11 mars 2015

Etrange loi Léotard

Gauche de Combat relaie une pétition. Je n’ai pas lu le texte mais le titre serait explicite s’il était en français : « Arrêter le financement et la diffusion de la messe sur France 2 et de toute autre religion » et je signerais volontiers si je n’avais pas de plus en horreur des pétitions par internet qui frisent le sommet du ridicule dans le militantisme internautique. Je ne vois pas pourquoi, effectivement, mes impôts serviraient à payer la réalisation et la diffusion d’émission religieuses, tout en m’en foutant à peu près autant que du premier slip (Léotard) que j’ai du foutre à la poubelle à l’âge adulte parce ce que je n’arrivais plus à rentrer dedans à cause de son rétrécissement (je ne vois pas d’autres raisons possibles).

Il n’empêche qu’à la lecture du billet de Gauche de Combat, je vois que l’obligation donnée à France Télévision de le faire est dans la loi (article 56 de la loi 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication dite « Loi Léotard »). « France Télévisions programme le dimanche matin des émissions à caractère religieux consacrées aux principaux cultes pratiqués en France. Ces émissions sont réalisées sous la responsabilité des représentants de ces cultes et se présentent sous la forme de retransmissions de cérémonies cultuelles ou de commentaires religieux. Les frais de réalisation sont pris en charge par la société dans la limite d'un plafond fixé par les dispositions annuelles du cahier des charges. »

Je croyais que c’était une tradition ou une règle fixée dans un cahier des charges quelconque d’un machin comme le CSA mais c’est bien dans la loi. Du coup, j’ai tout lu.

La loi fixe des obligations à France Télévision, dont celle-ci, mais aussi celle de diffuser les communiqués du gouvernement, d’accorder un temps de parole aux groupes définies dans une des deux Assemblées,… Ainsi, si je suis surpris que la loi donne des obligations en matière de diffusion à France Télévision aussi précise (elle dit : le dimanche matin »), je suis surtout surpris que la seule vraie obligation concerne la religion.

On se demande si le législateur n’était pas saoul quand il a fait cela, ce qui expliquerait le surnom de la loi. D’une manière générale, je suis surpris par la précision de cette loi qui précise un tas d’âneries et je vous invite à la lire. C’est un coup à devenir libéral en moins de temps qu’il ne me faut pour vider une bière. La loi devrait fixer le statut de France Télévision (une SA avec comme unique actionnaire et décideur l’Etat, représenté par le CSA) et les missions générales.

On en  arrive à des délires impressionnants : « les engagements permettant d'assurer la diffusion de programmes de télévision qui, par des dispositifs adaptés, sont accessibles aux personnes aveugles ou malvoyantes ». Je n’ai pas lu les obligations de Radio France mais je suppose que les émissions doivent pouvoir être entendues par des sourds ! Le législateur est bien gentil de s’occuper des personnes en difficulté, d’un autre côté, je ne veux pas les stigmatiser.


On devrait toujours lire la loi que nous sommes d’ailleurs censés ne pas ignorer… Mais quand elle ressemble aux statuts de l’ORTF, il y a un malaise.

Toujours est-il que je vous invite à réfléchir à cette pétition. Au boulot.

39 commentaires:

  1. Le mieux disant culturel ne donne pas forcément le mieux disant cultuel, en somme ;-)

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  2. bof. Les gens qui croient on bien le droit d'avoir une demie heure à eux sur la tv. Le reste du temps il n'y a rien sur le spirituel à part sous l'angle 'le terrorisme" ou "le fanatisme"

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    1. Je ne dis pas le contraire. Mais pourquoi y a t il uniquement ça. Pourquoi la loi ne prévoit rien pour les homosexuels, les joueurs de pétanque et les alcooliques ? Pourquoi autoriser France 2 à n'être qu'un concurrent de TF1 sauf le dimanche matin ? Pourquoi France 3 qui est obligée de diffuser l'Eurovision ne l'est pas par la loi même si c'est un programme de merde ? Pourquoi la loi n'impose au service public de diffuser le tour de France alors qu'elle le fait ? Et si une chaîne musulmanes se montent (je ne les avais pas stigmatisé depuis hier), pourquoi la loi obligerait le service public à leur faire concurrence les obligeant de porter plainte au niveau des instances européennes ?

      C'est bien le libéral de gauche qui est interloqué par la loi, par l'athee, le militant de la laïcité.

