16 novembre 2014

Billets de rien

Il existe toutes sortes de billets de blog, de la recette de cuisine à l’analyse politique, en passant par des photos, des dessins, des histoires… mais ceux que je préfère largement sont les billets de rien, ceux où l’on voit des mots qui s’enchaînent pour ne rien raconter, un peu comme si on écoutait un de ces éternels bavards, dans une réunion professionnelle, un repas de famille ou un comptoir de bistro mais avec quelque chose en plus, car on prend le temps de lire alors que l’on pourrait zapper.

Un de mes derniers billets, par exemple, relatait un récent achat de chaussures. Je l’ai préparé dans Word et il fait deux pages et demie tout ça pour dire que mes pompes avaient rétréci à cause de la pluie. Cela n’a aucune espèce d’intérêt.

Tant pis pour mes chevilles, mais je crois qu’on est relativement peu nombreux à réussir de bon billets de rien même s’ils sont souvent trop longs. Beaucoup de blogueurs s’y essaient, sans même s’en rendre compte car ils ont quelque chose à raconter, alors ils brodent. L’idéal est probablement de ne rien avoir à raconter, seulement une vague anecdote (mes chaussures ont rétréci) et de trouver une première phrase. Après, les mots s’enchaînent.

Je vais prendre quelques exemples, par vraiment au hasard. Le premier est Didier Goux. Son dernier billet de rien est exemplaire d’autant qu’il dit lui-même qu’il n’a rien à dire. Tiens ! Je vais être grossier et le recopier intégralement ici : « Que peut-on dire d'une journée agréable, mais qui le fut précisément parce qu'il ne s'y passa rien de notable, au sens propre de ce mot ? On a fait un brin de vaisselle dès potron-minet, pendant que Madame bonne-du-curisait ; on a reçu par porteur spécial Les Manants du roi de La Varende, commandés seulement hier, et on s'est ébahi de cette célérité ; on a travaillé une petite heure sur la table de la salle à manger, et les phrases venaient en bougonnant ; on a répondu à un lecteur de ce blog, à propos d'Evelyn Waugh ; on a sandwiché – rosette et chaource, mais séparément – sur le coup d'une heure, debout dans la cuisine, à regarder sans la voir la pelouse impeccable de la voisine ; on a fini de lire Grandeur et décadence, du Waugh de tout à l'heure ; on a rempli une grille ; on a dîné – et voilà. Que pourrait-on bien tirer de cela ? »

Je ne sais pas pourquoi il fait ça. Je lui avais envoyé un mail, à un tout autre sujet, et j’ai fini par lui demandé s’il allait bien vu qu’il n’avait rien glandé sur son blog depuis plusieurs jours. Mon mail a-t-il été l’élément déclencheur ?

Un autre blogueur qui excelle dans cet exercice est Jacques Etienne. Dans son dernier billet, il parle « du tigre », sans rien dire à part des âneries que j’aurais pu foutre dans mon propre blog, avec mon propre style. Ce qui met d’ailleurs Jacques Etienne et Didier Goux en avant, par rapport aux autres, c’est qu’ils écrivent très bien.

Je vais en citer deux autres, pas plus, parce qu’il y a un tas de blogs que j’aime bien, mais ce sont eux deux qui me viennent à l’esprit pour des raisons particulières.

Le premier est le blog de Nancy. Contrairement à ceux des blogs de Didier et de Jacques, le texte y a peu d’importance, du moins dans la rédaction. Nancy vit au bout de monde, en Thaïlande, et tous les jours ou presque, elles nous donne des photos. Il ne se passe rien, elle décrit la vie au paradis.

Le deuxième est El Camino, pour certains billets, une majorité. C’est un blog politique et il a quelque chose à dire. Il a son coup de gueule du moment et il le déroule comme un rouleau compresseur en évitant les tartines. Une machine à donner des baffes en quelques mots…


Et toi, quels types de billets de blog amènerais-tu dans une ile déserte ?

11 commentaires:

  1. Le partage avant tout ! ... voilà l'intérêt de certains billets ou de certains blogs.
    Quand il y a de l'échange je trouve ça essentiel. Et quand il y a du respect et de l'humour c'est tip top !

    Ce billet en est l’excellent exemple Nico.

    MERCI beaucoup :o)

    Bon dimanche !

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  2. C'est vrai, pourquoi se prendre la tête quand on a pas grand chose à dire sinon un état d'âme

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  3. Votre mail a dû en effet provoquer ces quelques lignes, bien que ce n'ait pas été conscient chez moi.

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    1. Toujours est-il que c'est en le relisant, ce matin, que je me suis rappelé d'une conversation que nous avions eue au sujet "des billets de rien" (l'expression est de vous).

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  4. Il y aurait donc une vie en dehors des blogs ?

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  5. Je vais m'acheter des charentaises, l'inspiration doit venir de là, pour le talent j'ai du boulot.
    Merci pour ce beau clin d’œil.

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