22 janvier 2014

Peut-on rire de tout ?

Hier soir, j'étais au bistro (ce n'est pas un scoop). J'étais au comptoir en train d'écrire un billet de blog. A côté du comptoir, il y a un petit salon avec des chaises basses qui était occupé par cinq ou six malentendants (des sourds, quoi,...). Ils communiquaient en langage des signes. Ca partait dans tous les sens comme s'ils parlaient tous en même temps. Ils s'énervaient, visiblement. Ils ont commencé par émettre des borborygmes puis se sont mis à crier assez fort tout en continuant à gesticuler dans tous les sens, se levant de leur chaise, se rasseyant. C'était très drôle et nous sourions bêtement avec les serveurs sans oser parler.

Essayez d’imaginer la scène. Vous pouvez sourire bêtement. C’est mal. Vous vous moquez d’handicapés. Pardon, de personnes à mobilité réduite.

Dans son billet, Bembelly parle de cette photo. Une femme blanche est assise sur une femme noire à moitié nue qui tient lieu de fauteuil. Il parait que c’est de l’art. Bembelly la trouve absolument raciste et il a raison. Que dirait-il, par contre, si le photographe avait été noir ? Ou si le photographe blanc avait expliqué qu’il voulait figurer la domination des noirs par les blancs dans l’histoire de l’humanité ? Qu’il voulait représenter l’esclavagisme ?

En commentaire, néanmoins je me permets une plaisanterie sur le thème : avec sa chevelure, la femme noire pourrait laver le sol plutôt que de rester à glander. Bembelly est noir et il sait comment prendre ma plaisanterie. Hier soir, avec mes malentendants, je me disais que si j’avais été avec mes copains noirs, Djibril ou Tonnégrande, voire avec Bembelly, j’aurais pu leur dire : heureusement qu’ils ne sont pas noirs, on aurait eu la preuve de la proximité avec les singes. Aucun des trois n'est malcomprenant : ils auraient immédiatement pris ma vanne pour ce qu’elle est, une connerie de comptoir. Comme ils savent qu’il n’y a aucune méchanceté, ils ne se seraient pas offusqués.

Vous connaissez Marcel le fiacre ? C’est un héro de mon blog bistro. Un pur raciste. J’aurais pu lui sortir la même vanne, alors. Il aurait alors rigolé comme madeleine. C’est un pur raciste. Mais il aurait fini par être gêné et m’aurait dit : fais gaffe, on pourrait t’entendre. En fait, je n’aurais fait la vanne qu’à Tonnégrande (Bembelly et Djibril ne connaissent pas assez Marcel) et en présence de Marcel. Tonnégrande aurait très bien compris que je me moquais du racisme de Marcel.

Dans un récent billet, Rosa Elle évoque le racisme anti-noir et l’humour. De tous les temps, le racisme a été un support de l’humour. Elle se rappelle de Michel Leeb qui se foutait de la gueule des noirs en les imitant, ce qui ne faisait que les rabaisser à la position de singes. On se rappelle tous du sketch de Fernand Raynaud avec le boulanger étranger.

Elle évoque un récent sketch de Patrick Timsit. Vous prenez un noir et un blanc : « vous les mettez dans le métro à la station Châtelet. Vous leur donnez rendez-vous à Charles de Gaulle-Etoile. Eh bien,... le Noir arrivera systématiquement... 20 mn après le Blanc. Le Noir est plus lent. Plus lent pour présenter ses papiers d'identité... au petit contrôle d'étape. Plus lent pour prouver qu‘il n'a pas volé le métro... dans lequel il circulait ! » Le texte ne me semble pas raciste. Au contraire, même. Il y a une critique explicite des agents de la RATP et des policiers qui font des contrôles au faciès.

Rosaelle s’offusque néanmoins. En fait, je ne sais pas trop pourquoi mais elle pose une question pertinente : « Est-ce qu'un raciste ne va pas juste voir le premier degré en se délectant du fait qu'on se fiche de la gueule des "nègres" ? » Je me demande si un raciste irait voir un sketch de Timsit. Je vais lui répondre : si ben tant pis c’est l’occasion de se foutre de sa gueule.

