08 décembre 2009

Une conférence pour sauver le monde... Au Kremlin-Bicêtre

La lecture matinale du billet de Sarkofrance me rappelle qu’il faut que je fasse mon compte rendu de la conférence d’hier soir. Pourtant, j’ai failli y aller à reculons… Heureusement que mes copains Grodem, Seb et Vogelsong étaient là pour me donner le coup de pied au cul nécessaire et Martin pour poser la question à laquelle n’a pas voulu répondre le conférencier.

C’était Frédéric Lordon, un économiste bien à gauche, talentueux orateur… et très drôle ! C’est donc à reculons que j’entame le compte rendu de ce billet. Une page Word pour résumer les propos tenus en deux heures de discussion passionnée : pas possible. Je vais juste raconter la fin : il y avait un pot mais j’avais la flemme… alors j’ai foncé vers la Comète où il restait du monde. Ouf.

Le conférencier n’a pas voulu répondre à une question de Martin. Probablement était-elle un peu trop technique mais, surtout, la réponse coulait de source mais impliquait un début d’élément de solution pour faire face à la crise. Tout au long de la soirée, Frédo (si je puis me permettre) s’est efforcé à ne donner aucune solution, à juste titre. J’avais peur que la soirée se résume à un entrelacement de solutions inapplicables pour sortir de la crise : il n’en a rien été. Inapplicables car la solution ne peut venir que d’une volonté politique mondiale totalement impossible à mettre en œuvre. Il revient aux économistes de démontrer les mécanismes qui aboutissent à des situations tels que celle que nous avons connue (et qui est loin d’être terminée) : que les citoyens et les politiciens se débrouillent…

Je ressors néanmoins tout à fait optimiste : une guerre thermonucléaire ne sera pas nécessaire pour sortir de la crise, une simple guerre civile devrait être suffisante. En outre, les Chinois font les mêmes conneries que nous : ils ne tarderont pas à exploser et il nous faudra faire gaffe à nos fesses.

Je vais donc résumer. Je vais me limiter à deux paragraphes (plus celui-ci) : tout vient de la sacro-sainte concurrence que veulent nous imposer les affreux néolibéraux avec du poil dans les oreilles.

D’une part, cette concurrence oblige les chefs d’entreprise, notamment les institutions financières, à prendre de plus en plus de risque. Sinon les actionnaires ne sont pas contents car les actionnaires du concurrent gagnent plus d’oseille. Les chefs d’entreprise sont virés. Et ne touche que 100 millions de parachutes dorés. Donc ils prennent des risques et investissent dans n’importe quoi. Et plouf.

D’autre part, cette concurrence oblige les chefs d’entreprise à diminuer les coûts pour survivre et améliorer les bénéfices de l’entreprise. Donc ils font pression sur les salaires. Le premier effet est con : ça pousse les gens à vouloir travailler plus pour gagner plus sinon ils n’arrivent pas à boucler les fins de mois et à payer une tournée au bistro. Le deuxième effet est destructeur : les gens n’ont plus de pognon pour consommer donc les entreprises n’arrivent pas à vendre. La seule solution est des pousser les gens à s’endetter, à faire des crédits à la consommation. Le surendettement prospère, comme si on avait oublié ce qui avait été à l’origine de la crise.

Alors l’état crache au bassinet pour renflouer les banques car si le système bancaire se casse la gueule, je ne pourrais même pas tirer 20 euros sur mon compte pour m’offrir un godet : mon compte aura disparu avec ma banque. Mais l’état paye : pas le choix. Et nos valeureux financiers fiers d’eux-mêmes viendront nous expliquer que la France va mal, qu’il faut diminuer le train de vie de l’état, diminuer la dette, alors que la dette n’aura été amplifiée que pour sortir de la merde dans laquelle ils nous auront mises, car il aura fallu « nationaliser » des dettes privées.

Il n’y a pas de solution. Il faudrait une régulation mondiale mais personne n’en veut. Alors nos amis libéraux renforcent leurs positions libérales pour nous entraîner à nouveau dans un système qui ne marche pas. L’état crache au bassinet pour sauver la face et demain est un autre jour.

Mais l’état veut faire bonne figure, rassurer les gens, faire croire à l’efficacité de la politique. Alors il fait des moulinets avec ces petits bras, pour combattre quelques bricoles dont tout le monde se fout, comme ces parachutes dorées, alors que c’est le système tout entier, bien au fond, qu’il faudrait transformer. Et l’UMP continue à nous culpabiliser. Et à lancer des débats sur n’importe quoi, l’Identité Nationale (tiens ! le sujet arrive à l’Assemblée aujourd’hui) ou la conférence de Copenhague qui devrait sauver le Monde

Et on va continuer à tenir nos blogs pour dénoncer systématiquement toutes ces mesures à contre sens. Essayer de rappeler à nos concitoyens que quand l’état ne remplace pas un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, c’est pour tenter de boucher un trou dans la caisse, fait pour sauver le capitalisme mondial.



