23 janvier 2014

Bloguer local pour les municipales - larmes fatales

Un article dans la page Loudéac du Télégramme nous apprend que le Maire envisage de porter plainte contre les blogueurs. Cela est probablement lié aux bisbilles entre Thierry Roncin et son ancienne majorité. Histoire de Clochemerle que je suis d'un œil amusé. Vous pouvez consulter son blog pour juger pour le niveau.

Toujours est-il que je ne saurais que conseiller à mes confrères blogueurs d'être extrêmement prudents à l'occasion de ces municipales quand ils traitent des sujets locaux dans leurs blogs. Les candidats sont souvent très pointilleux, faute de recul.

Une personnalité d'envergure nationale s'en foutra généralement de ce que l'on peut dire d'elle. Il n'empêche que la loi est la loi. L'insulte publique, la diffamation,... sont interdites.

Prenez Madame Morano. Non. Pas par derrière, mais par exemple. Il est dit tellement de conneries sur elle dans Twitter et dans les blogs qu'elle est probablement blindée. En outre, ça fait partie de son job. Elle acquiert de la notoriété avec son image qui nous parait certes désastreuse mais qui lui a permis de devenir ministre, proche du précédent président. Ces gens ne sont pas fous.

Un politicien local n'aura pas ce recul. Il ne connait strictement rien au numérique. Il a un site web monté par un copain totalement incompétent mais ne le sait pas. Il galère. Il pense que les blogs, les comptes Twitter, les statuts Facebook sont lus.

Imaginons que je dise des saloperies sur Gérard Huet, dans mon blog. C'est le maire de Loudéac. Cela n'aurait strictement aucune importance. Mon blog n'est pas lu à Loudéac, à part par ma mère et quelques copains proche de l'opposition municipale. Mes écrits n'auraient donc strictement aucune influence sur le vote et sur l'image de Monsieur Huet. Le problème est qu'il ne le sait pas. Il ne peut pas savoir. Seul le taulier d'un blog a une idée de qui le lit et seul un blogueur un peu expérimenté peu relativiser l'importance de la chose.

Gérard Huet pourra être inquiet de son qu’on dit de lui sur le web. C’est le cas de beaucoup de gens. Les blogueurs, par exemple, sont très pointilleux et utilisent souvent des pseudonymes. Il n’empêche que tout le monde s’en fout. La crainte vient d’une recherche de « Gérard Huet » dans Google. Mais, aucun électeur potentiel ne va faire cette recherche ou se renseigner sur Gérard Huet dans Google ! En outre, Monsieur Huet est non seulement maire de Loudéac mais aussi conseiller général. Je suppose qu’une recherche Google donnera des centaines de liens avant que l’internaute ne tombe sur un billet de blog compromettant, d’autant qu’il a probablement un tas d’homonyme.

Arnaud Weber-Guillouet est le candidat de l’UMP au Kremlin-Bicêtre. Il a un nom beaucoup plus rare et n’a probablement aucun homonyme. Comme il « débute » en politique, il n’a pas d’autre mandat qui feraient que l’on parle régulièrement de lui dans la presse. Il est fort probable qu’une recherche Google donne le présent billet dès la première page.

Mais Nono et Gégé, si je puis me permettre ces familiarités, ne sachant pas comment est utilisé le web, n’ont pas d’autre choix que de traquer ce qu’on dit d’eux dans Google même si ce n’est pas lu.

Nous avons donc un fort risque, pour les blogueurs, de recevoir des plaintes de personnalités locales. Néanmoins, il nous faut approfondir. Puisque les blogs ne sont lus, le blogueur local prend également le risque de perdre du temps tout en étant persuadé mener une croisade indispensable et d’énoncer des vérités qui sauteront aux yeux de tous. C’est un sujet que je connais bien, puisque les blogueurs « nationaux » sont aussi concernés : ils racontent des conneries dans leurs blogs en ayant l’impression d’étaler une vérité si grosse qu’elle n’échappera pas au commun des mortels. Le risque est réel au niveau local. J’ai vu des candidats ou des militants dépensant une énergie folle sur leur site web qu’ils se coupaient totalement du terrain. Déjà, quand on est candidat, on est souvent persuadés que le message passe, que les gens sont sensibles aux propos qu’on leur tien. Lors de la dernière élection municipale, au Kremlin-Bicêtre, je discutais souvent avec les têtes des listes d’opposition. Elles étaient persuadé avoir déclenché une dynamique alors qu’il était évident que c’était faux. Sur internet, les effets sont multipliés.