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  3. Votre premier argument ne tient pas une seconde. Vous ne voyez pas pourquoi vous devriez financer des émissions religieuses alors que vous en foutez ? Très bien. Dans ce cas, moi, je refuse de financer les allocations familiales, n'ayant pas d'enfants, et de donner un sou aux de mes impôts aux associations antiracistes puisque chacun sait que je suis un ignoble raciste. Ad lib.

    Pour le reste, ça me coûte de le dire mais je suis d'accord avec M. Blachier.

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    1. Didier, votre commentaire était resté dans les tuyaux, désolé. Vous pouvez néanmoins souligner que j'insiste sur le côté paradoxal de ma position. Pour les allocations familiales on est d'accord, j'en ai fait plusieurs billets, notamment pour me foutre de la gueule de la gauche qui défend la famille (mais c'est anecdotique).

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    2. Plutôt que les alloc, vous auriez pu prendre l'exemple de vos impôts sur le revenu, qui servent à financer l'école publique, alors que vous n'avez pas d'enfants.

      Et comprendre, alors, à quoi cela vous mène : des écoles uniquement financées par des parents d'élèves, des soins médicaux uniquement financés par les malades, etc., et, d'une façon générale, à une société exclusivement financée par les seuls usagers.

      Et c'est peut-être pour cela qu'inconsciemment, vous vous êtes arrêté aux allocs, sans pousser jusqu'à l'école publique, la sécu, etc. ?

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    3. Non, Elie. C'est bien parce que mes impôts servent à payer l'école et un tas de truc et le fait que le nombre d'enfants fait baisser les impôts que je suis contre le cumul des avantages.

      Mais nous sommes hors sujet.

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    4. Je répondais à l'argument de Didier Goux .

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    5. Si vous commencez à prendre l'ironie pour un argument, on n'est pas sorti du bois, comme disent les Québécois.

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  4. Arf ! C'est très moderne ça comme combat ! Et tellement courageux ! La gauche renonce à peu près à tout de ce qui faisait d'elle la gauche, et ce gugusse n'a rien de plus urgent que de proposer la suppression de quelques minutes d'antenne à ceux qui préfèrent les lois divines à celles du marché ?
    Mais quel con ! quel con !

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    1. Mais c'est toi qui est très con. Comment dire ? La gauche ne lutte plus contre la religion et perd une partie de son âme. La laïcité doit être une valeur, un combat de gauche,... Un type de droite ne peut pas comprendre.

      Le problème de l'imbécile et des clowns qui lancent la pétition est qu'ils ne combattent que les cathos.

      Je vais en faire un billet tiens !

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  5. la messe était diffusée à la télé avant la loi Léotard

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  6. Au tout début des années 50 la télé française se hasarda à diffuser une première émission en direct: la retransmission de la messe depuis ND de Paris.
    La messe à la télé ça plonge donc dans les racines de la chose...
    Quand à la loi Léotard, mieux vaut ne pas y toucher, c'est certainement pas le moment.

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  7. Les gars, on sait que la messe à la télé est très ancienne. Pas France TV.

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  8. Je suis assez d'accord avec toi.
    Mais j'ai autour de moi des personnes âgées, malades pour qui la messe télévisée est importante et qui n'ont pas forcément les moyens de s'offrir les chaînes dédiées.
    Kto par exemple. Voilà pourquoi je modère ...

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    1. Sauf que maintenant, ils pourraient faire des chaînes en TNT. Mon billet porte bien sur la loi qui contient n'importe quoi. Qu'est-ce qu'un musulman ou un juif en a à foutre d'émissions religieuses le dimanche, par exemple ?

      A la limite la loi devrait porter sur la diffusion gratuite par un opérateur accessible à tous.

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    2. En fait, l'obligation devrait porter sur TDF et le CSA et pas sur France Télévision. Le législateur n'a pas su faire une loi d'avenir.

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    3. De toutes façons, tout cela me semble un peu dépassé, techniquement : il y a déjà Al-Djazirah; rien n'empêche la radio juive et radio-Vatican de se transformer en télés; et chacun de s'abonner à la télé de son choix.