30 commentaires:

  1. Bon résumé mais pas très optimiste tout ça car en effet compter sur une régulation mondiale...
    N'est-ce pas aussi en partie lié à la globalisation ?

    RépondreSupprimer
  2. Moi, c'est lié. On est obligé de s'adapter (pour la concurrence...) aux règles de ceux qui en ont le moins.

    RépondreSupprimer
  3. On est arrivé visiblement à la fin d'un cycle mortifère, celui dans lequel les libéraux ont réussi à faire croire que supprimer l'État et donc la régulation permettrait d'améliorer le sort du monde.
    Cette période apparait publiquement en 1972 et en pratique, les premières mesures viennent juste après la (fausse) crise pétrolière de 1973.
    Bref, je ne vais pas réécrire toute l'histoire mais il y a un fait majeur qui a conduit tout cela jusqu'ici : le détachement entre l'or et la valeur du dollar. En séparant la monnaie de référence d'une valeur réelle limitée et concrète, on a permis qu'advienne une économie de type fictionnelle.
    Je pense que c'est ce levier là qui en premier devrait être actionné pour ré-ancrer l'économie dans la réalité physique !

    Il faut que je m'intéresse à Lordon, donc ! :-))

    [Pardon pour la longueur, le sujet me passionne. On est loin des petits fais divers de nos actualités !!! :-)) ].

    RépondreSupprimer
  4. Poireau,

    Oui ! Il faut s'intéresser à Lordon.

    Et il y a plein de raisons à la crise. Tiens ! Il nous disait hier qu'une grande partie des dérégulations datait de l'ère Clinton où des textes mis en place en 33 (juste après 29, donc) ont été supprimés (ça n'est qu'un exemple, c'était la loi qui obligeait à séparer les banques gestionnaires de fonds et prêts des particuliers des établissements spéculatif) (ou un truc comme ça).

    RépondreSupprimer
  5. Lordon ou le pessimisme réjouissant. Type très structuré (ouverture et fermeture de 15 digressions) et très accessible.
    Bon en gros, préparez vous à 15-20 années très chahutées. Après ça, pour les survivants, ça ira mieux :)

    RépondreSupprimer
  6. Seb,

    Oui, il est très fort ! Il doit avoir une mémoire phénoménale et une capacité d'analyse hors du commun (en plus de toutes ses compétences) pour organiser ainsi son discours... Vachement impressionné, moi, qui passe mon temps en réunion avec des gugusses insipides (dont moi, d'ailleurs).

    RépondreSupprimer
  7. Super billet Nicolas ! Je suis totalement d'accord avec cette vision !

    @ Poireau: merci de ne pas mettre tous les libéraux dans le même sac...il y autant (si ce n'est plus) de variétés et de courant au sein du libéralisme qu'il ne peut y en avoir à gauche... il n'y a pas que des libéraux néoclassiques qui ne jurent que par la main invisible...

    RépondreSupprimer
  8. Nemo : c'est toi qui te sens visé ! :-))

    Je crois que le libéralisme est une très belle et grande idée sur le papier. C'est au moins aussi réaliste que le communisme quand on l'applique !
    :-))

    [Toutes les théories semblent oublier un truc en route : le facteur humain, forcément imparfait !!! ].

    RépondreSupprimer
  9. Frédérique Lordon, c’est du caviar pour les neurones.
    Et il t’aura fallu aller à une de ses conférences pour apprendre ça ? Depuis le temps qu’on vous le dit, moi et quelques autres !
    A ceci près que tu peux remplacer le mot « libéralisme » par « capitalisme ». Ça ne fait jamais de mal d’appeler un chat un chat. :)

    RépondreSupprimer
  10. Gwendal,

    Lui-même fait la différence entre les deux.

    Je n'ai pas appris grand chose hier dans le fond à part qu'écouter une conférence sur le libéralisme peut être présent (quand je dis que je n'ai rien appris, c'est sur le volet politique, j'ai beaucoup appris sur la crise).

    "Frédérique Lordon, c’est du caviar pour les neurones." "Depuis le temps qu’on vous le dit, moi et quelques autres !" Ah ! Où ?

    Trop facile...

    RépondreSupprimer
  11. T'as vachement bien suivi en fait!
    Moi qui pensais que tu avais passé la soirée à t'inquiéter que la comète ne ferme avant la fin de la conf...

    RépondreSupprimer
  12. A l'instar de quelques autres blogueurs j'aurais plutôt remplacé le mot libéralisme par "social-bourgeoisie".
    Cela s'applique parfaitement dans ce cas où des "bourgeois" (les banques, leurs actionnaires, les détenteurs d'un certain capital de manière générale, ...) ont fait en sorte de "socialiser", à travers l'état et l'argent de nous tous, leurs pertes financières et leur incapacité à gérer leurs biens.

    Dénoncer ce travers n'empêche pas d'être libéral (oh le vilain mot), de vouloir réduire une dette dont on subit les conséquences sans jamais avoir individuellement choisi de s'endetter.

