25 octobre 2013

Quelles gauches ?

Je me retrouve assez bien dans cette tribune de Jean-Pierre Le Goff dans le Monde à propos de « l'opposition qui existe depuis longtemps entre une gauche politique et sociale et un gauchisme sociétal qui s'est approprié le magistère de la morale. » Je fais sans doute partie de la première catégorie ce qui, si j’en crois les commentateurs, me qualifie de droite, d’autant que je distingue cette opposition. L’appropriation du magistère de la morale est bien réelle…

Le gauchisme sociétal « accentue la coupure de la gauche avec les couches populaires et mine sa crédibilité. » C’est ce que je dis souvent. « En refusant de rompre clairement avec ce courant, la gauche au pouvoir récolte les fruits amers de ce qu'elle a semé. » Ce n’est pas faux mais elle paie aussi, probablement, l’absence d’une ligne politique parfaitement claire.

Je n’en suis qu’à l’introduction et je ne vais pas tout citer. Seulement une phrase pour rigoler : « De nouveaux moralistes au pouvoir entendent éradiquer les mauvaises pensées et comportements en changeant les mentalités par la loi. Ils sont relayés par des militants et des associations qui pratiquent la délation, le lynchage médiatique et multiplient les plaintes en justice. La France vit dans un climat délétère où l'on n'en finit pas de remettre en scène les schémas du passé. » Ce sont « délation » et « lynchage médiatique » qui m’amusent car dès que je me retrouve hors des clous de « la gauche morale », je me fais dénoncer dans les réseaux sociaux pour ma mauvaise pensée.

J’en viens donc directement à la conclusion. « La question n'est pas celle de maintenir à tout prix une majorité divisée sur des questions essentielles, mais de la crédibilité de la puissance publique et de l'unité du pays dans la période difficile qu'il traverse. Un tel enjeu suppose d'en finir avec la pratique de la " synthèse" et ses salmigondis, de trancher le nœud gordien entre l'angélisme et le sens de l'Etat qui enserre la gauche au pouvoir et l'entraîne vers la débâcle. L'affaire Leonarda en aura été l'occasion manquée. »

Toujours l’affaire Léonarda. François Hollande n’aurait pas du faire ce discours ? Il n’avait probablement pas d’autre choix que d’intervenir, mais fallait-il tendre la main à Léonarda donc à « la gauche morale » ? Ne fallait-il pas, plutôt, rappeler les faits : nous sommes maintenant au pouvoir, en charge de faire appliquer la loi et de la définir… ?

Pour ma part, je n’aime pas ce clivage. Je le ressens pourtant fortement depuis quelques années, notamment depuis l’été 2011 et les débats au sein de la gauche à l’occasion des primaires.

On avait, avant, deux gauches : une gauche radicale et une gauche plutôt centriste. Un nouveau clivage apparaît, maintenant, et est mis à jour par cette chronique. Le clivage est au sein des deux gauches, ce qui nos fait quasiment quatre gauche !

Mais on finit par ne plus savoir où se situer. Ma gauche a fait voter, hier, une taxe sur les boissons énergisantes ! Je ne m’y retrouve pas du tout. La droite va gueuler : c’est quoi cette gauche qui augmente les impôts alors que cela me semble typiquement une mesure de droite : petit 1, taxer la consommation, petit 2, un problème de société, une taxe. Je suis contre les taxes sur la consommation (ou, du moins, leur alourdissement) et je suis fatigué de cette gauche qui veut répondre à un problème de santé publique (peut-être non avéré, d’ailleurs) par l’impôt. On se retrouve avec une espèce de gauche morale qui a décrété « ah la la, le Red Bull, c’est mal ». Je réponds : occupez-vous de vos fesses ou, s’il est scientifiquement prouver que ce truc est mauvais (à mes yeux, ça l’est : ce n’est pas alcoolisé), interdisez-le, interdisez la publicité,… Mais ne pénalisez pas des gamins qui vont s’enfiler ces machins par effet de mode.

Mes trois billets d’hier sont emblématiques et je ne vais pas les refaire. On taxe les revenus de l’épargne pour que ces revenus soient moins favorisés et cette gauche morale va voir l’effet unitaire sur chacun sans se préoccuper d’une ligne politique, des comptes de l’Etat (de la sécu, en l’occurrence). On construit un autre aéroport et cette gauche morale va trouver un tas de prétexte pour le casser car le transport aérien c’est mal. Les types très à gauche d’un point de vue « social et économique » seront probablement assez d’accord avec moi sur l’intérêt de taxer les revenus de l’épargne (qui sont des revenus de l’épargne) mais pas d’accord à propos de l’aéroport !

C’est compliqué, la gauche ! Il y a bien plusieurs clivages qui permettent à chacun de se revendiquer de la vraie gauche. Combien de fois ai-je moi-même dit que la vraie gauche ne pouvait être que celle qui permet de gagner les élections ?

Mais l'auteur de la chronique a raison. Il faut briser l'influence du gauchisme culturel, car, avec lui, c'est impossible de gouverner.

9 commentaires:

  1. la vraie gauche , c'est toi
    et
    la vraie gauche c'est aussi moi, et c'est certain puisque c'est moi qui le dis

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  2. Le sociétal n'est pas essentiel, à mon avis, pour la gauche. Ce sont les rapports "économiques" qui conditionnent le reste généralement, c'est un climat de misère qui crée les tensions, c'est le management qui les amplifie, c'est la gouvernance (comme "ils" disent) qui amène de plus en plus de gens, cadres, employés, agriculteurs, à se suicider. Il suffit que des malfaisants poussent à la roue de la xénophobie, de l'intolérance, et tout se détraque encore plus. Mais le côté bassement financier est bien la base de la réussite de la vie ensemble, ou de sa débâcle.

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    1. On est d'accord ! (Pas sur la méthode...)

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  3. La vraie gauche c'est également moi, puisque, d'après l'extrême gauche, la gauche est devenue de droite et Manuel Valls un sous-marin de Mme Le Pen.

    (Ça commence à devenir duraille de s'y retrouver…)

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    1. Si on considère qu'en ayant votre blog et celui de deux autres affreux dans ma blogroll (l'Amiral et Noix V), puis-je être considéré comme la vraie droite ?

      Et Babelouest et DPP qui vous y côtoient ?

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    2. Et j'oubliais Cri du Peuple !

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  4. Oh, purée, oh, bon sang, où suis-je là dedans ?*


    *C'est un alexandrin

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