19 mai 2014

Le blues du blogueur

L’ami Sarkofrance arrête. J’espère que ce n’est qu’une mauvaise passe et qu’il se remettra à bloguer, autrement. Je ne vais pas faire de la psychologie de comptoir. J’en ai moi-même souvent ras la casquette de plein de choses. Mon billet d’hier soir en est l’illustration. En l’occurrence, j’étais exaspéré par la bêtise de certains qui se croient utiles, qui croient mener une mission,… avec une telle bêtise qu’ils rendent le service inverse.

Quand on est blogueur politique, il arrive toujours un moment où on se sent obligés de bloguer. En fin de semaine dernière, j’étais en séminaire d’entreprise, dans l’incapacité d’avoir une activité de blogueur normale. Ca ne m’a strictement rien fait. Au cours du précédent séminaire, par contre, j’étais presque malheureux, désespéré car l’hôtel n’avait pas la wifi, angoissé à l’idée de voir la batterie de l’iPhone se décharger prématurément.

Je vais donner quelques conseils.

Le premier : ne pas s’astreindre à un niveau de qualité. J’arrive très bien à faire des billets de merde. Nous n’avons pas une mission. Nous n’avons presque aucun lecteur et la plupart sont des potes. Hier matin, j’ai fait un billet à propos de l’équipe de Handball de ma ville natale qui accède à la deuxième division. Je voulais le faire sur mon blog bistro et, par erreur, je l’ai rédigé dans le présent blog. Je me suis rendu compte de mon erreur avant de publier et je me suis posé la question. Est-ce que je change de blog ? Finalement, je n’ai pas trouvé une seule raison valable de le faire. Pourquoi ne ferais-je pas des billets légers ici.

Le deuxième : bloquer systématiquement les contradicteurs dans Twitter. Ce n’est qu’un réseau social. Il n’y a aucune raison valable de subir des meutes de crétins. On est là pour rigoler avec des copains virtuels ou réels, pas pour être agressés.

Le troisième : ne pas se forcer à choisir une ligne politique. Je soutiens le gouvernement pour plusieurs raisons mais en aucun cas je ne soutiens un parti politique et surtout pas le Parti Socialiste, contrairement à ce que pensent beaucoup. Je vais voter PSE en tant que citoyen, pas en tant que blogueur. Ce n’est pas la voix du blogueur qu’attend l’urne du bureau 9, dimanche prochain. Je vais voter PSE parce que c’est la seule solution pour éviter une victoire du PPE. Je conçois qu’à gauche, en France, on ne soit pas satisfait par l’offre politique. Le problème est qu’il faut faire avec. Je dis « à gauche » mais je pense que le type de droite, le centriste libéral, le réactionnaire,… est dans le même cas.

Le quatrième, conséquence du troisième : assumer ses contradictions.

Le cinquième : se reposer et savoir déconnecter. Laisser son smartphone dans une autre pièce. Ou faire autre chose avec que de s’intéresser à la politique. Par exemple, si je l’ai toujours à la main, c’est parce que je passe des heures à jouer.

Le sixième : changer ses habitudes. Pendant des années, je répondais systématiquement à tous les commentaires, par exemple. J’ai arrêté. Ou je me forçais à faire un billet matinal. Mon blog était rythmé par LE billet qui sortait à 9 heures. Maintenant, je m’en fous. Je fais mon billet quand j’ai le temps. Je changerai de méthode à nouveau, un jour.

Le septième : ne pas hésiter à faire des billets très courts. Voir le premier conseil : on n’est pas payés en fonction de la prose que l’on sort.

Que Juan prenne du repos ! Il aura toujours une place à son retour. S’il revient. Ce n’est pas une obligation, non plus.

Qu’il pense à lui et à sa famille.

Quand l'ami Guy Birenbaum s'est mis en retrait des réseaux sociaux, il y a quelques mois, je n'ai pas posé de question. Je ne lui ai même pas envoyé un petit mail. Je ne me sentais pas le droit de le faire : il avait choisi de partir, je n'avais pas à rentrer chez lui par la petite porte.

Pour Juan, c'est pareil. Mais il en a fait un billet. Je vais lui donner un dernier conseil : arrête surtout Twitter, c'est ce machin qui nous fait vivre internet en temps réel. C'est totalement inutile.

17 commentaires:

  1. Éviter le burn-out numérique...

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  2. Je reposte ici le conseil que je donnais à Juan, et qui ne va pas du tout dans votre sens:

    "Si votre vie est ce que vous décrivez, il s'agit d'une vraie addiction.

    Mon ordonnance : il est urgent de prendre au moins deux bonnes semaines de vacances totales, puis de reprendre à un rythme de trois ou quatre articles par semaine, pas davantage, sans multiplier les blogs, sans chercher à commenter tout ce qui se passe, et de sortir définitivement de twitter et de facebook qui ne servent à rien.