    Et il n'y a pas besoin de "régulation mondiale" encore plus utopique que le communisme ou le libéralisme pour sortir du cercle vicieux. Il suffit de rendre chacun responsable de ses actes.

    RépondreSupprimer
  13. Les deux phrases sont séparées, donc n’impliquent pas de connexion… Je suis un fidèle des émissions de Mermet sur Inter, et Lordon y passe régulièrement.
    Et quand je dis « depuis le temps qu’on vous le dis », je parle du fait que c’est le capitalisme/libéralisme qu’il faut éradiquer…

    RépondreSupprimer
  14. Gwendal,

    On lutte contre aussi. Mais pas tous seuls, nous.

    Grodem,

    Pas du tout ! Le seul risque que j'avais était que ça finisse après 23h45...

    Oaz,

    L'utopie a du bon... Le système est tel que la prise de risque et la concurrence entrainent fatalement un moment où l'état doit intervenir.

    RépondreSupprimer
  15. Lordon, j'en avais entendu parler, mais c'est quand je l'ai entendu parler que j'ai été scotchée, écoutant "Là-bas si j'y suis" sur France Inter à l'occasion d'un long trajet en voiture.
    Sa forme est impressionnante de clarté, il émaille ses propos d'une foule d'exemples concrets, et emploie l'humour pour dédramatiser un propos guère réjouissant.
    Après, tout paraît si évident qu'on ne peut s'empêcher de se dire qu'il doit bien y avoir une couille dans le potage... euh, dans ce discours bien rôdé. Tiens, par esprit de contradiction, je suis curieuse de savoir s'il a des détracteurs avec des arguments qui tiennent la route ?

    Cette émission du 30 septembre, on peut l'écouter ici : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1510
    Vous pouvez passer les questions des auditeurs, si vous voulez (3 premières pistes audio). C'est long, mais quand c'est long c'est bon, n'est-ce pas ?

    RépondreSupprimer
  16. See Mee : merci pour le lien ! N'étant pas forcèment devant l'ordi à 15h00, difficile d'écouter Mermet de manière régulière (je suis à Bruxelles !). Ce rattrapage me fera du bien aux neurones, je n'en doute pas ! :-))

    RépondreSupprimer
  17. Ta dernière phrase sous-entendrait-elle qu'il faut abattre le capitalisme mondial ? Engage-toi ailleurs qu'au PS alors... au PG par exemple ! ;-)

    RépondreSupprimer
  18. Oui... et on peut aussi l'écouter sur un smartphone via les podcast France Inter... mais je ne sais pas jusqu'à quelle date on peut remonter.

    RépondreSupprimer
  19. See Mee : je ne sais pas pour FranceInter mais le site labas.org est plus ou moins un site "pirate" contenant la quasi totalité des archives de l'émission. C'est tout à fait toléré par la radio et par Mermet, visiblement.
    En même temps, c'est lui qui produit, non ?
    :-))

    RépondreSupprimer
  20. Sophie,

    Je ne suis pas engagé au PS...

    See Mee, Poireau,

    Continuez à papoter... (je ne crois pas que Poireau dispose d'un smartphone... ni même d'un téléphone...).

    RépondreSupprimer
  21. @Nicolas, Poireau : ah, complètement détaché des contingences matérielles, c'est çà ?
    Mais n'oublions pas que ce genre de joujoux aident aussi à véhiculer les idées, la preuve.

    RépondreSupprimer
  22. See Mee : ça doit faire 107 ans que j'ai un article à faire sur le sujet du téléphone portable. En résumé : si je ne suis pas là, je ne suis pas là !
    Je ne tiens pas à ce que quiconque puisse intervenir dans ce que je suis en train de faire, de vivre, par l'intermédiaire d'un joujou électronique !
    Ça ne m'empêche en rien d'avoir un mp3 sur les oreilles, par ailleurs ! :-)))

    RépondreSupprimer
  23. @Poireau : ah tous ces billets qu'on aimerait faire et qu'on ne fait jamais (j'ai d'ailleurs un billet en préparation à ce sujet !)...
    Signalez-moi quand vous l'aurez publié, je serai ravie d'en débattre avec vous ;-)

    Tiens j'ai fait une faute impardonnable, juste avant : "ce genre de joujoux aidE" bien sûr...

    Euh @Nicolas, on te rend tes coms... A vous les studios !

    RépondreSupprimer
  24. "Le système est tel que la prise de risque et la concurrence entrainent fatalement un moment où l'état doit intervenir."

    Devant de tels arguments, je ne peux que m'incliner.

    RépondreSupprimer
  25. Oaz,

    Je ne vais pas faire un débat de ce genre dans les commentaires de mon blog. Si ma réponse ne te plait pas, c'est TON problème. Il ne se trouve qu'une poignée de gugusses à être persuadés que le libéralisme n'a aucun travers...

    b.mode,

    Merci.

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est parfois activée. Les commentaires désagréables (ce qui ne veut pas dire pas d'accord avec moi) ou insultants (sauf les miens) seront supprimés.