24 octobre 2014

A-t-on besoin des réseaux sociaux ?

Dans le Huff, Camille Saint Paul revient sur une interview de Guy Birenbaum et mon billet à propos de Twitter : est-ce la mort de Twitter et de Facebook ? Vous me connaissez, je ne peux pas m’empêcher d’en ajouter. Tout d’abord, un premier constat : ils ne sont pas mort. Ils sont là. Au cœur de notre ordinateur.

Commençons par oublier ces deux gros pendant cinq minutes, de même que les réseaux sociaux, internet et tous ces machins. Faisons un peu d’informatique. J’ai d’ailleurs une réserve de 0 et de 1 en stock. Un peu d’informatique et d’archéologie. Il y a cinq ans, vous aviez un ordinateur. Il y avait évidemment un navigateur qui vous permettait de voir des films de cul mais vous aviez aussi un disque dur avec des logiciels que vous y installiez, des saloperies téléchargées,… Vous y rangiez vos photos, vos documents,… Les habitudes sont tenaces et vous continuez probablement à faire un tas de trucs avec votre ordinateur mais les industriels, en général, ont fait évoluer nos pratiques.

Je vais donner un exemple : les photos. Il y a une dizaine d’années, les appareils photos numériques se sont démocratisés et ont remplacé les argentiques. On archivait nos photos dans un dossier de l’ordinateur. On faisait vachement attention. On achetait des cartes supplémentaires pour être sûrs de prendre autant de photo que l’on voulait et en rentrant de vacances, on se précipitait pour tout archiver, faire des sauvegardes,... Les « APN » ont progressivement été remplacés par les smartphones au fur et à mesure de l’amélioration des capacités de l’appareil photo intégré. On s’est retrouvés avec deux phénomènes. Le premier est que les photos ont commencé à se propager sur le Cloud. Plus besoin de les archiver, de les ranger,… Le deuxième est que tout le monde s’est mis à faire des photos, on voit des photos partout, les gens partagent des photos, on est envahis de photos, je ne supporte plus les photos, d’autant que les lascars se prennent pour des photographes de qualité alors qu’il est impossible de réussir une bonne photo avec un smartphone, je déteste les photos, je conchie les photographes amateurs qui oublient que c’est aussi un métier de prendre des photos. J’exècre les imbéciles qui diffusent des photos de bouffe mais je déteste encore plus les crétins qui se sentent autorisés à critiquer ceux qui diffusent des photos de bouffe.

Ne bougez pas, je vais me calmer.

Toujours est-il qu’il est devenu très simple de faire des photos et qu’on a perdu le réflexe de les archiver sur son PC. Et on les balance sur Facebook à partir de son smartphone appareil photo. Hop !

Je pourrais multiplier les exemples (à quoi bon avoir de la musique sur son ordinateur si vous pouvez l’écouter en streaming, par exemple ?). Ainsi, en quelques années, le disque dur, qui était le cœur de l’ordinateur (rappelez-vous, on achetait encore des disques durs amovibles il y a très peu… Si vous venez de le faire, c’est que vous êtes hermétique au progrès), prend une position secondaire dans votre navigateur.

Le navigateur s’est mis au centre et, un lascar comme moi, commence toujours par ouvrir ses mails et son Facebook quand il allume son PC. Facebook s’est ainsi placé en élément pivot de la vie de beaucoup d’internautes, c’est presque devenu un système d’exploitation : vous regardez des vidéos, communiquez, archivez vos photos. Si on est bien conscients de ce qu’apporte Facebook quand on est utilisateurs (ce n’est pas une obligation, non plus…), on oublie souvent qu’il remplace autre chose et qu’il est plus qu’un réseau social.

Quand on fait des jolis billets de blog à propos de Facebook, on oublie cette dimension : l’utilisateur que l’on va qualifier de lambda se fout totalement de ce qu’est un réseau social. Et pas seulement le lambda.

Guy dit un peu la même chose à propos de Twitter, d’ailleurs. Pour le résumer, si c’était possible : ce n’est plus la peine de parler de Twitter, il est là.

Alors, je vais reprendre la conclusion de Camille que je partage : « Qu'en conclure ? Que Facebook et Twitter ne sont pas morts - loin de là - mais qu'ils sont peut-être en train de scier lentement la branche où ils sont assis ; que ceux qui prédisent leur fin disent autre chose en creux : leurs besoins (d'anonymat, de partage, d'information qualifiée, d'authenticité etc.) ne sont pas, ne sont plus pourvus. Qu'il y a de la place pour de nouveaux entrants, pour de nouveaux Facebook à condition qu'ils soient en capacité d'offrir des fonctionnalités suffisamment nouvelles et attractives pour « déplacer les foules » du web. Qu'après la course au temps réel, une frange grandissante de twittos aspire à la sélection et à une « information apaisée », comme le suggère le lancement de Vellum par le New-York Times ou du futur Brief.me par les anciens de Rue89. Ce serait une bonne nouvelle pour les media... et leurs lecteurs. »

C’est une petite partie qui a retenu mon attention et qui m’a poussé à faire ce billet : « leurs besoins ne sont plus pourvus. »

Pourquoi parler de besoin ? Je n’ai besoin ni des réseaux sociaux ni de ce que je peux y faire. Parfois, le marché ou l’usage créent le besoin. Par exemple, cela fait quinze ans que j’ai un téléphone mobile. J’ai très bien vécu sans pendant à peu près autant d’années en tant qu’adulte. Depuis que je l’ai, j’en ai réellement besoin pour pouvoir être joint en permanence et un tas de raison. Mon mobile s’est transformé il y a cinq ou six ans en smartphone et j’en ai besoin, maintenant, ne serait-ce que pour consulter mes mails.

