03 décembre 2014

L'identité du Grand Paris

« Pour toi, c’est quoi le Grand Paris ? » Telle est la question que j’ai posée à quelques potes, hier soir, suite à la publication de mon billet (repris par le blog de l’AGP) à ce sujet alors que la question de l’identité de ce machin me titillait. « Ce n’est pas le machin avec le nouveau métro qui va faire le tour ? » m’ont-ils répondu quasiment unanimement. Pas un seul n’a pensé, par exemple, à la future Métropole du Grand Paris dont la création a été décidée au début de l’année.

Le Grand Paris a bien un problème d’identité : les gens ne savent pas ce dont il s’agit. Je vais faire une piqure de rappel même si ça ne sert à rien : mes billets à ce sujet sont les moins lus et les moins commentés. Tout le monde s’en fout.

Légalement, il y a deux choses, qui ne sont pas liées :
-          La Société du Grand Paris,
-          La Métropole du Grand Paris.

C'est aussi un très vieux projet, le nom de la loi qui a créé cette société (et le machin pour "Paris-Saclay"),... et c'est utilisé dans plusieurs acronymes et noms de machins, comme l'Association du Grand Paris.

La métropole du Grand Paris

Elle a été créée par la loi du 27 janvier 2014. C’est une structure qui regroupera toutes les communes de la petite couronne (les quatre départements) voire plus si affinité en remplacement les intercommunalités actuelles qui devraient être remplacées par des « territoires ».

La Métropole sera gérée par un Conseil de métropole composé d’un nombre de conseillers en fonction du nombre d’habitant de chaque commune (qui seront, à terme, élus au suffrage universel).  Le Conseil de métropole élira un président et des vice-présidents.

La loi définit les compétences de la Métropole qui pourra en déléguer une partie aux territoires (eux-mêmes gérés par un Conseil de territoire composé des délégués des communes). On peut supposer que seront délégués les sujets qui sont actuellement de leur périmètre, tels que la gestion des déchets, de la voirie, de l’eau et de l’assainissement et probablement d’autres trucs, tels que l’éclairage public, le haut débit,… Mais les territoires n’ont pas de « personnalité juridique » ce qui est contesté (même par mois alors que je suis à peu près autant concerné par ce sujet que par l’approvisionnement en jus de pamplemousse de la Comète).

Les compétences de la métropole du Grand Paris sont multiples, z’avez qu’à lire Wikipedia. Le lien est là-haut. Notons quand même en particulier l’habitat, le logement social et l’aménagement des zones d’activités.

La Société du Grand Paris (SGP)

Elle a été créée par la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris. Elle a pour but de concevoir et réaliser le nouveau métro autour de Paris, dont on a tant parlé, le Grand Paris Express (ex Réseau de transport public du Grand Paris).

Les dirigeants sont nommés par l’Etat et le Conseil de surveillance est composé en majorité de représentants de l’Etat. A l’issue de la construction, SGP remettra les infrastructures (le Grand Paris Express) au STIF (Syndicat des Transports d’Ile-de-France), géré par les collectivités territoriales (la région et les 8 départements), qui « organise, coordonne et finance les transports publics de voyageurs d’Île-de-France, qui sont assurés par la RATP, la SNCF Île-de-France et les compagnies de bus privées regroupées dans l’association OPTILE. » En toute logique, le STIF devrait les remettre à son exploitant, probablement la RATP mais on en sait rien surtout de nos jours où la mise en concurrence et « l’ouverture » sont de rigueur.

Que faire ?

Ainsi, le Grand Paris aurait un problème d’identité. Mon « sondage » au bistro montre que les Grands Parisiens ne savent pas ce que c’est et l’assimilent à un grand métro. Si l’on faisait le même sondage en province, il est probable que la réponse unanime serait : « heu… »

Nous allons donc poser deux questions subsidiaires. Petit 1 : qu’est-ce qu’une identité ? Petit 2 : le Grand Paris en tant que zone urbaine de l’Île-de-France a-t-elle besoin d’une identité ? Je ne sais pas. A quelques années d’écart, le législateur a décidé qu’il y avait besoin d’une structure juridique pour construire un ambitieux grand métro et d’une autre pour gérer quelques trucs du ressort de la zone urbaine. Il les appelé Société du Grand Paris et métropole du Grand Paris. Le législateur boit. Je ne vois pas d’autre solution.

