28 mai 2014

C'est quoi, être à droite ?

Avec le bordel à l’UMP (pardon, la refondation annoncée), beaucoup de billets et de commentaires surgissent pour dire ce que devrait faire l’UMP. J’apprends que François Bayrou a déclaré : « Il faut que la droite soit à droite, et que le centre soit au centre ». On pourrait en rigoler longtemps puisque le centre a toujours été à droite, en France, sauf à de rares occasions où il a préféré la gauche… Mais le sujet n’est pas là…

Il faut que la droite soit à droite. Soit, mais ça veut dire quoi, être à droite ?

Quand on est à gauche, on arrive assez bien à savoir ce qu’être à gauche veut dire même si on est souvent d’avis différents sur la question : voir tous les débats qu’on a eu à propos de la vraie gauche. Le problème est que le centre de gravité de la politique française est plutôt à droite ce qui fout le bordel. Quand on est à droite, on se plante beaucoup sur ce qu’est la gauche ce qui me fait doucement rigoler quand je lis certains billets réactionnaires.

Qu’on soit à droite ou à gauche, on arrive à peu près bien à voir ce qu’est le centre. C’est ce qui n’est pas trop méchant parmi ceux qu’on n’aime pas. Par contre, on qualifie généralement les autres de son bord qui ne sont pas au bout du bord de centristes. On les qualifie même souvent du camp opposé. Pour un réactionnaire libéral, Nicolas Sarkozy va passer pour un joyeux socialiste. Les mêmes erreurs sont faites à gauche, surtout depuis quelques temps, où l’on confond trop souvent droite et libéralisme.

C’est très compliqué. Mais cela ne nous dit pas ce qu’est la droite.

Les gens de droite n’hésitent pas à mettre des costumes trois pièces et ne s’épilent pas les poils de nez. C’est la définition que j’ai prise chez Jegounedia. Voyons donc ce que dit Wikipedia.

« En politique, le terme de droite désigne généralement l'ensemble des courants politiques ayant une doctrine, une tradition ou une idéologie plutôt conservatrice, économiquement libérale ou non. La droite manifeste un certain attachement à l'ordre, considéré comme juste ou comme un moindre mal, et réprouve les changements brusques sur les questions de société et les questions éthiques. Elle peut être partagée sur les questions économiques (droite conservatrice, par opposition à droite libérale). »

Comme à gauche, on n’est pas spécialement attaché au désordre ni aux changements brusques de société (quoi qu’on en dise, donner les mêmes droits aux homos qu’aux hétéros, pour prendre pour exemple le changement de société récent, ne s’est pas fait en quelques mois mais en dizaines d’années) et qu’économiquement, la droite ne veut rien dire, nous ne sommes pas bien avancés…

Voyons la suite.

« D'après Michel Winock, on ne devrait pas parler de droite au singulier, mais davantage des droites, qui, dès l'origine, ont divergé et se sont opposées. » Il va falloir que François Bayrou révise ses messages. C’est René Rémond qui parlait de trois droites : les réacs, les libéraux et les bonapartistes. En 2005 (merci Wikipedia), René Rémond a actualisé son bouquin. Il considère que les réacs sont marginaux en tant que force politique et retient la persistance de deux droites et l’arrivée d’une nouvelle, avec les radicaux et les démocrates chrétiens. Néanmoins, il se place dans l’histoire contrairement à moi…

Intéressantes réflexions. D’une manière générale, il ressort de ces lectures que les clivages ont changé, au fil des siècles, et, plus exactement, la manière de composer les majorités. Par exemple, il semble que Nicolas Sarkozy ait bien réussi à faire la jonction entre les trois droites en 2007, le libéralisme, le culte du chef et le nationalisme…

De ces lectures, il ressort aussi que les valeurs censées représenter chaque champ sont à géométrie variable. Ils citent par exemple « le cas de l'écologie, qui peut aussi bien être interprété comme un thème de gauche que comme un thème réactionnaire et donc de droite ». On notera aussi que les notions changent d’un pays à l’autre. Les libéraux américains, par exemple, sont considérés comme à gauche alors que les libéraux européens, la plupart, sont considérés comme à droite alors que l’interventionnisme économique est dominant.

Revenons aux trois droites qui sont plus

Les libéraux : disons qu’en France, ils peuvent être représentés par Giscard.
Les bonapartistes : l’ordre, le chef,… De Gaulle.
La droite contre-révolutionnaire : les réacs. La soumission au catholicisme, l’ordre naturel,…
La droite radicalisée : genre Philippe de Villiers.
L’extrême droite : genre Jean-Marie Le Pen.

La droite décomplexée

C’est le truc de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé…

« Un réflexe de gauche consistant à faire honte à la droite, jusque dans la terminologie même du mot « droite », le seul fait de se revendiquer de droite passe pour une incartade « décomplexée ».

