappelle quand la ceinture de sécurité a été rendue obligatoire en ville. Quelques années plus tard (5), je passais mon permis (mon dieu, ça fera 30 ans en juin), et des andouilles gueulaient toujours en disant que c’était dangereux, ça risquait d’étranger les gens en cas d’accident.

En 40 ans, le nombre de morts sur les routes a été divisé par 4 en France malgré l’augmentation de la circulation.

15 avril 2014

Comment le CSA veut [ou pas] contrôler les vidéos sur le web ?

Le CSA a publié son rapport annuel. Il fait hurler les blogueurs réactionnaires qui crient à la censure socialiste et certains sites geeks, comme Numerama qui explique en titre : « Le CSA dresse la liste de ce qu'il veut contrôler sur Internet. » Vous pouvez lire, ça fait peur ! « Dans son rapport annuel, le CSA dresse la liste des domaines d'expressions dans lesquels il entend pouvoir exercer un droit de regard et de censure sur Internet. »

Rien que ça !

La vérité est tout autre. Nous avons actuellement des braves sociétés autorisées à émettre du contenu audiovisuel par le câble, le satellite, la TNT,… Ils ont un tas de contraintes : contribution à la production, délai de diffusion d’un film après la sortie, respect de règles de concurrence, obligation de distribuer certaines chaînes gratuites si l’émetteur en fait la demande et tout ça.

Avec l’arrivée d’internet, de nouveaux diffuseurs de contenu apparaissent et se multiplient sans qu’ils soient totalement sous le coup de la loi définition les attributions du CSA, notamment avec la diffusion à la demande.

Le CSA propose donc de mettre en œuvre une convention entre eux et lui, sans obligation. Cette convention contiendra des contraintes et des avantages. Globalement, les contraintes sont les mêmes que celles qui portent sur les autres diffuseurs, notamment par câble et par satellite, sur la promotion des services,... D’une manière générale, les engagements et avantages seront à la carte. Tu fais tel engagement, tu as tel avantage.

Les contraintes tournent autour du respect de la dignité humaine, de la protection de l’enfance,… Par exemple, ils pourront s’engager à ne pas diffuser de vidéo pornographique. Les avantages tournent autour de la facilité d’accès à la production, à la diffusion,… et la création d’un label « site de confiance » qui devra être utilisé par les services de contrôle parental.

En gros, vous pouvez donner la télécommande de votre télévision à votre gosse, il n’aura pas accès à un film de cul. Avec ce label et cette loi, cela sera pareil. Vous pourrez donner votre PC à votre môme, il ne risque pas de tomber sur un truc pas sain.

Et voila pourquoi certains geeks ou certains réacs crient au loup, à la censure, pire !, à la censure socialiste ! Ils s’imaginent que vos vidéos personnelles seront sous la coupe du CSA…

Cela n’a rien à voir sauf pour un détail : le CSA propose en plus d’avoir dans ses missions la vérification de la légalité de tout contenu vidéo sur le web, indépendamment de convention pour les diffuseurs numériques.

Je remercie Corto pour ses cris qui n’auront pas manqué d’agiter ses commentateurs habituels. Je ne vais pas l’accuser : il reprend l’article de Numérama qui est à la limite du mensonge quand il écrit : « Ce ne sont plus seulement les vidéos professionnelles qui seront soumises à la régulation du CSA, mais aussi vos vidéos personnelles. » C’est parfait pour faire hurler le lecteur mais le CSA n’a rien à cirer de la vidéo de votre belle mère qui se casse la gueule dans l’escalier. Ce ne sont pas les vidéos qui sont soumises à la régulation mais les sociétés qui auront signé une convention.

Ces sociétés respectent déjà les contraintes légales : droits d’auteurs,… En plus, des boites comme Youtube autorisent beaucoup moins de contenu que la loi française. Ces américains sont très pudibonds… Elles signeront avec plaisir (et avidité) la convention sans changer une ligne des contrats (les fameuses CGU) qu’elles ont avec leurs utilisateurs…

Mais auront un statut de diffuseur numérique, si elles le veulent, comme tous ceux qui diffusent du contenu en dehors d’internet.

La belle affaire !

