19 décembre 2013

La décentralisation, un truc de droite ?

Aujourd'hui, Sarkofrance nous dit qu'il ne devrait plus parler du Front de Gauche, tant ça amène de commentateurs sur son blog. Qu'il se rassure ! On peut parler d'autre chose, ils viennent toujours. Hier soir, je parlais de décentralisations, ils sont venus, des copains, dans Twitter et dans les commentaires.

Ils sont contre la décentralisation. Je suppose que si Mélenchon avait fait l'apologie de la décentralisation, ils auraient été pour. Désolé de faire preuve d'un peu de cynisme mais ils me donnent tellement l'impression d'être si bien dans leur choléra qu'ils refusent de tester la peste.

Il n'empêche qu'ils me font rigoler en expliquant que la décentralisation n'est pas un machin de gauche mais un truc de droite. Je vais leur donner raison : il vaut mieux que tout soit décidé au Kremlin Bicêtre) par le président du présidium du soviet suprême qui, ne pouvant pas tout faire, déléguera les décisions à de sympathiques fonctionnaires membres du parti mais n'ayant aucune compétence autre que ce pour quoi ils ont eu un contrat de travail vingt-cinq ans auparavant avant de gravir les échelons un à un sans jamais avoir eu à répondre de leurs actes devant qui que se soit. Rassurez-vous, je ne fais pas un accès « d’antifonctionnarisme primaire » mais je reste persuadé que la démocratie ne peut pas se faire sans contrôle par des élus.

Notons bien que si la démocratie est un truc de droite, je veux bien être de droite. Ils me font rigoler les zozos avec leur slogan "l'humain d'abord" et leur soif d'une sixième République alors que leur but suprême est de tout régenter à leur sauce dans quelque salon Parisien. Ce sont d'ailleurs souvent les mêmes qui critiquent les décisions prises à Paris et qui viennent du Larzac pour lutter contre un aéroport entre Rennes et Nantes.

N'étant pas sourd, je retiens néanmoins certains de leurs arguments. Par exemple, il faut une péréquation financière entre les régions pour ne pas favoriser celles qui sont riches. Encore que ça se discute. Il faut aussi plus de contrôle de l'Etat sur ce qui est fait par des potentiels barons locaux.

La péréquation financière est normale, ne serait-ce que par solidarité. Par exemple, je veux bien que les provinciaux qui mettent 10 minutes à aller au boulot financent le métro qui m’occupe une heure trente par jour. Ils me parlent de concurrence entre les régions comme si elles étaient déjà égales entre elles… Sans compter que les gueulards sont les premiers à bénéficier de la concurrence en se foutant totalement des paradoxes à lutter contre. Ils veulent bien acheter leur ordinateur au supermarché du coin mais ne souhaitent pas des collectivités territoriales s’améliorent de peur qu’elles deviennent mieux vivables que d’autres.

A propos d’hypermarchés, ils sont probablement les premiers à prendre la voiture pour aller faire course dans la zone commerciale de la grande ville voisine mais gueulent parce que le bureau de poste de leur bled risque de fermer. Ils vont hurler sur la concurrence qui fait fermer leur boulangerie mais ça fait des années qu’ils ne la fréquentent plus. La poste ferme mais ils y vont tous les deux ans pour chercher un recommandé ou un truc qu’ils ont commandé sur Amazon.

Ils sont profondément réactionnaires mais se revendiquent du camp du progrès. Ils n’ont pas remarqué que la région Parisienne est la plus riche de France et que le phénomène s’amplifie. Par solidarité avec les autres, il faudrait que toutes les décisions qui les concernent soient pris rue du Faubourg Saint Honoré…

Juan, tu as raison. Ce n’est pas la peine de parler du Front de Gauche, ils restent incapables de parler du peuple. Place au Peuple. L’humain d’abord.

Mais sans lui.

10 commentaires:

  1. 1. La décentralisation ne serait pas de gauche  !
    Les règles de la décentralisation constituent la première partie des dispositions législatives du Code Général des Collectivités Territoriales.
    L’argument qu’elle n’est pas de gauche, me semble relever de l’anachronisme historique méluchonien qui se réfère constamment à Robespierre et au jacobinisme. Il devrait se souvenir qu’au départ, l’idée centraliste est monarchiste ! … Le législateur révolutionnaire, initialement, a voulu des pouvoirs politiques locaux disposant d’assemblées délibérantes élues. Les communes et les départements ont été créés dès 1790 ! L’autonomie actuelle des collectivités territoriales n’est que relative, y compris depuis 1983 puisque leur pouvoir règlementaire est subsidiaire et subordonné : les collectivités ne sont compétentes que lorsque l’Etat leur a transféré l’une de ses compétence ou lorsqu’il n’exerce pas localement une compétence ; subordonnée = les décisions locales (sauf de petite gestion courante) sont assujetties au contrôle a postériori de l’Etat, dans le cadre du contrôle de légalité préfectoral qui repose sur le principe de souveraineté et d’universalisme de l’Etat . De plus, sur le plan financier : d’une part, les ressources des collectivités viennent essentiellement de l’Etat ; d’autre part, en vertu de la règle de la séparation de l’ordonnateur et du payeur, si la collectivité ordonne la dépense, elle n’effectue aucun maniement de fonds : c’est un fonctionnaire de l’Administration centrale ( DGFIP, Gestion des collectivités) qui fait le chèque, après un contrôle de la régularité de la dépense.
    Ce vieux débat éculé entre centralisme et décentralisation n’a aucun sens, sauf, selon moi, dans la tête de gens psychorigides et paranoïaques, aux pensées accrochées au passé et pas plus capables de se mouvoir que des huitres accrochées à leur rocher.
    2. Il faut une péréquation entre les régions :
    Les principes généraux du financement des collectivités territoriales, commencent dans le CGCT à l’article L1611-1
    La péréquation est une technique qui ne peut s’appliquer à tous les besoins financiers.
    Pour le détail des ressources des régions (temporaires = emprunts ; définitives = impôts et taxes locales et concours de l’Etat), je renvoie au Code et à toutes les publications sur ce sujet.
    Tu trouveras ici, à partir de la page 117, les infos sur les limites de la péréquation s’agissant des régions et l’apport très importants des notions actuelles de contrats de région, concertation avec l’Etat etc.
    http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/farandole/2013/pap/pdf/Jaune2013_collectivites.pdf