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  9. La messe dominicale à la télé a été autorisée par le législateur pour retirer l'excuse des pochetrons cléricaux de se rendre à celle que le curé faisait dans une église de plus en plus désaffectée.
    Le pochetron clérical passait son temps au bistro d'en face avec ses amis, pochetrons cléricaux comme lui, en train de boire un, deux voire beaucoup plus de guignolet kirsch, de martini gin, de byrrh ou/et de cynzano

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    1. J'aimerais bien savoir ce qu'un prêtre irait foutre dans une église désaffectée…

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    2. Il voulait dire de moins en moins fréquentée je suppose. Effectivement il n'a pas employé le bon mot mais j'aurais pu faire l'erreur aussi.

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    3. Excusez maître Goux, j'aurais du dire de moins en moins fréquentée

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    4. Nicolas : j'avais compris !

      Maître Jacques : excuses acceptées, mais n'y revenez pas.

      D'autre part, les églises "de moins en moins" fréquentées, ce n'est plus vrai. Je veux dire que, s'il y a une une très grosse et régulière baisse de fréquentation depuis en gros les années soixante-dix, cette baisse a cessé. Ce qui donne cette impression de "désaffection", ce sont les églises de village qui ne sont plus constituées en paroisses autonomes mais appartiennent à une paroisse plus importante (exemple : Le Plessis-Hébert appartient à la paroisse de Pacy-sur-Eure). Si bien que le curé ne vient y dire la messe que de temps en temps, par roulement, et généralement un soir de semaine (souvent le samedi).

      Voilà, voilà.

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    5. Permettez moi de douter quant à votre explication sur l'impression de désaffection, la Bretagne, terre dite catholique, ne suis pas cette tendance même en regroupant plusieurs paroisses et en étalant les offices sur la fin de semaine

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    6. Doutez, doutez, si ça vous fait plaisir : cela ne changera rien aux chiffres de fréquentations des églises qui sont assez faciles à trouver.

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    7. une étude a été faite dans le canton ou je réside, l'église est passée d'un coefficient d'utilisation personne / m² de 0,7 en 1995 à 0,25 en 2010. Pour la mosquée c'est l'inverse de 0,01 en 1995 à 1,25 en 2010

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  10. La diffusion d'émissions religieuses par le service public relève d'une conception ouverte de la laïcité. Pour celles et ceux qui veulent approfondir, ce petit doc m'a l'air bien:

    http://droitcultures.revues.org/836

    L'idée, en gros c'est qu'on assure la laïcité par le pluralisme, donc l'Etat doit permettre et organiser la manifestation de la diversité religieuse.

    La gauche "laïcarde" préfèrerait sans doute une conception de la laïcité dite de "neutralité-abstention" (ignorer et même occulter le fait religieux).

    L'application concrète du concept de laïcité ouverte pose néanmoins quelques problèmes d'égalité entre les courants de pensée et d'égalité des cultes devant l'accès au temps d'antenne.

    On reproche à ce système une sur-représentation du catholicisme, ce qui conforte l'idée que la laïcité à la française est en pratique une "catho-laïcité" qui fait la part belle à l'opérateur historique au détriment d'autres religions.

    Le sujet est un peu un serpent de mer, non?


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    1. Oui mais ce n’est pas la question : pourquoi faire porter cette obligation par France Télévision dans le cadre de la loi ? C’est au CSA que devrait revenir le fait de garantir la pluralité et tout ça, quitte à ce que le CSA fixe des missions à FTV si d’autres sociétés ne remplissent pas la mission. Nous ne sommes plus dans les années 70 où la télé était forcément publique mais en 1986 alors que les radios libres se généralisaient et que les chaînes de télévision se multipliaient. 17 ans après, cette loi est obsolète, les religions ont plus de moyens que le service public pour proposer des chaînes et les diffuser par internet.

      Tiens ! Encore une connerie de la droite (poursuivie par une connerie de la gauche, en 1991, quand ils ont mis TDF dans le giron de France Télécom, accélérant ainsi sa sortie du domaine public alors qu’ils remplissent une mission de service public pour des opérateurs privés).

      Le seul argument qui tienne encore un peu la route est celui de Solveig qui pense aux personnes qui ne peuvent pas assister aux messes et autres cérémonies.

      S’en suivent d’autres questions : pourquoi imposer le dimanche dans la loi ? Pourquoi faire une exception pour la religion et pas pour d’autres domaines ? Par exemple, pourquoi le service public de l’audiovisuel n’est-il obligé d’assurer d’autres missions de services public, comme la pluralité dans le sport ou toute autre activité (dont le bistro, d’ailleurs, les comptoirs étant plus fréquenté que les églises) ?