Je me posais la question : si le sketch avait été sorti par un noir – non ! Pas Dieudonné, un normal – aurait-il été raciste ? Non. Il n’est donc pas raciste. Mais, pire !, s’il avait été sorti par un noir, il n’aurait pas été drôle, on aurait eu l’impression que le gars pleurniche sur sa condition. Il aurait donc été raciste mais humainement acceptable. C’est fou, non ?

Si j’avais été au comptoir avec Tonnégrande et la troupe de malentendants blancs gesticulant et hurlant, c’est lui qui m’aurait dit : « Alors ! Vous voyez bien que c’est vous qui descendez du singe ! » Ce à quoi je lui aurais répondu : « Imbécile, il n’y a bien que les noirs pour se moquer d’handicapés. »

Pour faire ce billet, je suis allé vérifier un truc sur la page Wikipedia de Patrick Timsit (ne regardant quasiment jamais la télé, je le connais mal). On apprend, par exemple, qu’il « aborde également des sujets délicats, comme la politique, le racisme, l'antisémitisme, le conflit israélo-palestinien sur un mode provocateur. » A priori son public devrait être habitué à ses histoires, si ça peut rassurer RosaElle.

On apprend aussi que : « Un sketch dans lequel son personnage tient des propos jugés insultants pour les handicapés mentaux lui vaudra un procès. » Oups ! Dans ce billet, je me moque de quelques noirs, d’un raciste et d’une troupe de malentendants. J’espère ne pas avoir de procès. Je ne me moque pas, je relate. Et de toute manière, s’ils s’étaient moins branlés à l’adolescence, ils n’en seraient pas là.

Je vais titrer ce billet « peut-on rire de tout ? » Vous êtes priés d’éviter de répondre en commentaire « oui mais pas avec n’importe qui. » C’est un peu trop facile. Par exemple, je ne doute pas un seul instant que le spectacle de Dieudonné soit drôle. Le problème est qu’il y tient des propos illégaux et qualifiés « d’incitation à la haine raciale » par la justice.

On peut rire de tout. Il suffit de ne pas se faire prendre.

C’est en lisant le billet de Suzanne que je me suis rappelé de mes handicapés. Plus exactement en tentant de le commenter. D’ailleurs, le premier paragraphe de ce billet, l’anecdote, je l’avais écrit chez elle puis l’idée de ce billet m’est venue. En me remémorant la scène, je me disais aussi que c’était étrange d’avoir des congénères, à deux pas de moi, avec lesquels je ne pourrais jamais communiquer. Ils ont un handicap mais vivent très bien entre eux.

En rire est aussi une forme d’hommage. En rire est aussi une manière de se rappeler de la condition des autres. Rire peut être plein de tendresse. Rire est salvateur, comme Henri.

A force de ne pas pouvoir rire de tout, on osera plus rire de rien. On ne pourra plus se moquer du malheur des autres.

« Il a pris sa femme, sa valise, ses enfants, ils sont montés sur un bateau, ils ont été loin au delà des mers, lououain...
Et, depuis ce jour là, dans notre village, eh ben on mange plus de pain, dit !

Il était boulanger ! »

36 commentaires:

  1. tu ne parles pas des mecs qui prennent 2 voire 3 places au bistrot et qui t'emmerde pour te demander de passer le demi vu qu'il a la tête en dessous du niveau du comptoir sans oublié qu'il est capable de te rouler sur les arpions avec son foutu de m..... de fauteuil roulant

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    1. Les cons ! Et en plus il faut leur faire des toilettes spécifiques.

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    2. a quand les caniveaux le long du comptoir

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    3. De ton fauteuil ? Tu as la bite assez longue ?

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    4. Même que j'ai failli rouler dessus une fois, j'avais oublié de la rentrer après avoir inondé le sol, le fa et le mi aussi

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  2. Réponse, NON.
    Il y a quelques jours à peine, la question " Peut-on rire de tout?" ne se posait même pas. La vraie question c'est: " De qui peut-on rire?"...

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    1. La réponse est oui mais pas n'importement comment.

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    2. Ouaips... le gibier se fait de plus en plus rare... Quand en plus celui qui reste à la traine nous coupe même l'envie de rigoler...

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    3. Nicolas, t'as juste pas idée de la violence de cette image sur un Noir, je peux le comprendre, enfin, pas vraiment...