Par contre, à peu près personne n’a besoin des réseaux sociaux. Des fonctionnalités intégrées peuvent couvrir des besoins. Par exemple, Facebook permet de créer des albums photos pour les archiver et les partager avec d’autres, ce que l’on peut considérer comme des besoins qui pourraient être couverts autrement. Le réseau social en tant que tel, ou, du moins, l’outil de réseautage social ne sert à rien. Papoter avec des gens plus ou moins inconnus, partager des trucs ou voir ce que d’autres partagent ne répond à rien, aucun besoin. Cela permet simplement de passer du bon temps, ce qui n’est déjà pas mal.

C’est ce qui fait le génie de Twitter et Facebook : avoir un succès prodigieux sans répondre au moindre besoin, sans avoir le moindre intérêt. Après la dose de génie et le travail nécessaire pour mettre la mécanique en branle, le succès ne repose que sur le hasard. Par exemple, tout le monde connais l’histoire de Facebook. Les créateurs ont fait un machin pour causer entre potes à la fac. Dix ans après, il y a plus d’un milliard d’utilisateurs… C’est devenu à la mode…

On ne m’enlèvera pas de la tête qu’un tel succès a une grande probabilité d’être éphémère…

Reprenons l’exemple des photos. Il y a quinze ans, les APN arrivaient. C’était génial. On pouvait mitrailler, ça ne coûtait rien. Les prix ont baissé, on pouvait en offrir aux gamins. Pour l’anecdote, mon APN fut mon dernier achat important en francs, c’était pour le Noël qui précédait le passage à l’euro, le 1er janvier 2002. Je voyais ça plus vieux mais je viens de me rappeler du prix : 1111 euros. Plus de 7000 francs. J’avais acheté le top du top. Il avait une résolution de 4 mégas. Les smartphones modernes font plus du double, aujourd’hui pour un prix bien inférieur. Ils auront prochainement une telle résolution qu’on pourra prendre les photos n’importe comment : des logiciels de retouche permettront d’obtenir de très bonnes photos.

Les APN auront vécu une quinzaine ou une vingtaine d’années.


Twitter et Facebook sont éphémères et ne répondent à aucun besoin.

34 commentaires:

  1. Je trouve que tu fais des très bons selfies ;)

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  2. Ne confondons pas photographe et photographe en bâtiment…

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    1. Il me semble que j'ai dit dans le billet que je Conchiant les photographes amateurs ce qui revient au même. Plus exactement je conchie les photographes à smartphone. Quand la photo m'intéressait, j'en prenais des centaines poyr en reperer une bonne.

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  3. Il y a aussi horripilant que les photographes en bâtiment, ce sont les blogueurs qui se croient doués pour le dessin humoristique…

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    1. Non. Il n'y a rien de plus horripilant que les lascars qui prennent Plantu ou Cabus poyr des bons dessinateurs humoristiques.

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    2. Ça n'est nullement contradictoire avec ce que je disais…

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  4. Sur le fond, je suis 99% d'accord avec toi mais je me permets de persister : je crois que les réseaux sociaux sont nés d'un besoin de partage et d'échanges (besoin que l'on voit dans une certaine mesure et différemment, s'exprimer dans les MOOC, l'économie collaborative etc.). Besoin aussi de "partager son avis" ;-) Je vais éviter de parler de la pyramide de Maslow qui devient un peu vue et revue mais c'est d'ailleurs dans une certaine mesure ce que tu dis "Papoter avec des gens plus ou moins inconnus, partager des trucs ou voir ce que d’autres partagent ne répond à rien, aucun besoin. Cela permet simplement de passer du bon temps, ce qui n’est déjà pas mal." Et ma modeste thèse est que ces besoins ne sont plus tout à fait satisfaits par nos deux gros mastodontes. A tort ou à raison. Cela n'est que mon avis :-)

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    1. A tort. Je ne suis pas porte parole de Guy. Mais je dirais que nous sommes blogueurs par hasard et on a compris ce que devaient être les blogs. Je peux te garantir qu'il n'y a aucun besoin de partage chez moi.