Le troisième risque que prend le blogueur est de bloguer contre son propre camp. Jacques Amboise est un blogueur de Loudéac (je le connais depuis 30 ans). Aujourd’hui, d’ailleurs, il parle de cet article du Télégramme. Nous sommes donc au moins deux blogueurs politique à Loudéac, plus proche de l’opposition que de la majorité. Nous pourrions relayer le programme de l’opposition. Ceci aurait peu d’intérêt : c’est à la liste de mener campagne. Si elle veut que nous diffusions des informations, nous le ferions. Mais il lui revient bien d’imaginer cette campagne. Nous n’avons pas à nous immiscer. Nous pourrions aussi casser le bilan de la majorité mais le message pourrait se retourner contre la liste. Nous risquerions de transformer Gérard Huet et son équipe en victimes d’une campagne injuste patati patata.

Dans le billet de Jacques, vous pouvez lire le communiqué du maire. En voila le début : « Ou est le débat républicain dans les blogs internet ? A l'approche des élections, leurs auteurs qui commentent la vie municipale ont choisi de porter atteinte à la réputation de notre équipe. Les propos qui y sont tenus étant constitutifs du délit de diffamation ainsi que de celui de harcèlement moral, je me réserve le droit de porter plainte à la gendarmerie ».

Le lecteur du Télégramme ne sait pas ce que sont les blogs. Pour lui, internet et les rézossocio sont un gigantesque bordel où tout le monde piaille. Néanmoins, le lecteur pourrait deviner facilement de quel blog il s’agit et taper « blog de Thierry Roncin » dans Google. Vous pouvez aller voir le blog, le lien est au début de mon billet. Vous allez tomber sur un truc très moche, avec une police de caractères et un contraste affligeants, un fond affreux. Vous lirez des textes sans queue ni tête pour quelqu’un qui n’est pas intéressé par ces conneries d’initiés.

Vous finirez par tomber ce sur ce billet. Thierry va diffuser des cartons avec l’adresse de son blog pour inciter les gens à aller le lire. Je ne dirais pas ce que j’en pense, je ne veux pas un procès. Toujours est-il qu’il termine ce billet par : « A loudéac, environ 1/10 de la population (soit 1000 personnes) possède une connexion à internet, et si chacun d'entre vous distribue 20 de ces petits cartons publicitaires,... ma parole sera entendue. » Il est instit, hein ! Je recopie sans relire… Tant pis pour la majuscule à Loudéac. Toujours est-il que le taux de pénétration d’internet en France est de l’ordre de 60%. Comment peut-on prétendre qu’il n’est que de 10% à Loudéac ?

Le dernier risque que prend le blogueur local est de susciter un intérêt momentané des citoyens pour les blogs… et de décrédibiliser totalement les blogs aux yeux de ces derniers. En début de semaine, Thierry Roncin avait fermé son blog. Je ne peux que lui conseiller que de le fermer pour l’image de la blogosphère et pour la sienne.

Pour l’instant, il ne fait que faire la campagne de Gérard Huet en étant persuadé de faire le contraire.

J’aimerais bien que les Loudéaciens aient une autre image des blogs.

Gérard Huet peut porter plainte contre Thierry Roncin. Ce dernier pourra pleurer.

25 commentaires:

  1. c'est vraiment la fracture numérique à Loudiau ! on peut lire sur le blog de M. Roncin : "A loudéac, environ 1/10 de la population (soit 1000 personnes) possède une connexion à internet", je suis assez étonné, mais bon

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    1. Je te remercie de citer une phrase que je cite aussi.

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    2. c'est pas parce que je commente que je lis hein ? :)

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    3. en même temps c'est à peu près la seule phrase du billet de ce monsieur

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  2. 10% seulement ? C'est vraiment un pays de sauvages, Loudia.(pronociation gallo). Le diocèse avait envoyé un missionnaire venant de côte d'Ivoire* mais le pauvre gars n'y est resté qu'un an, rebuté par la dureté de son ministère et le côté primitif de ses habitants. "Et pourtant, j'avais lu "Un recteur de l'île de Sein" avant de venir ici, avouera-t-il, les larmes aux yeux. Mais il faut le voir pour le croire. Seule une minorité d'entre eux a Internet, et on voit encore, dans des lieux de culte ouverts tard le soir, d'étranges cérémonies où l'on s'emplit de cervoise comme aux temps anciens."

    * http://www.letelegramme.fr/local/cotes-d-armor/rostrenen-loudeac/ville/depart-des-peres-ivoiriens-un-appel-aux-dons-est-lance-11-07-2013-2168065.php

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  3. Je précise que mon commentaire précédent était de l'ironie, hein. Que le curé cotedivoirien n'a jamais dit ça; et que je ne moquais pas des cotedivoiriens ni des curés. J'voudrais pas vous apporter des ennuis, par ces temps de dénonciation facile.
    Je ne me moquais pas des Loudiaciens aussi, c'est une ethnie qui en vaut bien une autre.