Dans le détail

J’ai lu les propositions avant de faire mon billet. Je vais positiver et présenter ce qu’ils soumettent au Gouvernement (et pas ce que le Gouvernement propose). Tout d’abord, il s’agit de modifier une loi de septembre 1986 donc faite par la droite du temps de Charles Pasqua et tout ça.

Article 1

Il s’agit de définir de quoi on parle, la protection de l’enfance et tout ça. Actuellement, la fin est rédigée ainsi : « Les services audiovisuels comprennent les services de communication audiovisuelle telle que définie à l'article 2 ainsi que l'ensemble des services mettant à disposition du public ou d'une catégorie de public des œuvres audiovisuelles, cinématographiques ou sonores, quelles que soient les modalités techniques de cette mise à disposition. »  Le CSA propose de remplacer « quelles que soient les modalités techniques… » par « par voie numérique », en gros ! Tu parles d’une révolution !

Article 15

En gros, il concerne les programmes télé et les contrôles que peut faire le CSA. Le CSA propose d’ajouter un nouvel article pour dire qu’il est autorisé à lancer une concertation pour définir le pendant pour contrôler les vidéos sur Internet. Tu parles d’une révolution.

En gros, ça veut dire que les contraintes de diffusions de vidéos sur internet seraient les mêmes qu’à la télé, en plus des obligations légales (ou plutôt des interdictions légales : pédophilie, haine raciale,…).

Article 3-1

C’est un peu dans le désordre, leur truc !

Au début, l’article définit ses missions. Le CSA propose d’y ajouter : « et la promotion des
services audiovisuels numériques ».

A la fin, il propose de mettre : « Le Conseil supérieur de l’audiovisuel, afin de garantir la promotion des services audiovisuels numériques, fixe des options établissant les engagements que les services audiovisuels numériques peuvent prendre et les avantages dont ils peuvent bénéficier en contrepartie de ces engagements. » Ensuite, ils décrivent ce que peuvent être ces engagements. »

Tout tient en deux mots : « peuvent prendre ». Aucune obligation nouvelle.

La suite décrit les avantages et les engagements en question.

Ensuite, et c’est là que ça devient intéressant… : « Le Conseil supérieur de l’audiovisuel peut délivrer, dans les conditions qu’il définit, à la demande des éditeurs de services audiovisuels numériques, un label dit « site de confiance » permettant aux usagers d’identifier les services qui s’engagent à respecter des obligations complémentaires aux règles fixées par le Conseil en matière de protection de l’enfance et de l’adolescence, notamment la signalétique. »

La loi proposerait ainsi que le CSA puisse délivrer un label « site de confiance ». Tu parles d’une révolution ! D’une censure !

Ensuite, ils décrivent ce que pourraient être les aspects légaux de cette convention.

Article 34-4

Il est un peu chiant mais il traite de la diffusion des programmes en clair (TNT, satellite, câble…). En gros, ces braves gens n’ont pas le droit de refuser de diffuser des trucs gratuits si on leur demande et s’ils sont autorisés. Le CSA l’adapte à internet. Tu parles d’une révolution !

Article 2-1

C’est vraiment dans le désordre. Actuellement, il définit ce qu’est un distributeur de services sous le coup de cette loi. Ils le font évoluer pour définir les distributeurs de services audiovisuels numériques. Tu parles d’une révolution !

Article 17-1

Il décrit le traitement des différends entre les acteurs (éditeurs, diffuseurs, prestataires,…). Ca serait étendu aux diffuseurs numériques… Tu parles d’une révolution.

Article 28

Il porte sur la convention entre la société qui diffuse (TNT, satellite, câble,…) et le CSA. Le CSA propose d’adapter cette convention aux diffuseurs numériques d’autant que ça porte sur l’obligation de mise à disposition du public... Tu parles d’une révolution.

Articles 28 et 33

Allons bon ! Le 28 est modifié deux fois. Ils ont bu ?

En gros, c’est relatif aux obligations de contribution à la production. On s’en fout.

Article 17-2

Il serait tout nouveau ! On a vu le 17-1 plus haut… On s’en fout : le CSA propose de veiller aux bonnes conditions du respect de la concurrence.

Autres modifications

Elles ne nous concernent pas vraiment ou à la marge, comme l’obligation de diffuser Arte…