      On est bien loin de revendication d’une gauche « laïcarde » que tu pointes du doigt, ce qui est à la mode, de nos jours, parce qu’une gauche musulmaniste préfère taper sur les laïcs que sur les religions… et si j’ai fait ce billet c’est parce que l’articulation de la loi me dérange (la mission n’a pas à revenir à une Société Anonyme mais à l’Etat, donc au CSA).

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    2. Oui, effectivement, le contexte médiatique a complètement changé. Après tout, on pourrait tout à fait considérer que les religions elle-mêmes sont les mieux placées pour assurer le pluralisme religieux et qu'il leur revient de produire leur contenu, à charge pour le CSA et - pourquoi pas TDF? - de garantir leur diffusion.

      Chacun y trouverait son compte.

      Mais les Français semblent attachés à la conception ouverte de la laïcité, donc on ne le fait pas.

      Il y a aussi un autre problème: concrètement, cela impliquerait l'arrêt de la diffusion de la messe par les chaines de TV et radio publiques, ce qui pourrait être aussi mal perçu dans l'opinion que l'interdiction des crèches dans les bâtiments publics.

      Paradoxalement, les Français sont aussi attachés à la catho-laïcité.

      Donc c'est un peu bancale.

      Je pointais du doigt la gauche laïcarde car il me semble qu'on est bien en face d'une revendication qui s'exprime par une pétition diffusée par cette gauche (GdC en l'espèce).

      Mais j'ai bien vu que tu te situais sur un autre terrain (le libéralisme de gauche).

      Sinon, juste une précision: il ne faut pas confondre les débats internes à la gauche, qui voient effectivement s'opposer deux familles, une gauche musulmaniste, si tu veux, et mettons, une gauche plus anti-religieuse par principe, et puis une opposition plus ancienne et plus large au sein de la société française entre une conception ouverte de la laïcité et une conception "neutralité abstention".

      Cette dernière opposition-là ne correspond d'ailleurs même pas au prisme gauche/droite. Ca se distribue autrement.

      Dans l'article de Serge Kaganski, que tu avais mis en lien dans un précédent post, on voyait bien que l'opposition interne à la gauche lui était spécifique et l'enjeu était complètement différent: il portait sur la question de savoir si la gauche peut ou non intégrer dans sa vision du monde le fait religieux et si oui, comment?

      Perso, je ne suis pas là-dedans.

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    3. Ton commentaire est encore trop long.

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  11. Téléjésus existe depuis 1949.
    Un jour un Léotard a dit : "Chez les Léotard, on est 2. Un ivrogne et un con, faîtes le choix"

    D'autre part, si le Service Public de Télévision ne diffusait que des choses qui intéresse la totalité de la population, on n'aurait surement jamais dépassé le stade de la mire. (qui était d'ailleurs en son temps l'émission la plus regardée).
    Alors, qu'il y ait un temps d'émission réservé aux différentes religions (reconnues comme non sectes), pourquoi pas. Chacun y reconnaîtra sa vision, y compris ceux qui regarderont autre chose ou même rien du tout.

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    1. Vous colportez des ragots stupides et malveillants sans évidemment prendre la peine de vérifier s'il sont autre chose que cela. Philippe Léotard n'aurait jamais pu dire une chose aussi bête (même si, à vous, elle semble spirituelle), pour la simple raison que les deux frères ont été toute leur vie très proches l'un de l'autre et pleins d'estime mutuelle malgré leurs différences de surface.

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    2. Philippe Léotard qui fut un excellent acteur avait également dit cela sur le mode de la plaisanterie.

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    3. Philippe a bien dit ceci et de façon humoristique. Et si j'aimais bien l'acteur j'appréciais beaucoup moins le membre d'Occident.

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    4. Eh bien, il aurait fallu le signaler. Quant au "membre d'Occident" (vieille tarte à la crème inusable), libre à vous de préférer les anciens troskystes ou maolâtres du parti socialiste : il en faut pour tous les goûts.

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    5. Je vous laisse papoter. Didier, désolé, votre com était resté bloqué dans les tuyaux (avec l'iPhone, la gestion de la modération des commentaires est une catastrophe).

      Quand aux membres d'Occident, il convient d'en rigoler, la plupart a fini à l'UDF et pas au RPR.... Les types issus du RPR ont donc les couilles plus propres que ceux issus de l'UDF quand il s'agit de lutter contre l'extrême droite.

      Les digues vont tomber et tout ça... Le centre droit, en France, ferait mieux de faire une psychanalyse.

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