30 octobre 2014

Etre athée ?

« Monsieur Poireau a commencé une remarquable série de billet sur les religions. Il a commencé par "être juif", et continue par "être musulman".» ainsi commence le billet de Gaël qui joint sa plume à la série en parlant de lui, athée. Je suis d’accord avec l’introduction mais pas avec les réponses de Gaël que je vais donc reprendre ici (partiellement).

Nous sommes en pleine philosophie. Je pense que cela va me donner soif.

« Peux-tu m’expliquer pourquoi tu es devenu athée ?

On ne devient pas athée, je pense qu'on l'est la naissance, la religion quelle qu'elle soit est issue d'un environnement familial ou sociologique qui te conduit à penser qu'une force supérieure existe. »

Comment peut-on dire qu’un bébé est athée ? Ne prend-il pas sa mère comme une déesse alors que, 20 après, il la prend pour repriser ses chaussettes ? Pour le reste, on est à peu près d’accord mais on devient bien athée dans la mesure où il arrive un jour où l’on prend conscience de l’athéisme.

T’as vu, je suis vachement sérieux, hein !

« Quel a été le parcours personnel qui a fait de toi, aujourd'hui, un athée ?

première phase : la crise mystique vers 10 - 12 ans, comme beaucoup de monde je pense. Mes parents étant eux-mêmes athées, me laissant le choix plus tard de me "convertir". Deuxième phase : enseignement au collège sur les différentes religions monothéistes, incrédulité sur le thème "ils croient en un même dieu finalement non ? pourquoi autant de guerres ?". Adolescence : crise de "bouffage de curés" au vu de certains épisodes historiques (guerres de religion, controverse de Valladolid, ..) »

Pas du tout d’accord avec Gaël. Hop ! D’ailleurs, sa réponse est contradictoire avec la deuxième partie de sa première réponse, fort juste, quant à elle.

Je suis athée parce qu’aucun parcours personnel n’a fait de moi un croyant…

« Est-ce que tu es pratiquant ?

Oui, chaque jour ! »

Mais pas du tout. On ne pratique pas un truc qui consiste à ne pas pratiquer.

« As-tu déjà pensé pouvoir être athée sans être dans la pratique ?

L'atheisme peut etre un sport de combat pour paraphraser le blog d'Antoine. Se battre pour la laïcité, sans faire de distinction entre les religions (le port de la burqa me navre autant que les processions). »

 J’ai déjà répondu sur la pratique. Ne confondons pas laïcité et athéisme. On peut être un sans l’autre. Dans les deux sens. Pas moi, hein !

« Concrètement, en quoi consiste ta pratique non religieuse ? Par exemple sur une journée ou sur une semaine, quels sont précisément tes actes religieux ?

Je n'ai bien entendu aucun acte religieux au quotidien, mais cela ne m'empêche nullement de méditer sur le monde qui m'entoure et réfléchir à des solutions sans divinité. »

J’ai déjà répondu sur la pratique, bordel !

On ne réfléchit pas à des solutions sans divinité puisque, n’ayant pas la foi, on ne peut pas savoir ce qu’est une solution avec divinité. C’est aussi cela le respect de l’autre : je n’ai aucune solution pour savoir ce qu’un croyant peut penser. Je le laisse croire.

« Est-ce qu’être pratiquant dans ta religion t’a déjà posé des problèmes dans ton quotidien ? Par exemple : dans les relations amoureuses, au travail, des phénomènes de rejet en société, … 

Je suis respectueux des us et coutumes de chacun mais faut pas pousser, je ne refuserais pas de me farcir une messe pour des amis croyants sauf s'il s’avère que le curé tient des propos injurieux (il m'est arrivé e sortir boire un coup lors d'un mariage quand le curé qui semblait avoir bien goûté le vin de messe commença à louer la chance de la demoiselle de se marier en France et non en Arabie car alors elle aurait été l'une parmi d'autres innombrables épouses). »

Je n’ai pas besoin de me faire engueuler par un curé pour aller boire un coût. Je vais quand même répondre sérieusement car la question est centrale. Imaginons que mon voisin vienne à mourir et que j’ai l’occasion d’aller à ses funérailles : sauf par curiosité, il est hors de question que j’aille à une cérémonie religieuse (sauf si c’est un vrai ami) autre que catholique parce que les enterrements « à l’église » font partie de mon éducation. Dans nos campagnes, beaucoup de non catholiques font enterrer leurs proches à l’église par habitude…

Mais j’ai une tendance naturelle à fuir ces cérémonies, notamment les mariages en dehors de la famille.

« Est ce que tu trouves qu’être athée est une bonne chose ?

Oui, je ne vois pas trop comment je pourrais être croyant. »

La fin de la réponse n’a aucun rapport avec la question. Enfin, je dis ça, hein…

Pour répondre à la question, je dirais que je me fous de savoir si c’est une bonne chose ou non. D’ailleurs, je n’y réponds pas.

« Est-ce que c’est une pratique que tu recommandes autour de toi ?

Oui, ne serait-ce que pour cessent ces conflits au nom d'un dieu. » 

L’athéisme n’étant pas une pratique, je crois l’avoir déjà dit, je ne peux pas le recommander. Tout ce que je peux faire, c’est encourager des parents non croyants à ne pas élever des mômes dans la religion par habitude ou pour faire plaisir à la belle-mère.

En fait, cela ne me regarde pas…

Par contre, je peux recommander de ne pas pratiquer certaines… pratiques religieuse voire d’ailleurs violemment lutter contre.

Tiens ! Mme NVB vient de supprimer le texte d’un de ces prédécesseurs, M. VP, empêchant les femmes voilées d’encadrer les sorties scolaires. C’est une belle connerie. Un recul… Alors que progressivement, on s’habituait à empêcher des pratiques religieuses dans un cadre public (et à respecter la laïcité parce qu’il s’agit bien de cela : les mères qui accompagnent les sorties scolaires le font dans le cadre de l’école laïque) et que plus personne ou presque ne ronchonnait, elle vient de faire un prodigieux retour en arrière.

« Si oui, pourquoi  ? Dans l'absolu, qu’est-ce que cela pourrait m’apporter de devenir pratiquant dans ta religion ?

