François Hollande a gagné. Je suis content. J’espère que la
gauche va remporter les législatives. Il y a très peu de commentateurs et de
blogueurs qui viennent de ce qu’on pourrait appeler une droite modérée (même si
certains
blogs libéraux
sont actifs). Du coup, on entend plus que les sarkozystes et les réactionnaires
mais ils ont souvent le fond percé.
Didier Goux, par exemple, appelait hier à signer
une pétition contre le financement des associations antiracistes. C’est drôle.
A chaque fois ou presque que j’encourageais mes lecteurs à signer des pétitions
« bien pensantes », il se foutait de ma gueule et m’expliquait qu’il
ne signait jamais de pétition, que les pétitions étaient ridicules, notamment
par Internet.
Pendant cinq ans, mes commentateurs réactionnaires m’ont « encouragé »
dans mes critiques de Nicolas Sarkozy, pas nécessairement ouvertement. Didier,
toujours par exemple, se contentait de se foutre de ma gueule mais sans jamais
réellement démentir mes avis.
Ils n’aimaient pas Nicolas Sarkozy et sa manière de faire de
la politique, sentant bien qu’il allait échec sur échec, que ses déclarations,
sa politique contre l’immigration, … n’étaient que des gesticulations. Ils n’allaient
évidemment pas approuver mes propos de gauchiste modéré…
Pourtant, j’en ai trouvé plusieurs qui qualifiaient Nicolas
Sarkozy de socialiste, voulant défendre leur point de vue de la société,
certains réactionnaires étant ultralibéraux (pas tous, certains n’ont aucune
connaissance en économie). Ca en était risible : Nicolas Sarkozy est tous
sauf socialiste. Il est probablement étatiste vu qu’il faisait des lois pour à
peu près tout et qu’il a laissé monter le taux de prélèvements obligatoires. Il
se disait libéral et les libéraux l’ont largement soutenu en 2007 avant de
déchanter rapidement. Ca en était risible car nous luttions aussi contre ce
libéralisme endiablé, confondant volontairement le libéralisme et le
capitalisme.
Maintenant que Nicolas Sarkozy a disparu, ils sont perdus…
Ca a commencé bien avant l’élection, quand ils ont compris
que François Hollande serait le prochain Président de la République. Les
réactionnaires pas trop libéraux soutenaient Marine Le Pen. Les réactionnaires
libéraux soutenaient également Marine Le Pen tout en critiquant son projet
économique et social. Le plus drôle, c’est probablement qu’ils le faisaient au
nom du changement, ce fameux changement dont les blogueurs de gauche se
réjouissent maintenant !
Mais ils savaient que Marine Le Pen ne serait pas élue, avec
peut être, quand même, un vague espoir il y a 6 ou 8 mois, quand elle
cartonnait dans les sondages. Quand Nicolas Sarkozy a lancé sa campagne, ils
ont eu un autre moment d’espoir que le candidat socialiste ne gagne pas, mais
ils ont vite compris que c’était plié.
Ainsi, depuis quelques temps, ils sont perdus. Pour un peu,
ils vont organiser un « No François Hollande Day » et créer une page
Facebook « Unité 2017 » !
Cela étant, ils n’ont pas grand-chose à dire. Ils ne
pouvaient pas vraiment critiquer le laxisme supposé de la gauche en matière d’immigration
et de sécurité puisqu’ils avaient besoin de démontrer l’échec de Nicolas
Sarkozy en la matière. Ils ont pu se lâcher sur quelques trucs, comme au moment
de l’annonce de la réforme du quotient familial. Ne pas toucher aux familles,
mon Dieu ! Mais donner des milliers d’euros à des ménages qui en gagnent déjà
plus de 4 ou 5000 par mois n’est pas défendable et un bon libéral jugera que l’état
n’a pas à encourager les gens à faire des mômes, ce n’est pas son rôle. D’autant
que dans leur esprit, ce sont souvent les immigrés qui bénéficient des
politiques familiales.
Perdus… Surtout que le coup des chars Russes aux portes de
Paris ne marche plus. C’est dommage, d’ailleurs, ça m’aurait aussi amusé,
habitant le Kremlin-Bicêtre, à la porte (d’Italie) de Paris.
Alors, ils ont trouvé deux angles d’attaque, les deux seules
qui sont sorties de leurs cerveaux : l’attaque frontale contre les
socialos, surtout François Hollande, et la moquerie à notre égard quand on fait
des billets pour critiquer l’UMP ou pour « montrer notre contentement »
des actions menées. C’est de bonne guerre.
Moquerie des blogueurs de gauche ?
Dans mon précédent billet, je disais que j’étais content du
changement visible depuis l’élection de François Hollande, ces petites touches,
jour après jour.