Si j’étais le directeur de la communication de la Métropole, en charge de faire connaitre mon truc, je proposerais au président de la Métropole de faire prendre une nouvelle cuite au législateur pour qu’il change le nom de ma boutique et de SGP.




9 commentaires:

  1. Paname
    Y a des noms d'rues que l'on oublie
    C'est dans ces rues qu'après minuit
    Tu m'faisais voir ton p'tit Paris…

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  2. Paname, c'est à l'intérieur du périph', le reste, c'est de la masturbation de politocards. Amusant de les voir tous courir derrière le modèle anglo-saxon de la métropole déshumanisante, alors que dans le même temps ils passent leur temps à dire pis que pendre de ce modèle. Marrant de les voir adopter, avec 10 à 20 ans de retard, toutes les conneries américaines ou anglaises, surtout qu'on a le recul pour voir à quel point ça ne se pose guère en termes de réussite.

    Quoi que tout bien pensé, ce genre de fascination pourrait avoir un intérêt. Avec un peu de chance, nous pourrons peut-être avoir notre Guantanamo hexagonal implanté dans je ne sais quel coin pourri de nos territoires d'outre-mer pour y entreposer nos djihadistes de retour. Pour ma part, je verrais bien les îles Kerguelen. Quitte à copier une connerie, autant qu'elle soit utile.

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    1. « Pour ma part, je verrais bien les îles Kerguelen. »

      Ou vous voudrez, MAIS PAS à Saint-Pierre-et-Miquelon, je vous prie !

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    2. Si. Ça vous apprendra à faire des commentaires orduriers dans mon blog.

      Koltchak, à moins d'envoyer les gens à la campagne, je ne vois pas trop ce que l'on peut faire. Les politiciens actuels ne font que gérer le résultat de centaines d'années d'erreurs. On se retrouve avec une dizaine de grosses métropoles, toutes axées vers la plus grosse, laissant un tas de zones presque désertiques.

      Par ailleurs, les politiciens ne sont pas les seuls coupables. Les architectes et autres urbanistes ont joué leurs rôles...

      Enfin, les fautifs sont nos dirigeants des années 50 et 60 qui ont opté pour le "tout voiture" et nous obligeant maintenant à mon une structure pour faire des lignes de métro qui devraient exister depuis belle lurette.

      Et les suivants ont continuer les âneries en doublant d'affreuses zones industrielles et en les complétant par d'immenses zones commerciales qui ont abouti à la perte des centres villes renforçant l'attrait des métropoles.

      Ça me rappelle la fois où j'avais passez une nuit de vacances par erreur à Châteauroux (je m'étais trompé de ville). Je me suis alors juré de ne jamais vivre dans une agglomération entre 10000 et 200000 habitants. Ce qui renforce les métropoles.

      Alors maintenant qu'elles sont là, il faut faire avec. Alors les politiciens ont créé une structure pour gérer les nouveaux métros et une autre pour gérer l'aménagement de la métropole et les logements.

      Quant à la comparaison avec les pays anglo-saxons, je ne sais pas. On ne refait pas Londres à Paris avec une commune de 8 millions d'habitants (de mémoire). On maintient les communes dans leurs tailles actuelles au sein de ces métropoles.

      Et si de Gaulle avait pas cassé le département de la Seine pour donner moins de pouvoirs à son préfet, on en serait pas là, à devoir recréer une structure pour gérer ce bordel.

      Enfin (ça fait au moins mon troisième enfin), mon commentaire est réactionnaire (en plus je critique de Gaulle) mais pas que. Il est éminemment progressiste. Outre le fait que ces erreurs créent des problèmes environnementaux (aussi à cause des cretins qui veulent un pavillon En banlieue) mais aussi parce qu'en créant des zones dans la ville, la mixité sociale et ethnique Si vous voulez ne fonctionne pas.

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    3. Le Grand Paris est une bonne idée, malheureusement ceux qui la mettent en place sont des tanches. La "société du Grand Paris" est encore une de ces structures administrative publiques administrative, usine à gaz couteuse et à l’efficacité douteuse, dont l'Etat Français est friand.

      C'est dommage, parce qu'il y a de belles choses à faire, de beaux et grands projets technologique, infrastructurels (je ne sais pas si ça se dit) à mené.

      Sur Châteauroux, je vous rejoins totalement...