On ira boire l'apéro pendant la messe ou toute autre forme de culte. »

Tiens ! Je suis un peu d’accord avec Gaêl (sauf que l’athéisme n’est pas une pratique, je ne sais plus si je l’ai déjà dit). Je l’écrirais néanmoins autrement : à mon avis (mais ce n’est qu’un avis), les religions imposent des contraintes, des rites,… qui n’ont rien à voir avec la foi (je ne parle pas des sacrements et des machins comme ça mais des trucs plus réguliers).

« Quelles sont les contraintes de ta religion ? Par exemple au niveau alimentaire ou dans la vie quotidienne, que t’impose ta religion ?

Sans objet. »

Pas d’accord avec Gaël. Ou presque. Par exemple, je subis des contraintes traditionnelles de la religion catholique alors que je suis athée. Par exemple, j’ai horreur du vendredi parce que le plat du jour est toujours du poisson.

« Que sais-tu des autres religions ? Est-ce que tu sais ce que c’est être catholique, bouddhiste, juif, ou protestant ?

Je t'ai dit que j'avais vu ça au collège, et continuer à lire ensuite. »

Je pourrais dire : comme Gaël (ce qui serait d’ailleurs un mensonge, je ne lis quasiment rien en relation avec la religion). Mais cela serait en contradiction avec ce que j’ai dit plus haut : ne sachant pas ce que « croire » veut dire, je ne peux rien savoir des religions à part une vision théorique : j’arrive à me rappeler pourquoi le 15 août est férié…

« Si oui, est-ce que tu as des amis dans ces autres religions ?

J'ai des amis juifs, catholiques et protestants et musulmans. »

Pareil. Surtout musulmans, mais c’est le hasard et ils ne font pas état de leur religion (ce sont pour la plupart des copains de bistro…).

« Si oui, est-ce qu’il arrive que vous discutiez ensemble de vos croyances respectives ?

Rarement. »

Pareil. Sauf dans les blogs. D’où ce billet. J’aime bien rappeler que l’athéisme n’est pas une religion ou une croyance. Je n’ai pas eu d’éducation à l’athéisme alors qu’un croyant à généralement une éduction à sa religion.


Et hop !

29 octobre 2014

Le lac aurait été artificiel, pas l'écœurement

Vous vous rappelez ce que l'on reprochait à Nicolas Sarkozy ? Essentiellement la politique du fait divers (en plus de l'incompétence, de la volonté de diviser, de la nullité en économie et des poils dans les oreilles). Le fait divers. Hop ! Un fait divers une loi. 

A la réflexion, je me demande si on ne faisait pas pire. Vous vous rappelez (je fais beaucoup appel à votre mémoire, ce soir) de ces deux jeunes types poursuivis par la police qui s'étaient réfugiés dans un transformateur électrique et qui étaient morts électrocutés. "On" avait utilisé cela pour taper sur Nicolas Sarkozy qui n'était pas encore président de la République. Je mets le "on" entre guillemets car je ne crois pas avoir été très virulent. Il faudrait que je fouille dans mes archives, tiens ! Toujours est-il que si je l'ai fait c'était pour montrer le mauvais climat qui régnait ce qui ne rend pas ma démarche beaucoup plus fine. 

Ce matin, dans mon billet, je me foutais de la gueule d'un blogueur de droite qui se plantait complètement dans les faits qui gêneraient son analyse. Comme s'il avait été fini à l'urine. 

Aujourd'hui, nous sommes la majorité. Je dis nous. J'aurais du mettre des guillemets. "Nous" avons "contribué" (les guillemets sont en solde) à la victoire de François Hollande puis de la gauche aux législatives. Nous étions content d'éjecter "le nabot" et d'être d'accord sur notre adversaire qu'est la finance et tout ça. Depuis, certains ont désillusionné (les néologismes sont au même rayon que les guillemets). Il n'empêche qu'on a viré le nain qui pratiquait la politique du fait divers. 

Récemment, Noël Mamère a déclaré qu'on ne construisait pas un barrage sur un fait divers. Il a pratiqué la politique du fait divers. Jean-Luc Mélenchon a "exigé" la démission de Bernard Cazeneuve. Il a pratiqué la politique du fait divers. Et toi, là, dans les réseaux sociaux, tu as profité de cet événement pour taper sur Hollande, Valls et Cazeneuve. Tu as pratiqué la politique du fait divers. 

Tu as regardé cette vidéo montrant les flics tabasser les manifestants et tu l'as probablement relayée. Tu n'as pas réfléchis au fait qu'il pouvait s'agir d'un montage et à celui que les poulets en question sont superbement entraînés et n'ont pas l'habitude de s'énerver pour des broutilles. Tu as oublié de te poser la question de savoir si, par hasard, les manifestants étaient si pacifistes que cela. Surtout, tu ne t'es pas interrogé sur les circonstances qui ont fait qu'une grenade qui ne tue jamais car elle n'est pas faite pour ça ait pu tuer un jeune homme. 

Tu as tapé sur Hollande, Cazeneuve et Valls parce que tu ne peux pas les sentir. Tu as voulu démontrer que l'Etat était un État policier et que l'on vivait en dictature. Ça t'amuse. Des émeutiers foutent sur la gueule des flics pour lutter contre un projet alors que les rapports d'experts montrent que le projet est mauvais et qu'il allait être abandonné mais qu'il avait été établi selon les volontés démocratiques et que celles-ci allaient être cassées par des instances supérieures justement par ce que nous sommes dans une République avec un État de droit. 

Tu ne t'es pas interrogé sur la légitimité des émeutiers. Tu veux rendre le pouvoir au peuple et n'arrête pas de réclamer une sixième République. Mais tu es incapable de respecter les décisions démocratiques prises dans le cadre de notre Constitution et tu en voudrais une nouvelle. Tu ne supportes que les décisions prises dans la rue, au fil des circonstances. 

Tu ne connais strictement rien au dossier. Tu penses qu'un lac est mauvais parce qu'il favorise l'agriculture intensive sans même savoir à quoi il sert, sans même savoir depuis plus d'une semaine que ce projet existe, sans même avoir lu l'avis des partisans. 