      J'ai apprécié un extrait du billet de El Camino (sur son blog) :"l'oeuvre d'art présentée chez mon collègue d'Extimités ne me fait ni sourire, ni plaisir et ne m’émeut aucun cas. C'est juste et très honnête.

      Pas d'émotion particulière lorsqu'on est pas "impacté directement par la violence de ce qui est supposé faire rire. Dans le cas de l'image à la UNE, je pense pas l'objet de ce "meuble" c'est de faire "rire".

      Le rire, ça se se partage, mais on peut rire tout seul aussi, c'est une option...

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    4. Bem, pour moi ceci n'est pas de l'art, c'est une photo ratée. Tiens je vais en faire un billet, sur le blog bistro.

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    5. Et dis lui surtout qu'il existe le même modèle en femme blanche recherche Google cela atténuera son courroux ...j'espère
      vincent

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  3. La réponse est "oui" quand on est de gauche, apparemment. Sinon, "des congénères, à deux pas de moi, avec lesquels je ne pourrais jamais communiquer", et pourquoi donc ? Ils ne sont pas contagieux vous savez -héréditaires, éventuellement.

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  4. Comment pourrait-on même envisager de sourire alors que les noirs et les femmes et les musulmans et les juifs et les bretons et les homosexuels et les roux sont victimes à chaque minute de racisme de [...mot de votre choix...]isme et de [...mot de votre choix...]phobie ? On aurait dit jadis "comment peux-tu rire alors que le Christ a tant souffert sur la Croix pour racheter tous tes péchés ?"

    Ce que Rosaelle écrit à propos du sketch de Timsit est terrible, elle dit que même si c'est du second degré, les noirs risquent de ne pas comprendre et d'en être peinés. Elle n'envisage même pas qu'il puisse y avoir des noirs qui comprennent ce qu'ils lisent. Des noirs intelligents, quoi. Elle attribue aux noirs des modes de pensée spécifiques, sinon ce sont des "bountys" (expression la plus raciste qui puisse exister, entre parenthèses).
    Quelle sensation d'étouffement, quand on lit des blogs "antisionistes" (enfin, antisionistes... c'est pour parler sympa, hein) qui voient du complot sioniste partout et partout traquent le juif pour dénoncer ses méfaits, mais aussi quand on lit des blogs "féministes" pour qui tout, ou pratiquement tout, est abominablement sexiste, et aussi quand on lit des blogs de noirs qui t'écrivent "négritude" toutes les trois lignes, et se prennent pour Toussaint Louverture en réclamant un pape noir(même s'il est facho, on s'en fout, du moment qu'il est noir), un président noir, une miss France noire et un présentateur météo noir. Pour moi, ce sera un café noir, merci.
    Bouffons, pitres, pantins déglingués, geignards, mégères...mais qu'est-ce que c'est pénible ! quand on écoute la radio, ou quand on rigole avec ses voisins (ou au comptoir pour les ivrognes dont on ne peut pas se moquer, l'alcool est une addiction qui détruit les familles et tue sur les routes) on a l'impression de sortir d'une zone froide et humide .

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    1. Suzanne,

      Oui trop c'est trop.

      Et je vais même aller plus loin. Dans sa quête pour "la négritude", Bemelly pourrait presque me vexer en pensant que je puisse le voir avant tout comme un noir.

      Si je suis pote avec Tonnegrande, c'est parce que nous avons un tas de points communs. Je ne le vois pas comme un noir mais comme un type avec qui je peux discuter au comptoir.

      Un peu comme Didier, je ne le vois pas comme un immonde réac mais comme un type avec qui je peux déconner.

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    2. Je suis bien aise que vous ne me voyiez pas comme noir.

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    3. Je vous ai vu gros plus d'une fois.

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    4. Pas gros. Ni negro. Gris. Imbécile d'iPhone.

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  5. Les fois où je suis mal luné, je foutrais bien mon handicap aux connards en leur faisant la bise, méchamment, comme un virus.

    La plupart du temps, je m'en fous.