Didier Goux a heureusement pris certains de mes propos au
second degré mais Jacques Etienne, autre
blogueur réactionnaire,
a mis complètement à côté de la plaque. Je lui ai alors fait remarquer qu’il
était aigri. Tout ce qu’il a trouvé à me répondre est «
Aigreur ? Je n'en vois qu'à gôche... »
Juste après, Jacques Etienne a fini par comprendre qu’il
avait écrit une grosse connerie et est donc venu laisser un autre commentaire :
« Plus que de l'aigreur, tous ces enthousiasmes
provoquent en moi l'hilarité. Il faut dire qu'ils succèdent à tant de haine
qu'on peut les comprendre. N'importe comment, les gens de drouate attendent
beaucoup moins du politique que ceux de gôche. Tout ce qu'ils demandent c'est
d'éviter que la gôche soit au pouvoir. Ça ne marche pas à tous les coups. »
Toujours strictement aucun fond mais il s’est rendu compte
de l’énormité qu’il venait de proférer. On pourrait décomposer ses propos. « Plus que de l'aigreur, tous ces enthousiasmes provoquent
en moi l'hilarité. » Ben oui, moi aussi quand les joueurs de foot
se trémoussent sur le terrain (et que les supporters se réjouissent dans
Twitter) au moindre but marqué, je trouve ça profondément ridicule. Mais je
comprends cette joie et je ferme ma gueule. « N'importe
comment, les gens de drouate attendent beaucoup moins du politique que ceux de
gôche. » Toujours cette façon ridicule d’écrire droite et gauche. Cela
étant, c’est amusant comme argument : personne n’a fait autant de lois que
Nicolas Sarkozy et augmenter autant le nombre de taxe, la fiscalité, la dette
de l’état, … Nicolas Sarkozy s’est posé jusqu’à la « perte du A » comme
un sauveur de la nation, comme un rempart, … Nicolas Sarkozy a voulu transférer
des pouvoirs à l’Europe, qu’elle puisse imposer ce qu’elle voulait aux peuples.
Mais, c’est Nicolas Sarkozy le candidat de la droite, le candidat de ceux qui
attendent mois de l’état ? C’est amusant.
« Tout ce qu'ils demandent
c'est d'éviter que la gôche soit au pouvoir. » L’aveu est fait. Le
seul objectif est d’éviter la gauche. Il n’y a strictement rien derrière, aucun
argument, juste un principe. « Eviter la gauche ». C’est le
drame de la gauche, d’ailleurs. A gauche, au moins, on ne veut pas éviter la
droite, on veut qu’elle éviter d’appliquer ses promesses électorales. D’ailleurs,
Nicolas Sarkozy avait mis en place un paquet fiscal en début d’année mais a
fini par revenir sur trois quarts des mesures, tellement elles sont mauvaises.
J’invite Jacques Etienne à aborder le fond. Les engagements
de campagne des candidats. S’il arrive à trouver des engagements à droite… J’invite
aussi Jacques Etienne à étudier point par point le bilan de Nicolas Sarkozy. En
fouillant dans le site du Front de Gauche et du Parti Socialiste, il trouvera
un tas d’explications…
Attaques aux personnes
Pendant toute la campagne, Didier Goux appelait François
Hollande « l’endive batave » et Jean-Luc Mélenchon « le
stalinien aux dents jaunes ». Il a arrêté « l’endive batave » le
jour de l’élection et en avait fait un billet. La fonction de Président de la
République se respecte et Didier ne voulait pas être aussi ridicule que tous
les blogueurs gauchistes qui n’appelaient Nicolas Sarkozy que par des
sobriquets divers, type « le nain » ou « le nabot » (ce que
je n’ai jamais fait). Cela étant, je n’ai trouvé chez Didier que peu d’attaque
sur le fond et uniquement des attaques sur la forme, « l’endive »
signifiant probablement que François Hollande n’avait pas la carrure ou la
stature ou manquait de charisme. Il faudra que je lui demande, tiens.
Le charisme ? Revenons à Jacques Etienne. Dans un
billet précédent, je critiquais Jean-François Copé. Pour résumer : je
suppose que les gens de droite ne l’apprécient pas nécessairement et qu’il
ferait un mauvais chef pour l’UMP. Jacques Etienne a commenté pour nous
expliquer qu’il pensait le contraire, ce qui est la moindre des choses, et
expliquait que les gens de gauche préféraient les personnalités sans charisme.
Effectivement, c’est plutôt à droite que se trouve le culte
de la personnalité. Le truc de l’homme providentiel.
Le charisme ? Un beau mot mais les gens l’emploient
avec une définition relevant du « spirituel », comme si le personnage
charismatique était un demi Dieu qui soulevait les foules.