Tiens ! Je vais faire un aparté. J'étais plié de rire en voyant les vidéos des opposants. Ils sont tous identiques, la même coiffure, les mêmes vêtements. Ceux que d'autres types portaient dans le Larzac. On ne peut les imaginer autrement que buvant de la bière de merde et fumant des cigarettes mal roulées. Une caricature. 

Et un jeune homme est entré dans ce truc. Il en est mort. 

Et tu en profites pour taper sur le gouvernement alors que ce n'est qu'un fait divers.

N'as-tu pas honte ?

Dans l'attente, en contribuant à casser l'Etat de droit, j'espère que tu te prépares à assumer les conséquences. 

Un jour, tu te feras voler ton iPhone, dans la rue. Tu iras porter plainte pour prouver les faits à ton opérateur privé ou à ton assurance privée. Et tu seras surpris quand le brave préposé te répondra : vous savez, m'sieur, quand on essaie de faire respecter la loi, on se fait foutre sur la gueule, et quand on se défend, tu gueules comme une poissonnière. Alors tu remercies le bon dieu que ta tablette n'ait pas été volée car, ton smartphone, tu peux te le foutre dans le cul. Si tu veux, tu peux faire appel a un détective privé pour retrouver ton machin et une milice privée pour te protéger dans ton quartier. 

Le service public de maintien de l'ordre te pisse à la raie. 

Assume tes contradictions et ne réagis pas aux faits divers. Même tragiques. 

Blogueur de droite pas fini

Pierre Parrillo, émérite blogueur de droite, apporte son soutien aux forces de l'ordre suite à la morte du jeune homme, ce week-end. Il fait bien ce qu'il veut.

Il apporte une sympathique conclusion à son billet : "Je souhaite également que le Parti de Gauche assume sa position et quitte le Gouvernement sans attendre. On ne peut pas d’un côté demander la démission du Ministre de l’Intérieur et de l’autre continuer de collaborer dans un Gouvernement qui refuserait de le faire démissionner."

Quelqu'un peut-il lui expliquer que le Parti de Gauche ne fait pas partie du gouvernement. A la relecture de son billet, on se demande s'il n'a pas fait un lapsus et voudrait parler des Verts. Quelqu'un peut-il lui expliquer que les écolos sont sortis du gouvernement ?

Etre blogueur politique et être tant à la ramasse, ça ne s'était que rarement vu...

28 octobre 2014

Un jeune homme est mort

Un jeune gars qui luttait contre la construction d'un barrage (l'affaire rappelle un Notre-Dame-des-Landes mais cette fois je n'ai pas d'avis sauf une tendance naturelle à lutter contre ce qui est fait pour l'agriculture intensive, ce qui me fait d'ailleurs rigoler en voyant les opposants à NDDL défendre des paysans) est mort. On ne connait pas pas trop les circonstances mais les premiers éléments de l'enquête montreraient qu'il a été tué par une grenade tirée par les gendarmes. 

Quand on saura pourquoi les gendarmes ont tiré une grenade, on pourra avoir un avis. Si les gugusses mettaient en cause la sécurité des forces de l'ordre, on pourra s'autoriser à penser autrement que la vraie gauche, sinon on pourra etre d'accord avec ses honorables représentants. 

Il y a eu une polémique, hier. Nos dirigeants ont rendu hommage au patron de Toral mort récemment mais ont eu peu de mots pour ce jeune type. Malheureusement personne le connait et il est mort dans un combat qu'il menait. Le president du conseil général a tenu des propos idiots et on lui fait un procès. 

Il empeche qu'il serait temps de se calmer. Cécile Duflot a dit des conneries en comparant ce jeune type à Malik Oussekine. C'est odieux. 

http://mobile.lepoint.fr/societe/duflot-eelv-la-mort-de-fraisse-tache-indelebile-sur-l-action-du-gouvernement-28-10-2014-1876229_23.php

Elle a bien profité du gouvernement pour sa propre gloire et pour donner des postes à ses copains. Je pourrais la qualifier de grosse conne mais je vais éviter dans un moment de mansuétude. 

Et quand je vois des blogueurs qui se prétendent de gauche relayer ses propos, j'ai envie de crier. Tiens : aaaahh. J'ai crié. 

Et si on pouvait laisser la famille de Rémi Fraisse à sa douleur...

Vous êtes ignobles. 

Ce qui n est rien. Vous êtes en plus profondément ridicules. 

Tendre le bâton à Pellerin

La question du jour (hier, mais je suis en retard) étant de savoir s’il faut être particulièrement cultivé pour être ministre de la culture, nous allons répondre par d’autres questions. Par exemple, faut-il être grabataire pour être secrétaire d’Etat aux personnes âgées ? Faut-il être sportif pour être ministre des sports ? Faut-il être toubib pour être ministre de la santé ?

On pourra me répondre qu’il faudra un certain niveau de culture. Néanmoins, on en arrive à n’importe quoi… Dans le Figaro, hier, un écrivain lançait une « lettre ouverte à Fleur Pellerin » (reprise par Koltchak). Pour résumer, il reproche à notre ministresse de ne pas avoir appris par cœur la fiche Wikipedia de Patrick Modiano.

Elle est belle la culture ! Il faut que les ministres trichent pour faire croire qu’ils sont cultivés (alors qu’ils sont déjà occupés à tricher avec le fisc).

D’ailleurs, parmi tous les heureux internautes qui se foutaient de la gueule de Mme Pellerin, combien connaissaient-ils l’existence de Modiano avant son prix Nobel ? Combien auraient été capable de citer le titre d’un de ces livres ? Combien en ont-ils lu ?

24 octobre 2014

A-t-on besoin des réseaux sociaux ?

Dans le Huff, Camille Saint Paul revient sur une interview de Guy Birenbaum et mon billet à propos de Twitter : est-ce la mort de Twitter et de Facebook ? Vous me connaissez, je ne peux pas m’empêcher d’en ajouter. Tout d’abord, un premier constat : ils ne sont pas mort. Ils sont là. Au cœur de notre ordinateur.