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  4. Vous avez raison, pour le fond du billet.
    Même si une plainte pour diffamation se trouve classée sans suite, c'est toujours embêtant d'être convoqué à la gendarmerie, d'avoir des comptes à rendre...ça prend du temps et ça n'incline pas à l'amour de la communication.
    Les périodes de municipales transforment souvent en enragés des gens peu vindicatifs par ailleurs. Et on prête à Internet des pouvoirs de malfaisance magiques.

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    1. Tiens ! Un commentaire sérieux. À certains moments, je me demande s'il ne faudrait pas une juridiction spéciale (je n'ai pas dit d'exception !). Un truc qui permettrait de gérer simplement la procédure. Vous vous sentez diffamé, vous envoyez un mail à un service ad hoc qui pourrait juger et, le cas échéant, ordonner une peine légère (genre billet d'excuses). Chaque partie pouvant argumenter puis faire appel.

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    2. Je ne sais pas si les conciliateurs de justice peuvent intervenir dans ce cas, sur la demande d'une des parties ou du juge... à voir.

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    3. Je ne sais pas.

      Vous prenez le blog de Roncin. Il est clair qu'il accuse sans le dire la municipalité de le harceler, de faire pression... Ça serait bien qu'un service ad hoc puisse lui dire : bon, mon garçon, c'est bien beau de causer sur l'Internet mondial, mais tu pousses le bouchon trop loin, Monsieur Huetva être obligé de porter plainte pour diffamation, nos juges ont mieux à faire, ils vont être de très mauvaise humeur. Tu retires tes propos, tu présentes tes excuses et tu arrêtes tes conneries.

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    4. Autre alternative, tu vas à la mairie, tu pètes le mobilier, les chiottes et la gueule aux gens et tu convoques la laidiewaterproof

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  5. C'est marrant, on se croirait à Groland.

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  6. C'est vrai qu'on est très peu lu finalement, à part par les politiques eux mêmes... du coup il faut éviter de tenir des propos condamnables parce que certains n'attendent que ça pour attaquer, et dans certaines villes il ne fait pas bon s'attaquer au baron local.

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    1. Les vrais barons ont les épaules larges.

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  7. J'ai 28,5 lecteurs assidus. ,5 c'est parce qu'il y a une femme enceinte qui me suit mais de moins en moins près vu le ventre qui grossit

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    1. Sans rire ?
      Pourtant mes sources m'indiquent un intérêt certain pour ton blog chez les jeunes retraités de Loudia qui n'ont que ça à faire avec ce temps de merde.

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    2. C'est vrai depuis un certain temps il y a des jeunes moins jeunes et complètement plus jeunes qui me félicitent et qui me disent qu'ils se marrent bien en lisant mes délires qui ne sont pas très loin de la vérité

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  8. Pour en revenir au fond du sujet, il est vrai que bloguer sur des sujets locaux est sans aucun doute plus difficile que bloguer sur des sujets nationaux ou internationaux.
    La proximité rend les relations plus difficiles et je parle en connaissance. J'ai été menacé une fois d'un dépôt de plainte pour diffamation, diffamation qui était juridiquement caractérisée. Fort heureusement, la semaine suivante un hebdomadaire à nom de volatil reprenait l'information et rajoutait une couche. J'ai quand même passé une très sale semaine.
    Sur une autre affaire, j'ai aussi reçu un courrier recommandé d'un politicard local par ailleurs blogueur et j'ai dû publier son communiqué (c'est son droit mais j'ai estimé que sur ce coup là, il passait pour un con).
    Les périodes électorales cristallisent les tensions et il faut être très, très prudent dans ses écrits. C'est pas très réglo mais des allusions, un point d'interrogation, ou l'emploi d'un verbe au conditionnel peut vous épargner de gros problèmes.
    L'humour peut aussi être une forme subtile pour faire passer un message plutôt limite.

    Dans tous les cas, il faut être prudent même si les menaces sont rarement suivies de dépôts de plaintes.
    Attention aussi aux blogueurs qui font partie d'une équipe de campagne ou sont sur une liste électorale car leurs écrits peuvent engager leurs candidats ou l'ensemble de leur liste. Attention aussi aux dates de clôture des campagnes électorales. Alors, toute action y compris sur les blogs sont interdites. Donc éviter de bloguer sur de la politique locale après clôture de la campagne. Dans l'absolu, il faut fermer le blog y compris les commentaires et pour être clair le signaler.

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