Wikipedia donne une définition intéressante du charisme :
«
Le charisme est la qualité d'une personne qui
séduit, influence, voire fascine les autres par ses discours, ses attitudes,
son tempérament, ses actions. Un charisme puissant, c'est-à-dire fascinant,
trouble et neutralise le jugement d'autrui ; c'est pourquoi on peut si aisément
diriger, voire manipuler, les autres quand on a du charisme. »
(lisez aussi
lasuite, à l’occasion).
Nicolas Sarkozy a du charisme, incontestablement. Il a
réussi à convaincre 53% des Français, en 2007, à voter pour lui. Il a réussi à
convaincre des personnalités de gauche à travailler pour lui, créant le
gouvernement d’ouverture (peut-être une erreur de sa part, d’ailleurs, une fois
qu’il était élu, ça brouillait un message). Par contre, son charisme n’a jamais
eu la moindre portée sur moi. Je n’ai fait que ressentir ce que Jacques Etienne
appelait de la « haine » dans un de ces commentaires, terme peu
approprié, d’ailleurs (une erreur de plus de nos réactionnaires).
Jacques Etienne pensait que Jean-François Copé à du
charisme. Je ne le crois pas. C’est probablement un bon orateur mais il n’a pas
le charisme suffisant pour exercer la fonction Présidentielle.
Au risque de décevoir mes amis réactionnaires, le type qui a
le plus de charisme, en politique, dans la définition ci-dessus, aujourd’hui,
est François Hollande. C’est bien lui qui a gagné la primaire du PS puis l’élection
présidentielle. C’est lui qui a su convaincre, qui a « séduit », « influencé »
et « fasciné » des électeurs.
Vous pouvez néanmoins le comparer à une huitre si vous voulez, il y a bien des dizaines de gauchistes qui ont manqué de respect à son prédécesseur. Ce que vous critiquiez. Ca ne fait pas avancer le débat.
Qu’un réactionnaire ne trouve pas François Hollande
charismatique est bien normal, de même que je ne suis pas séduit par le
charisme de Nicolas Sarkozy. Je l’ai pris pour un excité à moitié dangereux et
décrit comme tel.
Et maintenant ?
Bien sûr, Jacques Etienne utilise l’argument final : le
vote pour François Hollande n’est pas un vote d’adhésion mais un vote de rejet
de Nicolas Sarkozy. Il a parfaitement raison, c’est le principe de cette
élection : au premier tour, on choisit, au second on élimine.
L’élection de 2007 c’est faite par adhésion aux idées de
Sarko ? Heu… L’élection de 2002 s’est faite par adhésion aux idées de
Chirac ? Heu… L’élection de 1995 aussi ? Alors qu’il n’a pas fait 20%
au premier tour… Tiens ! Il repoussait tellement en 1988 que la victoire
de François Mitterrand était majestueuse. Mitterrand, tiens ! Sa précédente
élection, en 1981, était liée à l’adhésion à son projet, ses fameuses 110
propositions ? Heu…
Alors le blogueur réactionnaire récent converti au
sarkozysme par peur de la gauche va se poser des questions. Il va tenter d’expliquer
la défaite de Nicolas Sarkozy et va démontrer, pour se persuader que ses
propres idées sont bonnes, que la campagne de Nicolas Sarkozy n’était pas assez
à droite. Vous pouvez relire les commentaires, chez moi, c’est ce que m’explique
Jacques Etienne. D’autres l’avaient expliqué avant lui mais Patrick Buisson n’a
pas l’habitude de commenter mon blog.
Je suis désolé pour eux mais la France n’est passée
brutalement réactionnaire en quelques jours. Jean-Marie Le Pen avait fait 14%
en 1988 et Jacques Chirac faisait peur avec la politique sécuritaire qu’il
avait menée (remember Pasqua Pandraud…). En 1981, Georges Marchais avait fait
15%. C’était une époque où le seul parti politique qui gueulait réellement
contre les immigrés était le Parti Communiste.
Et maintenant, demandais-je ?
Il faut peut-être ouvrir les yeux et accepter des réalités,
certes pas toutes objectives mais il n’empêche qu’il y a un fait objectif :
François Hollande a été élu. On pourrait délirer : la France est
majoritaire à droite mais choisit un Président de gauche. De là, on peut en
tirer un tas de conclusions objectives ou pas.
Je vais tenter : François Hollande a été élu dans une France
de droite où les gens ont peur de la gauche et des fameux chars du Kremlin-Bicêtre
parce que le Français est tout sauf réactionnaire.
Les réactionnaires ne sont pas majoritaires. Point.
Et maintenant, demandais-je, à nouveau ?
Si le degré de critique porte exclusivement sur le niveau de
charisme de François Hollande et sur la bêtise de ses supporters, les cinq ans
vont être très longs.
Les cinq précédents l’ont été aussi mais au moins, nos
critiques portaient sur les actes politiques des membres de la majorité d’alors,
sur les lois passées, les pratiques de gouvernement, …
Pas sur le jean de Madame Duflot…