Commençons par oublier ces deux gros pendant cinq minutes, de même que les réseaux sociaux, internet et tous ces machins. Faisons un peu d’informatique. J’ai d’ailleurs une réserve de 0 et de 1 en stock. Un peu d’informatique et d’archéologie. Il y a cinq ans, vous aviez un ordinateur. Il y avait évidemment un navigateur qui vous permettait de voir des films de cul mais vous aviez aussi un disque dur avec des logiciels que vous y installiez, des saloperies téléchargées,… Vous y rangiez vos photos, vos documents,… Les habitudes sont tenaces et vous continuez probablement à faire un tas de trucs avec votre ordinateur mais les industriels, en général, ont fait évoluer nos pratiques.

Je vais donner un exemple : les photos. Il y a une dizaine d’années, les appareils photos numériques se sont démocratisés et ont remplacé les argentiques. On archivait nos photos dans un dossier de l’ordinateur. On faisait vachement attention. On achetait des cartes supplémentaires pour être sûrs de prendre autant de photo que l’on voulait et en rentrant de vacances, on se précipitait pour tout archiver, faire des sauvegardes,... Les « APN » ont progressivement été remplacés par les smartphones au fur et à mesure de l’amélioration des capacités de l’appareil photo intégré. On s’est retrouvés avec deux phénomènes. Le premier est que les photos ont commencé à se propager sur le Cloud. Plus besoin de les archiver, de les ranger,… Le deuxième est que tout le monde s’est mis à faire des photos, on voit des photos partout, les gens partagent des photos, on est envahis de photos, je ne supporte plus les photos, d’autant que les lascars se prennent pour des photographes de qualité alors qu’il est impossible de réussir une bonne photo avec un smartphone, je déteste les photos, je conchie les photographes amateurs qui oublient que c’est aussi un métier de prendre des photos. J’exècre les imbéciles qui diffusent des photos de bouffe mais je déteste encore plus les crétins qui se sentent autorisés à critiquer ceux qui diffusent des photos de bouffe.

Ne bougez pas, je vais me calmer.

Toujours est-il qu’il est devenu très simple de faire des photos et qu’on a perdu le réflexe de les archiver sur son PC. Et on les balance sur Facebook à partir de son smartphone appareil photo. Hop !

Je pourrais multiplier les exemples (à quoi bon avoir de la musique sur son ordinateur si vous pouvez l’écouter en streaming, par exemple ?). Ainsi, en quelques années, le disque dur, qui était le cœur de l’ordinateur (rappelez-vous, on achetait encore des disques durs amovibles il y a très peu… Si vous venez de le faire, c’est que vous êtes hermétique au progrès), prend une position secondaire dans votre navigateur.

Le navigateur s’est mis au centre et, un lascar comme moi, commence toujours par ouvrir ses mails et son Facebook quand il allume son PC. Facebook s’est ainsi placé en élément pivot de la vie de beaucoup d’internautes, c’est presque devenu un système d’exploitation : vous regardez des vidéos, communiquez, archivez vos photos. Si on est bien conscients de ce qu’apporte Facebook quand on est utilisateurs (ce n’est pas une obligation, non plus…), on oublie souvent qu’il remplace autre chose et qu’il est plus qu’un réseau social.

Quand on fait des jolis billets de blog à propos de Facebook, on oublie cette dimension : l’utilisateur que l’on va qualifier de lambda se fout totalement de ce qu’est un réseau social. Et pas seulement le lambda.

Guy dit un peu la même chose à propos de Twitter, d’ailleurs. Pour le résumer, si c’était possible : ce n’est plus la peine de parler de Twitter, il est là.

Alors, je vais reprendre la conclusion de Camille que je partage : « Qu'en conclure ? Que Facebook et Twitter ne sont pas morts - loin de là - mais qu'ils sont peut-être en train de scier lentement la branche où ils sont assis ; que ceux qui prédisent leur fin disent autre chose en creux : leurs besoins (d'anonymat, de partage, d'information qualifiée, d'authenticité etc.) ne sont pas, ne sont plus pourvus. Qu'il y a de la place pour de nouveaux entrants, pour de nouveaux Facebook à condition qu'ils soient en capacité d'offrir des fonctionnalités suffisamment nouvelles et attractives pour « déplacer les foules » du web. Qu'après la course au temps réel, une frange grandissante de twittos aspire à la sélection et à une « information apaisée », comme le suggère le lancement de Vellum par le New-York Times ou du futur Brief.me par les anciens de Rue89. Ce serait une bonne nouvelle pour les media... et leurs lecteurs. »

C’est une petite partie qui a retenu mon attention et qui m’a poussé à faire ce billet : « leurs besoins ne sont plus pourvus. »

Pourquoi parler de besoin ? Je n’ai besoin ni des réseaux sociaux ni de ce que je peux y faire. Parfois, le marché ou l’usage créent le besoin. Par exemple, cela fait quinze ans que j’ai un téléphone mobile. J’ai très bien vécu sans pendant à peu près autant d’années en tant qu’adulte. Depuis que je l’ai, j’en ai réellement besoin pour pouvoir être joint en permanence et un tas de raison. Mon mobile s’est transformé il y a cinq ou six ans en smartphone et j’en ai besoin, maintenant, ne serait-ce que pour consulter mes mails.

Par contre, à peu près personne n’a besoin des réseaux sociaux. Des fonctionnalités intégrées peuvent couvrir des besoins. Par exemple, Facebook permet de créer des albums photos pour les archiver et les partager avec d’autres, ce que l’on peut considérer comme des besoins qui pourraient être couverts autrement. Le réseau social en tant que tel, ou, du moins, l’outil de réseautage social ne sert à rien. Papoter avec des gens plus ou moins inconnus, partager des trucs ou voir ce que d’autres partagent ne répond à rien, aucun besoin. Cela permet simplement de passer du bon temps, ce qui n’est déjà pas mal.