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    1. Oui. Mais ce n'est pas un besoin. Par exemple ton billet m'en a inspiré un. Je l'écris. Je le diffuse et je m'en fous. Il aura 300 lecteurs. Il en aura 1000. Je m'en fous. C'est une envie pas un besoin ou alors un besoin physiologique comme une envie de pisser. Tiens ! C'est comme l'alcool. J'aime la bière. J'aime la cuite. Mais je n'ai pas besoin de boire. Tu as des types qui ont besoin de boire pour etre en forme. Des alcooliques. Si j'ai besoin (héhé) de ne pas boire (réunion importante, voiture à ramener, visite médicale, antibiotiques,...), je ne bois pas. Je m'en fous. Ca ne veut pas dire que je ne suis pas alcoolique, je bois plus que la norme pour l'être mais je n'ai pas de besoin.

      Tu prends des journées comme aujourd'hui. J'ai passé la journée à bosser. C'est vendredi, je suis passé dans Twitter pour répondre aux #ff et j'ai vu ton billet. Sans lui, je n'aurais pas blogué. Pas le temps, pas le besoin. Seulement l'envie de te répondre.

      Par contre, j'ai besoin du contact avec les potes. Mais je peux les contacter hors réseaux sociaux.

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    2. Ne confondons pas alcoolique et ivrogne : le premier est dépendant de l'alcool, le second aime juste plonger dedans.

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    3. Pas du tout ! c'est tout de même assez facile à vérifier. Par exemple, nous sommes samedi et je n'ai pas bu une goutte depuis dimanche dernier : en souffré-je ? Pas le moins du monde. Je dors comme un bébé, suis d'humeur égale et n'y pense même pas quand approche l'heure "normale" de l'apéritif.

      Je veux bien que ce critère ne soit pas très "scientifique", mais enfin, pour mon usage personnel, il me paraît tout à fait satisfaisant.

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    4. Ce n'est pas scientifique.

      Ca s'arrose, tiens !

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  6. Pourquoi dis tu que les APN n'auront vécu que quelques années.
    Sur la Canebière (lieu touristique comme un autre), je croise beaucoup de touristes et si on voit beaucoup mitrailler avec leur smartphone, on en voit toujours pas mal avec des appareils numériques dignes de ce nom.
    Et ceux-ci ont bien évolué et surtout ont conservé les systèmes optiques des argentiques nécessaires à faire de vraies photos. J'ai vu que Didier était intervenu plus haut, il m'étonnerait que Catherine fasse ses photos avec un smartphone.

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    1. C'est une vraie photographe. Elle prendr des photos e mn s'appliquant et diffuse les bonnes. Va faire un tour sur les RS.

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    2. Je m'en suis aperçu et devant la qualité, je ne manque pas de la suivre à chaque publication. Je ne suis qu'un piètre amateur et il m'arrive de lui en envoyer et elle en a publié une.

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    3. Je confirme que Catherine utilise un véritable appareil photo ; et qu'elle fout en l'air les quatre cinquièmes de sa production.

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    4. Numérique ou argentique ?
      20% de bon, ce me semble pas mal.

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    5. Numérique.

      Quant à mes "quatre cinquièmes", j'ai balancé ça au hasard : c'était une manière de dire "beaucoup" ou "la plupart"…

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  7. Je ne comprends pas les blogueurs ( vous n'êtes pas le seul ) qui écrivent des billets sur l'inutilité des réseaux sociaux et qui y sont toujours inscrits .

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    1. Il y a un tas de trucs inutiles et passionnants !

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  8. Facebook est un excellent réseau à condition d'être bien compris.
    Perso j'ai éliminé ceux qui font chier en balançant des trucs incessamment (vidéos, photos, chansons,etc...), j'ai sélectionné quelques groupes intéressants où l'on découvre et partage du savoir et rayé de mes amis ceux qui ont proféré des insultes sur mon compte...

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  9. Photos, musique, vidéos ... photos de bouffe , liens, tout cela chez moi c'est du savoir ! ;-) c'est chez moi... tu viens ou tu viens pas ! ;-)

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  10. Photos, musique, vidéos ... photos de bouffe , liens,... tout cela chez moi c'est du savoir ! ;-) c'est chez moi... tu viens ou tu viens pas !

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  11. C'est chiant le truc d'approbation ...

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  12. Argh j'avais écrit et je crois que cela a disparu.
    Je disais que j'étais ô combien d'accord avec toi. Il est bien loin le temps de la discussion et de la rigolade sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui sur twitter on est dans le personnal branling, la publicité, les petites phrases, les hashtags (même si parfois c'est pratique) et les live tweets zéro intérêt. Et même sur une thématique comme la mienne, très consensuelle, on arrive à avoir des lecteurs très énervés et très agressifs sur Facebook (genre tu utilises la cocotte minute tu vas mourir dans d'atroces souffrances) et il devient de plus en plus difficile de communiquer et de générer de la conversation. Alors que c'est quand même ca qui est intéressant. Et tout comme toi, je n'ai pas trouvé de réseau alternatif qui corresponde à mes envies. Le premier qui trouve prévient l'autre ? :)

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    1. Ok !

      Ca me rappelle une histoire de cocotte minute. Je m'étais fait engueuler par un patron de bistro parce que je faisais mon Bourguignon à la cocotte.

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  13. Si. Le besoin de rapport avec l'autre, ce qui n'est pas rien.

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    1. Non. C'est le eux qui crée un besoin factice.

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