
Lors de la conférence un jeune
journaliste du Lab d'Europe 1 a demandé à François Hollande
pourquoi il ne tweetait plus depuis l'élection. Le comportement des autres acteurs
présents (le président, les membres du gouvernement et surtout les journalistes) a fait
polémique. Ce n'est pas l'objet de mon billet mais je vais l'évoquer
l'espace d'un paragraphe.
Pour résumer, pépère a répondu
avec un trait d'humour laissant entendre qu'il ne prenait pas Twitter
au sérieux, semblant soutenu par les vieux journalistes. Tout cela
est raconté par
Bruno
Roger-Petit. Cette histoire ne m'intéresse pas mais je soutiens
le jeune face aux vieux qui ont encore prouvé qu'ils étaient coupés
du monde réel, même si, dans la suite de billet, je vais me montrer
plutôt défavorable à l'utilisation de Twitter par les
politiciens.
La question est : François Hollande
devrait-il avoir un compte Twitter ?Je vais tenter d'y
répondre pour vous rendre service, en commençant par une première
question. Dans le monde, pouvez-vous me citer deux personnalités
politiques de plus de 40 ans à qui Twitter ait été bénéfique
pour la carrière ? J'en demande deux perce que vous allez me citer
Obama. Je dis moins de 40 ans parce qu'il y a des gens qui se sont
rendus sympathiques dans les réseaux sociaux et bénéficient d'un
peu de mansuétude... Mais ils n'ont pas "encore" fait
carrière...
Obama. Aurait-il été élu puis réélu sans
Twitter ? La réponse est oui. Twitter est un des éléments qui lui
permettent de passer pour sympathique. François Hollande pourrait
donc avoir un compte Twitter qui améliorerait sa sympathie.
Cela
étant, quels sont les tweets de personnalités politiques dont on
parle le plus ?
La réponse est claire : ceux où ils
se rendent ridicules ou ceux où ils disent de grosses conneries. Les
Twittos politiques les plus célèbres sont probablement Christine
Boutin et Nadine Morano. Quelques élus ont des gros buzz négatifs,
comme ce député UMP qui a fait un amalgame entre les casseurs du
Trocadéro et les descendants d'esclaves.
On peut voir la
chose par les deux bouts. Le premier est que c'est une excellente
façon pour Christine Boutin et Nadine Morano. Sans leurs tweets, on
ne parlerait pas d'elles. Ce député, par contre, a visiblement fait
une plaisanterie qui a mal tourné. Il n'a pas analysé les
conséquences de son geste. D'ailleurs, il a effacé son tweet dès
qu'il a repéré le mauvais buzz.
Quelles seront les
conséquences politiques pour lui ? S'il ne recommence pas, aucune.
Tout le monde va l'oublier. Et s'il recommence ? Je ne sais pas. Je
ne connais pas son électorat et son positionnement politique.
Peut-être veut-il se faire un nom au niveau national ou a besoin
d'assurer l'obtention de voix très à droite pour assurer ses
premiers tours ?
J'aurais tendance à dire que les élus
devraient ses cantonner à deux types de tweets : des communications
institutionnelles ("Très belle ambiance à
la Fête de Jeanne d'Arc, très beau discours de Marine Le Pen"),
des communications personnelles ("Dîner
en famille, ce soir, ça va me reposer d'une semaine à taper du
pédé") et des tweets normaux ("Alors,
@jegoun, tu payes une tournée pour l'anniversaire de la mort du
général Massu ?"). Dans tous les cas, ces personnalités
devraient éviter de commenter l'actualité politique, à mon
avis.
Pour ma part, il y a trois personnalités politiques
que je suis avec attention dans Twitter : Anne Hidalgo, Jean-Luc
Roméro et Alain Lambert.
Je suis abonné à d'autres, mais ces
trois là, quand je les croise dans Twitter, je les considère avant
tout comme des "copains Twittos", pas comme des futures
maires de Paris.
Je vais y revenir mais je dois faire un aveux
: je ne suis que des comptes Twitter qui me suivent sauf @elysee et
quelques exceptions toujours temporaires. Une personnalité me
followe, je followe back. Ayant fait partie de l'équipe "réseaux
sociaux" pendant la campagne de pépère en tant que gros
blogueurs (et pas blogueur gros !), mon compte est suivi par
@fhollande, mais aussi Najat, Marisol, Mosco, Hamon, Victorin
Lurel,... et un ou deux autres. .