    J’entends au travers de cet argument que dans le droit fil de leur vision rigide du fonctionnement de l’Etat, tes commentateurs s’opposent au mécanisme des contrats de région pour la fixation concertée des budgets nécessaires au financement des projets. Cela s’inscrit dans le dénigrement systématique du Ministre des Finances et des services qui seraient actuellement trop bêtes pour négocier les contrats de région sur la base de la concertation la plus fine dont la finalité est la satisfaction de l’intérêt général ! … On nage dans l’absurde. Tes détracteurs montrent aux gens qu’ils instaureraient une dictature et nous plongeraient dans la faillite absolue, si on les laissait faire.

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    1. Le législateur révolutionnaire, initialement, a voulu des pouvoirs politiques locaux disposant d’assemblées délibérantes élues. Les communes et les départements ont été créés dès 1790 !

      il y a même eu des conseils d'arrondissements (j'en ai lu certaines délibérations aux archives départementales) , mais ils n'ont pas duré longtemps

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    2. Je ne crois pas que l'histoire des arrondissements et autres micro-territoires soient le sujet.

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  2. La décentralisation c'est tellement une idée de droite que l'autonomie financière des collectivités territoriales a été grandement assouplie sous sarko (et qu'aucun débat de merde n'a jamais été lancé à droite sur le soi-disant déficit des collectivités...)

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  3. Apo,

    Merci,

    Je ne sais pas s’ils sont psychorigides.

    Tu dis : « l’idée centraliste est monarchiste ! ». Certes, mais les parlements « locaux » datent du moyen-âge et ils se sont généralisés ensuite. De mémoire le parlement de Bretagne existe depuis la moitié du 16ème. Mais tu as raison, c’est bien révolutionnaire (mais aussi pour imposer la République partout…). A l’origine, les départements sont bien une organisation administrative de la République.

    Et on est d’accord que ça relève du dénigrement systématique…

    Je crois qu’il y a une vision théorique du mode de fonctionnement. Dans la pratique, on se fout un peu si telle ou telle tâche est faite par un fonctionnaire territorial ou un d’Etat. Ce qui compte c’est bien que la décision soit prise au bon niveau. Un commentateur me citait l’exemple des permis de construire. Ce qui me parait avant tout important, c’est que la décision d’aménager un quartier soit prise au bon niveau (avec des règles « régionales », nationales voire européennes et le contrôle qui va avec) qui ne peut être que de proximité. Par ailleurs, il n’y a qu’à une échelle locale que certains choix peuvent être faits. Par exemple, dans le projet en cours, il y a le développement économique. Il peut être fait par l’Etat qui refilerait le boulot à des fonctionnaires éparpillés qui subiraient la pression des élus locaux. Il me parait préférable d’affecter directement le pognon aux instances locales (la région en l’occurrence) avec des décisions prises par des élus dans le cas d’un « schéma directeur » en accord avec l’Etat.



    Bob,

    Comme je le dis à Apo, les communes et département étaient plutôt des machins destinés à imposer la République partout que des modèles de démocratie locale.

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  4. Bob,

    Comme je le dis à Apo, les communes et département étaient plutôt des machins destinés à imposer la République partout que des modèles de démocratie locale.

    à l'occasion du bicentenaire, j'ai bossé sur les archives de ma commune

    il y avait certes un commissaire de la république mais les édiles débattaient des problèmes et de l'organisation locale
    j'en avais même fait un bouquin pour avoir un aperçu de l'histoire de mon village

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  5. En 1790, le législateur révolutionnaire ne pensait pas à la République. C'est l'échec de la pratique constitutionnelle issue de la Constitution de 1791 et le comportement de Louis XVI et Marie-Antoinette qui ont rendu impossible la monarchie constitutionnelle alors souhaitée par les révolutionnaires et abattu définitivement la monarchie tout court. Tu peux télécharger la thèse d'Aline BOUCHARD sur la révolution administrative.
    Bz

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  6. Quoi? Montebourg a échoué dans le redressement productif? C'est ça?

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