C’est ce qui fait le génie de Twitter et Facebook : avoir un succès prodigieux sans répondre au moindre besoin, sans avoir le moindre intérêt. Après la dose de génie et le travail nécessaire pour mettre la mécanique en branle, le succès ne repose que sur le hasard. Par exemple, tout le monde connais l’histoire de Facebook. Les créateurs ont fait un machin pour causer entre potes à la fac. Dix ans après, il y a plus d’un milliard d’utilisateurs… C’est devenu à la mode…

On ne m’enlèvera pas de la tête qu’un tel succès a une grande probabilité d’être éphémère…

Reprenons l’exemple des photos. Il y a quinze ans, les APN arrivaient. C’était génial. On pouvait mitrailler, ça ne coûtait rien. Les prix ont baissé, on pouvait en offrir aux gamins. Pour l’anecdote, mon APN fut mon dernier achat important en francs, c’était pour le Noël qui précédait le passage à l’euro, le 1er janvier 2002. Je voyais ça plus vieux mais je viens de me rappeler du prix : 1111 euros. Plus de 7000 francs. J’avais acheté le top du top. Il avait une résolution de 4 mégas. Les smartphones modernes font plus du double, aujourd’hui pour un prix bien inférieur. Ils auront prochainement une telle résolution qu’on pourra prendre les photos n’importe comment : des logiciels de retouche permettront d’obtenir de très bonnes photos.

Les APN auront vécu une quinzaine ou une vingtaine d’années.


Twitter et Facebook sont éphémères et ne répondent à aucun besoin.

23 octobre 2014

Le désarroi du militant socialiste

Suite à mon billet d’hier, à propos de la « gauche passéiste », j’ai continué à lire mes camarades de gauche qui ronchonnent après le premier ministre quand je suis tombé sur ce billet de la camaradette @iboux. Elle se demande de quelle gauche parle Manuel Valls et apporte des éléments de réponse dont : « La gauche passéiste pour laquelle Hollande a concocté un programme qui a emporté l'adhésion des électeurs face à celui de Sarkozy ? »

On a l’impression qu’elle sous-entend que Valls et Hollande auraient trahi les électeurs mais je me demande à quel point on pourrait se demander si se tromper à ce point sur les intentions des électeurs n’est pas une trahison. Je me comprends.

Un de ces jours, il va falloir réécrire l’histoire de la Cinquième République ! Un président qui serait élu parce que son programme est meilleur. On croit rêver.

Petit 1 : François Hollande a été élu parce que la droite était au pouvoir depuis dix ans, a échoué, et que les Français ne voulaient plus de ces gens-là.

Petit 2 : le petit 1 est surtout valable pour l’ancien président qui énervait tellement les gens et a montré tant d’incompétence que tout le monde voulait le foutre dehors.

Petit 3 : François Hollande a été élu parce qu’il avait promis de s’attaquer aux déficits ce qui a fait que François Bayrou a dit : « je vote pour lui ». Ce qui veut dire : « nous sommes centristes et nous n’avons pas de raison de voter systématiquement à droite et il est urgent de virer l’autre qui est mauvais et divise la France. »

Le petit 2 était tellement fort que François Hollande a été donné gagnant avec 20 points d’avance dans les sondages mais cette avance a fondu au fil de la campagne pour tomber à un peu plus de trois points. Nous avons donc un candidat qui a perdu un petit cinquième de ses électeurs potentiels de second tour pendant la campagne. On y trouvera plusieurs raisons dont, évidemment, le fait que les sondages donnent n’importe quoi. Il n’empêche qu’il n’est pas interdit de penser que les électeurs aient été effrayés par certains points du programme bien trop à gauche parce que l’aile gauche de ce qui allait devenir la majorité les a imposés au candidat.

On pourrait ajouter un certain nombre de faits. Depuis de Gaulle, par exemple, aucun candidat sortant n’a été réélu hors période de cohabitation. En 2012, la gauche a fait 45% au premier tour comme à peu près à chaque élection présidentielle sauf 2007.

Cela étant, le Parti Socialiste est en crise. L’ami Nathanaël revient longuement sur cette mauvaise passe, le jeu de chacun,…  Il évoque rapidement « désarroi des militants PS qui ne savent plus sur quel pied danser, coincés entre leur désir de voir « leur » président réussir et le sentiment diffus que la méthode n’est pas la bonne. » Le PS est probablement un bon parti d’opposition mais est dans le cirage quand il est au pouvoir.

Je disais hier, et je le rappelle souvent, que je ne suis pas membre du PS. Si je le rappelle, ce n’est pas pour me désolidariser, c’est presque le contraire, même. Je n’ai pas la responsabilité de convaincre des électeurs de voter pour lui, je n’ai pas celle de faire passer mes idées au sein de débats,… Et je ne comprends rien aux guerres internes. Nathanaël pense qu’elles sont issues du referendum de 2005. Il a fait des ravages au sein du parti mais je crois que le clivage est autre, maintenant. Par exemple, Manuel Valls était opposé au traité de 2005 mais avait fait campagne pour le « oui » par discipline de parti vu que le « oui » l’avait emporté lors du vote interne. C’est d’ailleurs assez cocasse de voir ce qu’est devenue la discipline du parti par rapport à celui qui est actuellement premier ministre.

Depuis que je fréquente beaucoup de militants socialistes, disons lors de la création des leftblogs début 2008, mais aussi que je lis des blogs de toute la gauche, je suis frappé par le décalage entre :
Petit 1 : la politique que l’on aimerait voir mener dans le meilleur des mondes,
Petit 2 : la politique que l’on pense que devrait mener son parti,
Petit 3 : la politique que l’on pense qu’il est réellement possible de mener en fonction de la conjoncture, des circonstances internationales,
Petit 4 : la politique qu’il faut vendre aux électeurs.

Prenons un exemple : le nucléaire.

Petit 1 : le nucléaire est potentiellement dangereux, pas spécialement gratuit, pas durable,… Il faut sortir du nucléaire au profit d’énergies renouvelables.
Petit 2 : il faut engager la recherche et organiser la sortie progressive du nucléaire.
Petit 3 : il faut favoriser la recherche, encourager le développement d’énergies renouvelables et préparer la fermeture d’une ou deux centrales.
Petit 4 : il faut favoriser la recherche, préserver notre indépendance énergétique mais ne pas sortir du nucléaire avant d’être sûrs d’avoir de quoi le remplacer.