Dès 2006, Nicolas Sarkozy souhaite mettre de côté une droite « qui s’excuse depuis tant d’années de ne pas être de gauche ». Jean-François Copé s’insurge contre les « supercheries grotesques » utilisées contre la réputation de la droite. À titre d’exemple, il cite un sociologue prétextant que la droite « ne voit pas les étrangers d’abord comme des humains ». »

Toujours est-il que je n’ai pas répondu à ma question malgré une copieuse lecture… à laquelle, il me semble, il manque un positionnement à droite par rejet de la gauche (comme il existe un positionnement à gauche par rejet de la droite). Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé ont raison sur le fond mais plus qu’ils ne le pensent ! A écouter un type de la vraie gauche, tous ceux qui ne pensent pas comme lui sont à droite. Il tente bien de leur faire honte. Les deux ex ont donc bien tort d’en faire un argument électoral, à part, peut-être, pour motiver les militants… L’électeur de base s’en fout !

Les valeurs ?

Je n’aime pas ce débat sur les valeurs de droite ou de gauche. Trois mots sont dans la devise : liberté, égalité, fraternité,… Le gars de droite fera ce qu’il voudra mais je suis fatigué de voir des types, essentiellement très à droite, dire que les gens de gauche opposent les deux premiers. On nous dit que l’ordre est une valeur de droite. Tu parles ! Et l’ordre juste de Ségolène Royal, c’était de droite ?

Et Bayrou ?

« Il faut que la droite soit à droite, et que le centre soit au centre »

Ca veut dire quoi, concrètement ? Elle doit être libérale ? Alors que le Front National fait sa percée sur un projet qui est antilibéral contrairement aux éminents blogueurs et autres têtes pensantes du parti ? Elle doit être réactionnaire et continuer à exaspérer tous les centristes et autres républicains ? Elle doit être bonapartiste alors qu’elle n’a plus de chef ?

J’ai bon, là ?

François Bayrou est bien de droite. Je n'ai pas oublié ma première grande manifestation, en 1994... parce qu'il voulait augmenter le financement des écoles privées par le public. C'est de droite, bien réactionnaire, totalement antilibéral (le public qui finance le privé...). Il a reculé. Son chef a été balayé à l'élection suivante. Il est resté en poste.

Il sait où il est lui ?

11 commentaires:

  1. Très bien ton billet. La phrase de Bayrou m'a fait tilt ce matin (j'écoutais discrètement en jouant sur l'iPad...)
    Elle t'a donné l'occasion d'un joli billet.

    Je partage ton avis sur le mot "valeur" galvaudé par tant de monde...

    Sinon tu as oublié la vraie droite, celle qui considère que tout est à gauche sauf eux. La copine de la vrauche (vroite ça peut passer ?)

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    1. Je ne crois pas l'oublier. Si je fais allusion à la vrauche c'est pour faire le parallèle.

      Maintenant, c'est aussi à toi de répondre : c'est quoi d'être à droite ?

      Pourquoi toi et moi qui sommes si proches nous opposons nous toujours pour des conneries ? Résolvons la quadrature du cercle... Après l'apéro.

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  2. Je crois que l'"ordre juste" de Ségolène Royal, ça ne veut strictement rien dire: ce qui est considéré comme "juste" par certains sera considéré comme "injuste" par d'autres.

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    1. Ça ne veut rien dire mais c'était plébiscité par la gauche.

      J'ai perdu votre autre commentaire. N'hésitez pas à le remettre si je ne le retrouve pas dans les cinq minutes.

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  3. Petite réflexion perso sur la question:

    http://www.marianne.net/elie-pense/La-vraie-gauche-la-fausse-gauche-la-vraie-droite-etc_a265.html

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    1. Il était bloqué dans les tuyaux.

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    2. Je me rappelle de votre billet. Je ai que survolé cette question historique volontairement (un ou deux exemples). Mais c'est un sujet qui m'est cher. Par exemple, les lascars qui luttent contre le TAFTA (dont vous faites partie je suppose mais je ne pense pas à vous) oublient que le communisme est obligatoirement internationaliste sinon il est voué l'échec.

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    3. Non: sur le TAFTA, j'attends de connaître le texte issu des négociations qui sera soumis à ratification.

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    4. Une autre réflexion http://libre-ouvert.toile-libre.org/index.php?article195/le-scrutin-europeen-du-25-mai-2014-marque-t-il-la-fin-du-bipartisme-en-france

      Où placeriez-vous l’abstention dans le schéma de la "Nouvelle bipolarisation en cours" ?

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    5. Je me fous de l'abstention. D'ailleurs elle est aussi liée à l'absence de bipartisme en Europe : c'est forcément une coalition qui préside le Parlement.

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