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    4. C'est une sorte de SPV: un special purpose vehicle. Une structure conçue pour assumer une mission spécifique.

      En matière de gouvernance c'est ce qu'on peut faire de mieux, compte tenu de la complexité administrative des administrations centrales, décentralisées ou décentrées, dont les modes d'organisation sont devenus trop rigides et lourds pour porter ce genre de projets complexes, de long terme et multi-parties.

      Il s'agit d'isoler un ensemble de compétences pour l'affecter à un objectif précis, en simplifiant la structure au maximum.

      Mais, effectivement ça rajoute une strate dans le bazar et ça montre surtout que les entités publiques existantes (Etats, régions, départements, communes, intercommunalité et agences diverses) ne peuvent plus assumer le pilotage de grands projets.

      Le plan Freycinet, par exemple, avait été, en son temps, piloté directement par l'Etat. Ce genre de chose paraît difficile aujourd'hui.

      Comme il faut bien s'adapter à un contexte de complexité, ben on fait un SPV. On va pas en faire un drame.

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  3. Mais le Grand Paris nous l'avons déjà. Le Paris intra-muros, immuable, pour les gens avec un peu, beaucoup, de sous. Manhattan sur Seine. Et la banlieue triste et infinie, qui peut bien aller jusqu'au Havre si l'on veut, pour tous les autres. Et sans feux de cheminée SVP.
    Que pouvons-nous faire de plus ? Ou de moins ?

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  4. Paris a une histoire: dernière capitale du continent conçue pour soutenir un siège, elle était protégée par une enceinte et un dispositif de citadelles. Dans son histoire récente, elle a été assiégée 2 fois: en 1870 par les Prussiens et en 1871 par les Versaillais.

    Elle a failli être assiégée en 1914 (première bataille de la Marne) et même en 1918 (deuxième bataille de la Marne) et a été bombardée (Grosse Bertha).

    Elle a été prise 2 fois: en 1871 par les Versaillais et en 1944 par la division Leclerc et a été contrainte de se déclarer ville ouverte en 1940, puis bombardée en 1944.

    Paris est une ville de guerre, plus que Londres ou même Berlin. Elle est conçue selon les principes de la poliorcétique (l'art du siège) et, avec Hausmann, du combat anti émeute de rue: des casernes sont placées aux points stratégiques et les axes urbains sont conçus pour le tir en enfilade, la circulation de l'artillerie et le déploiement des troupes.

    Le dispositif de siège a été démantelé très récemment: entre-deux guerres. Sur la friche urbaine qui en a résulté (la "zone") on a bâti des logement sociaux, puis, après s'être interrogé sur la possibilité d'une ceinture verte, on a construit le périph', qu'on enterre partiellement aujourd'hui.

    C'était aussi une ville industrielle: on trouvait toutes les industries à Paris IM, sauf les industries lourdes. On y trouvait en particulier une forte industrie automobile. Paris, c'était Detroit.

    C'était enfin un centre logistique complet avec un réseau ferré dense, dont il reste encore quelques traces dans Paris même.

    Ca, c'est l'histoire. Ce n'est pas dû à des erreurs d'architectes ou des masturbations de politicards, même si à l'évidence nous avons été bien servi de ce côté là. Il me semble plus positif de poser les choses ainsi que de sans cesse tout ramener à ce que la politique, la vie de la cité, a de plus vil.

    Cette histoire continue désormais hors les murs de cette vieille cité, dont on disait déjà au Moyen Âge: "Paris, ville sans pair". C'est l'ouverture d'un nouvel épisode, très exaltant, et, disons-le, très profitable: le BTP est une locomotive de l'économie.

    Enfin, qu'on en soit conscient ou non, Paris est une mégalopole, avec des problèmes et des défis de mégalopole. C'est tout l'objet de ce grand projet que d'y répondre, dans un esprit de conquête, parce que dans ce domaine, Paris joue en première division.

    On n'est pas en train de parler d'une ville musée décadente qui tombe doucement en ruine dans une ambiance mafieuse, comme Naples, mais d'une des premières mégalopoles du monde et une des plus efficaces dans son genre.

    Mettons un peu d'entrain dans nos discours, ça nous changera.

    PS: Châteauroux by night doit donner des envies de suicide. C'est une ville où on aurait pu tourner un remake français d'Un Jour Sans Fin, manque juste la marmotte, mais je suppose qu'il doit y avoir des ragondins.

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