C’est mon point de vue, pour illustrer la conversation, il est discutable mais ce n’est pas l’objet du billet. Les débats sur la sortie du nucléaire entre la primaire et l’élection de 2012, avec le fameux accord entre les verts et les socialos a été désastreux, électoralement, donnant une grande impression d’amateurisme. Les Français ne veulent pas d’une sortie du nucléaire mais d’un gouvernement qui assure la pérennité de l’approvisionnement en énergie, la sortie du nucléaire est la cerise sur le gâteau. En outre, la mesure pourrait choquer  les ouvriers qui travaillent dans le secteur et leur donner un doute quant à la durabilité de leur emploi…

Faut méditer.

L’ami Jeff, du blog Perdre La Raison, nous fait un billet pour taper sur Valls. Il commence ainsi : « Bien, je crois que le ci-devant Manuel Valls a poussé le bouchon un peu loin, trop loin ces derniers temps pour qu'on ne lui rappelle pas que s'il est là c'est parce que le Parti Socialiste dont il changerait volontiers le nom l'y a mis. » C’est un peu le problème de l’œuf ou de la poule mais ce n’est pas le PS qui l’a mis là, mais François Hollande. Il termine ainsi : « Il n'a rien à faire à la tête du gouvernement sauf à vouloir mener une politique qui n'est pas socialiste et donc pas celle souhaitée par les électeurs de gauche le 6 mai 2012 quand ils ont voté François Hollande. »

Ce qui nous ramène à ce que je disais en début de billet (Jeff est membre du PS, pas moi, au fait, ce que je rappelle pour relativiser mes propos) : quelles sont les raisons qui ont fait que les électeurs ont voté pour François Hollande ? François Hollande a-t-il été élu avec les seules voix de gauche ?

Alors, je préfère la conclusion de l’ami El Camino : « Passéisme, modernisme, socialisme, pas socialisme, je m'en fous de tout ça, je n'ai pas voté en 2012 pour un parti qui tombe en ruine mais pour sauver un pays qui tombait en ruine alors démerdez-vous les socialistes pour vous entendre et penser à la France parce qu'à ce rythme de conneries,à la présidentielle de 2017, le nain et ses alliés en bottes allemandes vont péter les scores dans les urnes. »

Il n’est pas le seul à s’en foutre.

L’opposition interne n’a que trop duré. C’est bien François Hollande qui a été élu. Si le PS veut rester conforme à lui-même, à savoir un parti de débat (pour être gentil,…), il peut l’être.


Benoît Hamon arrivera peut-être à obtenir le graal : devenir Premier Secrétaire du Parti Socialiste. C’est son problème et je m’en fous.

22 octobre 2014

La gauche gauche

Manuel Valls donne une interview au Nouvel Obs. Il sera à lire dans son intégralité dès demain. Un extrait est disponible onezehouaibe. Il dit notamment : « Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s’attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses. La seule question qui vaille, c’est comment orienter la modernité pour accélérer l’émancipation des individus. » Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne va pas de main morte avec la fraction de la gauche qui critique le gouvernement. Et je suis d’accord avec lui.

Le premier ministre a dit plein de trucs que vous lirez dans la presse. Par exemple, il est favorable à une fédération des partis de gauche ou un machin en commun, voire au changement de nom. Je pense qu’il n’a pas entièrement tort.

En préambule, avant de raconter les conneries d’usage, je rappelle que je ne suis pas membre du parti socialiste ni d’aucune autre formation politique. Si je tiens ce blog, c’est par habitude, pour le reste, qu’ils se débrouillent, tous ces braves gens.

Je crois tout d’abord qu’il est temps de faire exploser quelque chose. Il se passe un événement par jour qui assombrit le parti. Hier, nous avions le Gégé qui disait des conneries dans Twitter. Aujourd’hui, c’est Benoît Hamon qui raconte des âneries du genre : la politique du gouvernement menace la république. Il y a eu un débat : Hamon doit-il être exclu du PS ? Hier, c’était : Filoche doit-il être exclu du PS. Je m’en fous. Gérard Filoche doit comprendre qu’un responsable politique doit savoir fermer sa gueule ou, du moins, respecter quelques conventions. Hamon joue un jeu, on ne sait pas lequel. Il était jeune, occupait un de ministère les plus importants. Il a décidé d’arrêter tout pour revenir confortablement dans une espèce d’opposition qui ne le mènera à rien. Il va se retrouver complètement marginalisé, avec cette histoire.

Je me demande si Filoche et Hamon se rendent compte qu’ils viennent de torpiller leur propre courant, l’un passant pour un vieillard sénile et l’autre pour un enfant gâté qui mérite un bon coup de pied au cul.

Faut-il renommer le parti socialiste ?

J’aurais tendance, à titre personnel, à dire oui. J’en ai marre de voir la gauche passer pour de ringards collectivistes et être rejetée uniquement parce qu’un mot fait peur. J’en ai marre de tous ces débats avec des andouilles qui cherchent à définir des mots, à mettre des étiquettes… D’ailleurs l’année avait commencé par des débats sur le social libéralisme, la sociale démocratie et tout ça.

Je suis attaché au socialisme en tant que machin visant à un monde meilleur, la justice sociale et tout ça. D’ailleurs, qui pourrait être contre ?

Je ne suis pas attaché à un mot.

L’autre jour, je parlais de Jean-Luc Bennahmias qui se disait, dans le même entretien, soutien de François Hollande et pas socialiste. Pareil ! Je soutiens Pépère et je ne me suis jamais présenté comme étant socialiste. Ce qui ne veut pas dire que je ne me sente pas socialiste. Tout cela est bien compliqué. S’il fallait définir le socialisme en tant que machin visant à une propriété collective des moyens de production (ben oui, entrons dans le concret), je dirais que c’est bien joli mais inefficace.

Nicolas Sarkozy est sur le pont pour 2017. Il a fait un discours à Nice, hier, très à droite, la plus grande partie axée sur l’immigration, pour bien s’adresser au cœur des militants UMP. Il refera un virage au centre après l’élection interne. Nul doute que s’il gagne la présidence du parti, il gagnera aussi la primaire. Le Front National est en pleine forme. Ca n’est pas récent. Marine Le Pen a fait un bon score à la présidentielle. Soral et Dieudonné ont annoncé la création d’une nouvelle formation politique, forcément à la droite de la droite.

