25 avril 2015

Du billet de rien à Twitter

Dans mon blog bistro, hier, je parlais de l'ambiance dans les gares. Je disais que j'aimais bien, de même que les « billets de rien », dans les blogs. C'est, typiquement, un « billet de rien ». Je ne raconte rien et j'essaie d'emmener le lecteur avec moi, dans mes rêveries, dans mes promenade tout en sachant fort bien que j'ai aucun talent littéraire mais, peut-être, un certain don pour ça.

L'expression « billet de rien » n'est pas de moi. Je crois que l'on est assez peu de blogueur à pouvoir pondre des « billets de rien » (tant pis pour mes chevilles), à faire un A4 sur la visite d'un commercial qui veut vendre un produit magique pour nettoyer les toitures ou à dire, en vingt lignes : « on a promené le chien puis tondu la pelouse ». De fait, j'ai plus de commentaires dans mon blog bistro quand je dis que j'ai sorti les géraniums parce qu'on n'aurait plus de gelée que dans le blog politique quand je fais une analyse de la réforme territoriale, alors que j'y ai six ou sept fois plus de lecteurs.

Il ne faut pas confondre « billets de rien » avec « billets personnels ». Le billet personnel est là pour raconter sa vie aux lecteurs parce qu'on a envie de le faire ou l'impression que ça les intéresse. Je connais des blogueurs (et surtout des blogueuses) qui font des billets personnels parce qu'ils sont rémunérés.

Le « billet de rien » est là pour raconter quelque chose dont on sait pertinemment que le lecteur s'en fout. On ne le fait donc pas pour raconter quelque chose... Ce n'est pas, non plus, un billet d'humeur. C'est un billet pour ne rien dire.

Je vais me lancer : « ce matin, ma mère était chez le coiffeur, je me suis donc occupé de la cuisine. Elle est rentrée plus tôt que prévu et m'a tendu les clés de la voiture en me disant que je pouvais aller prendre un café au PMU comme tous les samedis que je passe en Bretagne – le café est un peu houblonné, hein ! Je me suis rendu compte que, m'étant mis en tête que je ne pourrais pas aller au bistro, je n'ai aucune envie d'y aller. C'est étrange, j'adore l'ambiance au PMU et je l'adore parce que je la déteste, elle montre ce que j'ai horreur dans cette société : des abrutis qui se déplacent pour jouer de l'argent, plus par habitude que par espoir de gain. Alors, ils s'assoient à une table et étudient le Paris Turf en se donnant l'impression de bosser et font la gueule quand on les dérange. »

Hop ! Voilà un billet de rien. Le billet de rien s'improvise, généralement.

Le billet de rien est l'esprit initial des réseaux sociaux, le fameux « what are you doing » de Twitter, qui fait que ce machin était si appréciable à l'origine, parce que les gens lançaient des mots en l'air.

12 commentaires:

  1. C'est comme dans la vie de tous les jours (en existe-t-il une autre?), l'importance qu'on lui donne n'est pas toujours celle qu'elle prend...

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    1. La question n'est pas là. L'exemple que je cite, ma visite au PMU, n'a aucune importance, ni pour moi, ni pour les lecteurs et tout le monde le sait. L'important sont les mots utilisés pour arrivée dans une "vraie vie parallèle".

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    2. Bin si, justement... de mots de rien en mots de rien, on arrive à faire des phrases impérissables. Ou inoubliables... chacun fait comme il veut. On les garde pour soi ou on les partage.

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  2. Je vais essayer de faire un billet de rien pour voir s'y j'y arrive...

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    1. Tu y es presque mais ton blog, quand les billets ne sont pas politiques, est plus "un journal" qui ne peut intéresser que ceux qui te connaissent, ne serait-ce que par les blogs. Par exemple, je suis ton périple à travers Paris avec ta petite-fille parce que je t'imagine très bien dans le rôle, en tant que copain.

      Tu est plus dans le "de rien" quand tu parles d'un machin que tu as découvert dans une brocante ou des trucs comme ça. Mais, le problème est que tu en parles souvent en fin de billet politique, donc le billet n'est plus "de rien".

      Par ailleurs, je crois qu'on ne peut pas décider de faire un billet "de rien". Si j'avais développé l'exemple que je cite, le PMU, j'en aurais développé le coté bistro, sa sociologie mais pas l'acte "de rien" : ma mère qui me tend les clés pour aller au bistro et moi qui refuse... Tiens, je vais essayer d'en faire un à un autre sujet.

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  3. Dans le théâtre de Tchekhov, bien souvent, les personnages ne disent rien ... que des mots de rien. De mots de rien en mots pour rien, en mots pour soi ou pour l'autre qui n'écoute pas, leur parole pourtant sans qu'on y prenne garde, nous entraine dans l'intense des préoccupations humaines, comme aspirés par un tourbillon sous l'eau calme.
    Tes billets sont souvent écrits comme ça.
    bZ

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  4. Je pose donc ici mon commentaire. De rien !

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  5. Voilà un billet de rien.. Premier essai... http://renepaulhenry.blogspot.fr/2015/04/landschaft-mit-dem-pflugenden-bauer.html

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    1. Ce n'est pas un billet "de rien" mais un vrai reportage. Je me permets de critiquer ici plus que chez toi, cela serait mal poli.

      Ton reportage est gâché par une introduction que tu as voulu faire en mode "de rien".
      La fin est bien "de rien".
      (Tu as une faute à "qu'y" vers le début, pendant que j'y pense).

      Tu aurais pu faire un billet de rien avec la fin et le début plus court : sur le thème j'ai acheté un truc et je ne sais pas quoi en foutre en en tirant 20 lignes. Mais tu as voulu faire un reportage. Alors tu as fait reportage.
      Alors, à la réflexion, le billet que je cite en exemple, à propos des gares n'est pas un bon billet "de rien".

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    2. Tiens ! J'y pense. Mon billet ce soir avec la recette du filet de bœuf est plus un billet de rien puisque, évidemment, personne n'appliquera jamais ma recette. Si avais employé un ton plus personnel, il aurait été un vrai billet de rien.

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    3. En fait, sauf le passage sur les prix, la fin, à partir de "Une petite gravure attire mon attention" aurait fait un bon billet "de rien".

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