    Voilà, vous me devez 23 € (pour vous, je ne ferai pas de dépassement)."

    En ajoutant ceci : à moins que Juan ne soit payé, on ne blogue que pour son plaisir, qui doit rester la seule règle directrice; mais quand le plaisir se transforme en esclavage, ça s'appelle du masochisme.

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  3. Cépagrave.

    On a toujours Rosaëlle, Didier Goux et le Frisé de la Comète. Le reste c'est du reliquat de superflu superfétatoire.

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    1. Didier Goux : voilà quelqu'un qui ne blogue que pour son plaisir, et qu'on a toujours plaisir à lire, même si on partage très rarement son opinion.
      Quant à Madame Rosa, franchement...

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    2. Mais tout le monde blogue pour son plaisir. Le problème est qu'on arrive à se créer des obligations.

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    3. Elie, oui. Si je devais dire à quelqu'un "les blogs, yen a des bien, regarde", je citerais celui-là en exemple, et en exemple premier, hors concours. Il s'en faudrait de peu pour que ce soit PLUS qu'un blog, et heureusement que le plus plane. (Vous aussi, ma vieille, va me balancer le Frisé, faut arrêter l'alcool fort avant l'heure du thé) . Didier Goux, s'il est écrivain en bâtiment, est blogueur en majesté.

      Le blog du Frisé (je confonds sa marmaille de blogs en un seul, c'est toujours lui qui cause, et de la même façon, et des mêmes sujets, finalement) est excellent aussi parce que, comme l'amour maternel, il est une table toujours servie au cybernel foyer. Il y a à boire et à manger dedans. Malheureusement ce blogueur dit trop de gros mots, on ne peut donc le conseiller à sa fille de quinze ans. Il ne parle pas de livres non plus, donc il ne servira à aucun lycéen en mal de fiche de lecture, mais comme il ne parle pas de sport (ou si peu), nous lui pardonnerons.
      Bon, j'arrête. Il y a de bons blogs dans ma bloguerole, sinon.

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    4. Ah, et si, le blog de Rosaëlle. Il est merveilleux. Quand j'entendais parler de Boko Haram au début de l'affaire des lycéennes enlevées, je me disais "ho ho ho, allons vite voir si Rosaëlle n'a pas déjà écrit un billet dans lequel elle dit que ce groupement largement fantasmé par les medias post colonialistes à la solde du réactionnariat et d'Israël n'est qu'un écran de fumée visant à nous cacher les méfaits du sionisme galopant et de l'islamophobie tentaculaire qui nous tentacule tous plus ou moins, eh bien bingo. En fait, la faim dans le monde, les guerres, les conflits, les cors aux pieds, le traité de Versailles et le réchauffement climatique, c'est de la faute aux [juifs] sionistes et aux islamophobes. Tant de constance dans l'analyse et le militantisme force l'admiration, le respect, et pour moi le petit fou rire à la lecture de ses billets, rehaussés par les commentaires étonnants de ses potes antisémites purs et durs, ou très sérieux de ceux qui s'en amusent. Disez ske vous voulez, mais c'est une des meilleurs blogueuses de la toile, en ce moment. Et ya la quantité.

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    5. Je ne partage pas mon opinion beaucoup plus souvent que vous, vous savez…

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    6. Je dis des gros mots, moi ?

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  4. Aucune obligation : ni d'écrire, ni de lire. Ni de commenter encore moins d'être sérieux. Je comprends Juan, mais je n'ai aucun conseil à lui donner.

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  5. « Le premier : ne pas s’astreindre à un niveau de qualité. »

    J'adoooore !!!!

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    1. Ouf. Cela étant vous savez précisément ce que je veux dire. Beaucoup de blogueurs sont très exigeants avec eux même sans se rendre compte que la plupart de leurs billets n'ont aucun intérêt.

      Je préfère mon blog ou le votre avec tout et n'importe quoi. À la limite je pourrais fusionner certains de mes blogs (ce qui n'était pas le cas quand je faisais jusqu'à 10 billets par jour).

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  6. Twitter est clairement à consommer avec modération car même si on se prend des commentaires rudes dans les blogs, Twitter c'est bien plus rapide, et souvent bien plus violent.
    Bref, je suis d'accord avec ton billet évidemment et avec tous tes conseils.

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    1. Pas de modération pour Twitter (sauf pour ne pas passer sa vie dedans). Seulement éviter les cons qui se prennent au sérieux et perdent toute courtoisie.

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  7. Bien je n'ai pas arrêté mais je n'écris plus rien faute d'envie et de lassitude..... mais de temps en temps je ferai un billet.

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