Une partie du Parti Socialiste ne vote pas le budget. Benoît Hamon dit que le gouvernement met en danger la République.

Qu’est-ce qu’ils veulent ?

Est-il vraiment idiot de s’interroger sur ce que doit être le Parti Socialiste, sur ce que doit être son avenir, sur ce que doivent devenir ceux qui ont mangé la soupe pendant deux ans et se placent maintenant aussi froidement dans l’opposition ?

Je vois des types qui ronchonnent dans les blogs, dans Twitter et tout ça. Ils sont à gauche, n’aiment pas spécialement ce que fait le gouvernement et s’étonnent que Cambadélis et Le Foll tombent sur le paletot des dissidents en culote courte.

Les gars, il faudrait peut-être se réveiller… Le Parti Socialiste existe-t-il encore ?


Kremlin des Blogs spécial Jean-Luc Bennahmias reporté

Ca devait être demain. Ca sera le 4 !

Désolé pour ce contretemps...

21 octobre 2014

La fin de Twitter ?

Logo de startup après reconversion
Si tu n’en as pas strictement rien à cirer, hypothèse que je suis assez loin d’écarter, tu auras remarqué que je parle beaucoup des nouveaux réseaux sociaux qui naissent tous les jours ou presque. L’ami Poireau pense que Twitter est en train de se suicider avec des nouveautés qui ne sont pas satisfaisantes. Je suis un peu d’accord avec lui mais je le développerais différemment : les utilisateurs de Twitter sont en train de l’euthanasier. Ou presque.

Je ne suis pas le porte-parole d’un Poireau. Nous faisons les mêmes constats, en tirons certaines conclusions identiques ou non qui auront la même conséquence : nous finirons par déserter plus ou moins Twitter et nous ne serons pas les seuls.

Commençons par l’affaire du jour. Le patron de Total est mort dans un accident d’avion. Gérard Filoche, député PS, a sorti un tweet lamentable, ne respectant pas les usages, à savoir que quand il y a un mort, il faut penser à ses proches et fermer sa gueule. Ainsi, nous avons peut-être le tweet d’une personnalité politique le plus déplorable de l’histoire de ce pataquès, malgré la présence de Mme Boutin et Morano… Toujours est-il que les réactions ont été disproportionnées de la part ceux qui critiquent Gégé comme de la part de ceux qui le soutiennent.  Les critiques sont idiots. On voit des cadres de l’UMP qui exigent que le Parti Socialiste le foute à la porte. Les soutiens sont du même métal : ce n’est quand même pas compliqué de comprendre qu’il aurait pu s’abstenir. Il n’a pas à être défendu.

Ainsi, Twitter, dans sa globalité, a perdu toute objectivité, toute sérénité,… Depuis deux ou trois ans, le grand public a débarqué en masse et chaque utilisateur se permet de donner son avis. Ce n’est pas une critique individuelle. Chacun fait ce qu’il veut. Pour ma part, je tiens des blogs pour donner mon avis. C’est le cumul qui devient invivable : je me fous de vos avis. Seul m’intéresse l’avis de mes potes.

Je ne me fous pas que de ça. Je me fous de vos « livetweets » d’émissions de télévision. Je ne sais pas si vous vous rendez compte que vous en êtes réduits à regarder votre poste uniquement pour pouvoir sortir des conneries dans Twitter. Une psychothérapie s’imposerait presque mais, comme toujours, chacun fait ce qu’il veut. Il n’empêche que cela m’emmerde prodigieusement. On m’objectera que je peux filtrer #dals, #onpc,… Je préfère filtrer Twitter et aller voir ailleurs, ou unfollower divers lascars qui ne se rendent même pas compte qu’ils polluent.

Tiens ! Je me fous de vos hashtag. C’est quoi cette manie de mettre des dièses devant un mot sur deux. Savez-vous au moins à quoi peut bien servir un hashtag ?

Je me fous des informations que vous pouvez diffuser. La plupart ont déjà fait la une des sites d’informations ou ont été l’objet d’une alerte d’un site de presse. Les autres n’ont strictement aucun intérêt mais vous ne vous en rendez même plus compte. Vous voyez un article, un billet, il vous plait, vous le RT sans même réfléchir à l’intérêt de la chose. Vous me répondrez évidemment : « et toi, le gros, tu t’imagines que tes RT ont de l’intérêt ? » Outre le fait que je ne vous permets pas de me tutoyer et celui que ma surcharge pondérale légère est purement accidentelle, je ne me fais aucune illusion. Je tweete essentiellement des billets de copains blogueurs parce que je les juge de qualité et que je défends la blogosphère. Je ne tweete pas un article du Monde, de 20 minutes ou du Figaro sauf si le contenu me parait suffisamment important. Et je ne le fais, généralement, que parce que je n’ai pas le temps de faire un billet sur un de mes blogs.

Nous allons prendre quelques exemples de tweets.

Ma TL à l’heure où je rédige cet article. De manière exhaustive.

Premier post : un machin publicitaire.
Deuxième post : le RT (par quelqu’un que j’apprécie) d’un député PS qui dit : « #DirectAN  #Valls en réponse à un député UMP «Ce gouvernement agit pour la famille. Pas de faux débats, pas de fausses polémiques !» #QAG »
Troisième post : un tweet d’une vidéo dont je n’ai que foutre, pas le temps de regarder et pas envie de prendre le risque de perdre du temps pour un truc qui pourrait n’avoir aucun intérêt.
Quatrième post : un tweet du parti socialiste qui reprend une ministre qui s’adresse à l’Assemblée.
Cinquième post : un tweet du Poireau dont au sujet duquel est à l’origine de ce billet. « Brigitte Barèges condamnée pour avoir fait payer à la mairie sa propre promotion http://www.ladepeche.fr/article/2014/10/21/1976558-montauban-brigitte-bareges-condamnee-a-un-an-d-ineligibilite.html … » Comme tout un chacun, il tweete bien ce qu’il veut. Il n’empêche que…