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  6. Hello, on va éviter la ptite blogowar à deux balles qu'essaie de faire Suzanne, je te répondrai donc simplement:
    Mon but était double, montrer qu'on ne tient pas compte du tout du regard des autres, qu'on peut blesser, et que ce qu'on peut trouver anodin, d'autres peuvent en être blessés.
    J'aime beaucoup Timsit mais ses textes à froid, faut les lire avec beaucoup de recul.
    Or, c'est facile de se dire que c'est pas grave, qu'on peut comprendre, quand on n'a pas la gueule du parfait étranger.

    Donc, quand on se met du point de vue du CRAN, l'humour est bien moins drôle et bien moins gratifiant. Quand on se met du point de vue de la personne visée, bien entendu. Surtout que c'est un vrai festival, les vannes contre les Africains, d'ailleurs, t'es-tu imaginé une seconde qu'en Afrique, on fasse des vannes contre les Européens dans ces termes?
    Je ne suis pas là pour juger si cet humour est bon ou pas.

    Il n'empêche que tu vois qu'on a sanctionné récemment Dieudonné pour des propos blessants et jugés antisémites et que les soutiens de Dieudonné ont exactement donné les mêmes arguments que j'ai trouvé dans les commentaires.

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    1. Rosa, la seule vanne que fait Timsit sur les noirs est de dire qu'ils sont victimes des contrôles au faciès. Si on ne peut plus dire ça, on ne peut plus rien dire. Et on ne peut plus lutter contre le racisme.

      Ce n'est pas une blogowar. C'est une argumentation opposée. Ta position n'est pas tenable.

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    2. D'autant plus que tout le monde et conscient de la lenteur d'Usain Bolt ;-)
      vincent

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  7. D'un autre côté, quand on a choisi d'être noir, il ne faut pas venir s'étonner après si les gens ont tendance à rire de vous, c'est humain.

    Sinon, pour répondre à Rosaelle : que les Africains fassent toutes les plaisanteries qu'ils veulent sur les blancs, ça m'en touchera une sans faire bouger l'autre, et je ne serai pas le seul. simplement parce que je n'ai aucun complexe d'infériorité par rapport à eux.

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    1. Voilà.

      Le prochain qui me traite de gros, je lui donne une baffe.

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  8. Orange info:
    ""Serena Williams, la joueuse de tennis vient de créer une ligne de vêtements féminins"".
    Pouf pouf,
    C'est juste pour faire de l'humour à deux balles

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  9. Depuis que ma femme a une bronchite, je me pose la vraie question, la seule qui vaille : peut-on rire de toux ?

    C'était juste pour faire de l'humour à deux balles, y a pas d'raison.

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  10. Dans le débat que tu lances, il y a aussi ce sentiment désagréable qu'on va vraiment vers une société où on a le droit de ne plus rien dire. RIre de rien et de personne.
    Enfin, de personne... Des "minorités", ou des lobbys regroupés, tu ne pourras pas rire ou rien dire. Sinon....

    Pour autant, j'entends très bien l'argument de ceux qui se sentent blessés par une caricature ou un "humour". Avec guillemets, je trouve cette photo pas drôle (et même assez vilaine et pas jolie...)

    Enfin bon... J'espère que je pourrais encore me marrer de blagues sur autres choses que des hommes blancs hétérosexuels et quarantenaires...

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    1. M'en fous. Je suis cinquantenaire dans deux ans.

      Plus sérieusement, il faut qu'un noir puisse accepter les plaisanteries sur son dos. Je me suis fait traiter de pédé par des types qui ont cru que j'étais homosexuel parce que j'ai cinquante ans et suis célibataire. La stigmatisation, je sais ce que c'est. Je me suis trouvé montré du doigt comme membre d'une minorité. Je me mets à leur place. Pas au lit, hein !

      Il faut accepter l'humour sinon on ne pourra pas lutter contre ça.

      Et comme dit Didier, que les noirs de foutent de la gueule des blancs ! S'ils ne le font pas, je vais finir par croire qu'ils cultivent ce sentiment d'appartenir à une minorité.

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  11. Je pense que l'on peut rire de tout. Mais avec modération… Savoir s'arrêter juste à temps et ne pas s'oublier dans la blague.
    "Comment appelle-t-on un noir d' 1m80 avec une kalashnikov ? On l'appelle Monsieur".

    Solanden

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    1. Je veux bien rire avec modération mais je refuse de boire avec lui.

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