Toujours est-il que les
trois dont je parlais me suivent (et réciproquement) depuis bien
avant les primaires, voire avant l'explosion de Twitter. J'ai donc
une attention particulière pour elles. Elles étaient les premières
personnalités à suivre mon compte. Je vais les décrire (vu de
Twitter), mais en trois mots seulement. Anne Hidalgo donne
l'impression d'être une personne "très humaine". Jean-Luc
Roméro donne envie qu'on l'aide dans son combat. Alain Lambert est
comme un copain de comptoir : nous sommes tous les deux dans Twitter
pour rigoler.
Revenons au compte de François
Hollande.
Tout d'abord, notre président a 7 ans de plus que Barack
Obama et se mettrait à tweeter plusieurs années après "l'autre", à une
époque où Twitter est déjà connu et probablement proche de son
pic d'utilisateurs, voire d'un certain déclin. Il n'y a pas d'Hollandemania comme il y a (ou a
eu) une Obamania. Hollande ne peut plus acquérir une image de
modernité avec Twitter. Au contraire, il pourrait apparaître à la
traîne. Il faudrait qu'il organise parfaitement son lancement, puis
se fasse un "personnage" (communication institutionnelle,
personnelle, humour,...).
Le risque d'échec est important.
Ses tweets seraient repris par la presse et pourraient générer des
buzz négatifs, surtout s'ils sont repris et tournés en dérision
par des élus de droite. Imaginons qu'il ait tweeté, lundi en milieu
de soirée : "je serai de tout cœur avec
les supporters du PSG ce soir, mais je veux rester bien avec ceux de
Tulle pour 2022". Je dis ça au hasard mais ça semble sympathique
: un mot de félicitations et un trait d'humour. Trois heures après,
les émeutes que l'on connait. Tweet de @gounje, twittos et blogueur
d'opposition et de comptoir : "pendant que
pépère fait le con dans Twitter, la sécurité des Français n'est
plus assurée !" Hop ! Repris par toute la presse.
D'un point de vue personnel, depuis
l'affaire du soutien de sa campagne à Falorni pendant les
législatives, François Hollande doit avoir une sacré peur de
Twitter. Je suppose que ses conseillers en communication insistent
pour qu'il reprenne le sien mais qu'il doit freiner... En outre, ça
fait du boulot. Une personne sera obligé de gérer ça. Il faut
préparer les tweets, les faire valider par les conseillers en
communication puis par Hollande, gérer les abonnements et les
susceptibilités, …
Évidemment, il y aurait des avantages,
notamment celui de personnifier sa politique et de fidéliser un
paquet de potentiels militants. Qui sont déjà militants et qui
apprécient déjà le personnage...
Mais le jeu en vaut-il le risque ?
@fhollande a 500 000 abonnés,
@barackobama 30 millions. 60 fois plus (la population des USA est 5
fois supérieurs à la France, comparativement, leur président a
donc, en gros, 10 fois plus d'abonnés). En cette période de basse
popularité, ne risque-t-il pas de passer pour un looser ?
Je pose les questions. Je n'affirme
rien.
Quel est l'avenir de Twitter ?
Personne ne peut y répondre. Twitter
a-t-il une bonne image, auprès du public ? On nous parle des 5
ou 7 millions d'utilisateurs en France, mais les 40 millions
d'électeurs qui n'ont pas de compte ?
Qui sait si le must ne sera pas dans
quelques mois d'avoir un Tumblr ou je ne sais quel réseau social à
la mode ? Qui a fait le plus pour l'autre ? Barack Obama ou
Twitter ? Quel pourcentage de son succès Twitter doit-il à Obama ?
François Hollande doit-il encourager
une startup américaine, déjà grosse entreprise mondiale ou doit-il
tenter le coup avec une startup française ou européenne ?
Il pourrait faire des
pearltrees,
par exemple, où l'on pourrait suivre ses déplacements, le
cheminement de ses engagements, sa vie personnelle !
Tiens ! Militons pour l'ouverture
d'un compte chez Pearltrees par @pépère !