Je vais arrêter là. Le tweet suivant n’a aucun intérêt. Les deux d’après, par contre, reviennent à l’esprit de Twitter, celui que l’on a connu il y a quelques années…

Le « slogan » de cette honorable société était « what are you doing » ce qui veut dire, pour ceux qui ne sont pas anglophones comme moi : « qu’est-ce que tu es en train de branler ? » On mettait alors ce qu’on était en train de faire. J’avais enregistré une phrase toute faite (« je bois une bière au comptoir »). Progressivement, on a commencé à lancer des vannes, à papoter, on s’amusait bien. Cela ne servait rien. Twitter est monté en charge. Des liens ont commencé à se multiplier puis ces fameux #hashtag. Nous autres, blogueurs, voyions tout cela d’un œil circonspect. Ce machin ne va-t-il pas plomber les blogs ? J’y reviendrai (si je pense, je ne suis pas une machine, non plus, hein !) mais on s’est sentis obligés d’y diffuser nos billets de blogs puis ceux des copains. On a bien participé au bordel ambiant, comme tout le monde.

Ces échanges de liens, de hashtag, de tweets autour de l’actualité est probablement ce qui a fait le succès de Twitter qui n’avait pas été imaginé pour cela, je suppose. C’est amusant de voir ce qui peut faire le succès d’un machin sur internet. Pourquoi Twitter a-t-il décollé et pas d’autres machins comme Google Buzz, Friendfeed et tant d’autres machins que nous avons vu passer ?

Twitter allait-il couler les blogs ?

C’est la question que nous nous posions à une époque, vers 2010 ou 2011 (mon compte Twitter date d’avril ou mai 2007, tout comme mon compte Facebook). Même a posteriori, on ne peut pas réellement répondre à la question sauf sur un point : les blogueurs qui sont dans Twitter ont probablement perdu des commentaires et les réflexions suite aux billets se sont limitées à 140 caractères.

Il y a peut-être moins de blogs politiques maintenant (je n’affirme rien, je n’ai pas de chiffres, disons que dans mon entourage, il y a moins de blogs). On ne peut pas affirmer que c’est à cause de Twitter, de la culotte de ma grand-mère ou de l’arrivée de la gauche au pouvoir, donc de la sortie de l’opposition directe des blogs les plus actifs.

Et Facebook ?

On ne peut probablement pas évoquer les évolutions de Twitter sans évoquer celles de Facebook sans se faire engueuler par le curé. Le problème est le même. On est noyés sous les « contenus » fournis par des inconnus, ce qui ne correspond pas à l’usage que j’ai ou que je voudrais avoir de Facebook qui, pour moi, reste un machin pour discuter avec des proches.

Depuis quelques jours, les deux ou trois premières entrées de mon machin sont bien des publications de proches mais les suivantes sont toutes des vidéos débiles. Ça me casse les burnes sérieusement.

Google+ ?

Ah ! Google+… J’en parle ici parce que j’en ai été fan dès la première heure et que je l’avais beaucoup étudié.  Toujours est-il que les nouveaux utilisateurs – donc tous les utilisateurs ? – ont tenté d’y reproduire ce qu’ils faisaient dans Facebook et Twitter, à savoir une course aux utilisateurs et la promotion de leurs propres billets de blog sans compter la diffusion de vidéos de chats et d’informations sans le moindre intérêt.

Cela fut une erreur. Google+ est un fiasco si on le regarde comme on regarde Twitter et Facebook.

Il ne faudra pas reproduire ces erreurs si nous basculons de Twitter à un autre machin et la course à l’influence se terminera. Amen. Je suis un blogueur statisticien. En septembre 2010, mon blog a eu 20638 visites. En septembre 2014, 20067. Sources : GA. Mes 4800 followers ne servent à rien pour mon blog même s’ils sont éminemment sympathiques, surtout la rouquine avec des gros nichons, là.

Des candidats au remplacement en pagaille

Depuis quelques jours, je teste, avec des potes, dont le Poireau en question quelques outils assez proches de Twitter et de Facebook, disons des « réseaux sociaux non spécialisés » et qui semblent être beaucoup plus récents. Cela a commencé par Ello.co puis vinrent Tsu et Let et Pheed m’a été présenté ce week-end.

Des quatre, c’est Tsu qui a le plus d’activité, du moins dans mon « réseau ». Le Poireau est persuadé que c’est ce machin qui deviendra à la mode. On verra s’il a raison dans trois ou quatre ans. Je ne crois pas que l’on verra basculer rapidement les utilisateurs d’un machin à l’autre si ces mêmes gens n’en font pas un usage précis, usage qu’il est impossible de prévoir, comme cela a été impossible pour Twitter.

La fin de Twitter ?

J’aime bien parler de la fin de Twitter car on évoque périodiquement, depuis des années, la mort des blogs.

Différentes études ont montré que les adolescents américains désertent progressivement Facebook, notamment au profit de Twitter. Facebook est déjà ringard même s’il poursuit sa croissance… Twitter connaitra un phénomène de lassitude mais il est déjà probablement entré durablement dans les mœurs.

Si Twitter finira par être détrôné, c’est probablement par un autre bazar qui aurait les mêmes défauts. Pour qu’un machin trouve une large clientèle, il faut que chacun puisse y faire ce qu’il imagine. Le bordel, au sens où Twitter n’est pas utilisé comme je voudrais qu’il le soit, se reproduira partout.

Par exemple, dans un des nouveaux machins dont je parlais, Tsu, j’ai déjà des abonnés non francophones, dont des gens qui ne lisent pas ce que je publie, d’autant que je ne publie presque rien. Ils s’abonnent donc uniquement soit par connerie soit pour faire du chiffre. C’est déjà le bordel.

Pourquoi quitter Twitter pour retrouver la même monstruosité ailleurs, avec d’autres clowns qui vont s’inventer de nouvelles règles de savoir vivre en société et finir par faire n’importe quoi, tout comme ils jugeront que je fais n’importe quoi.


La bêtise de Filoche et les commentaires, dans Twitter, aujourd’hui, marquent une étape supplémentaire du discrédit de ce truc.