07 novembre 2015

Ecouter les médecins libéraux ?

En un peu moins de 12 heures après l'annonce, dans Facebook et sur mon blog, de la venue du président du Syndicat des Médecins Libéraux à une soirée de blogueurs, ce sont deux copains qui me font le reproche de l'avoir invité pour écouter leur propagande. Comme si la sécu allait bien et que la loi Touraine aller tout sauver. Alors, je vais leur répondre.

Tout d'abord, ce sont les blogueurs que j'invite à ces soirées. Les personnalités, comme les dernières, Céline Pina, Dominique Strauss-Kahn et Claude Bartolone, viennent à la Comète parce que leurs équipes les ont persuadées que c'était utile et m'ont sollicité. Non mais sans blague. Tiens ! Je vais lancer une invitation publique, pour la première fois : c'est avec plaisir que nous recevons tout le monde (sauf le Front National car nous sommes sectaires), mais après DSK et Barto, côté politique, le tout venant risque de ne pas attirer les foules. Il nous faut des têtes de liste, des chefs de partis...

Ronald nous rappelait récemment qu'avec l'ami Rosselin, nous avions reçu une affreuse libérale. C'est en me fritant avec une d'entre elles, qui tenait un blog « privatiser la sécu » que ma réputation de grossier personnage avait démarré. Il faut dire que mon billet avait pour titre « Connasse blogosphérique » ce qui n'était guère aimable.

C'était ma première raison : je reçois tout le monde et j'aime bien m'engueuler avec les libéraux qui n'ont rien entre les oreilles.

La deuxième est que je me fous de la propagande : je suis assez grand pour faire la part des choses entre les arguments et, au fond, je m'en fous réellement, n'ayant pas vraiment de pouvoir pour faire bouger le pays. Ce qui m'intéresse est d'écouter et comprendre et d'en tirer des billets de blog, si possible rigolos quand je suis en forme, contrairement à certains blogueurs de ma connaissance qui s'imaginent avoir un pouvoir quelconque. Je suis capable d'écouter, je n'ai pas un avis prémaché sur à peu près tout et une capacité d'indignation extraordinaire.

La troisième est que le confusionnisme m'exaspère. Notre sécurité sociale consistant à prendre du pognon sur le travail (cotisations salariales et patronales) et sur les revenus et à les refiler dans les poches de machins privés, comme des médecins, des pharmacies et des laboratoires, elle n'a absolument rien de gauche. Dans la mesure où les prélèvements sont obligatoires, elle n'a absolument rien de libérale. Disons qu'elle est étatique et capitalistique, sans être gérée par l'Etat mais par des partenaires dits sociaux. Notons que je n'ai rien contre.

En d'autres termes, si un toubib libéral peut ne pas être content d'être obligé d'accepter le tiers payant, je peux ne pas être content de filer du pognon à un privé par l'intermédiaire de mes impôts et cotisations... Pas de confusionnisme, donc.

La quatrième est que je n'ai qu'une confiance minimum dans les professionnels de santé pour des raisons personnelles. Je me rappelle une fois où j'avais une plaie sur l'avant bras qui ne guérissait pas. Vaguement inquiet, je vais à la pharmacie demander des conseils. La pharmacienne refuse de me conseiller et m'envoie voir le généraliste qui me prescrit un antiseptique et de l'éosine après m'avoir indiqué que c'était du psoriasis et vu qu'en j'en avais aux coudes et au cuir chevelu et qu'on le soignerait quand ma plaie serait guérie. Et me voilà de retour à la pharmacie pour acheter des trucs que j'aurais pu prendre dans n'importe quel centre commercial (j'ai eu la même plaie récemment, je n'ai rien fait, au bout de quatre semaines elle avait disparu). Quant au psoriasis dans les cheveux, il a disparu après deux ou trois shampoing avec un truc antipelliculaire suite aux conseils d'un copain.

Je vais raconter une autre anecdote, tiens ! Un jour, j'avais le palpitant qui partait en couilles. Le docteur m'avait faire des prises de sang et différents examens. En marge, je lui avais dit que j'avais parfois très mal aux articulations des doigts. Elle s'était foutue de ma gueule : c'était de la goutte. A mon âge. Je me rappelle ses propos : vous allez voir, cela fait très mal mais n'est pas dangereux. Un peu après, je raconte ça au médecin du travail qui me dit : vous, vous mangez beaucoup de tomates. Je réponds : non, j'ai horreur de cela. Il me dit : des champignons, alors ! Gagné ! J'en mangeais presque tous les jours.

Du coup, j'ai plus confiance dans la médecine du travail que la traditionnelle.

La cinquième est que le système va mal. Vous avez déjà tenté d'avoir un rendez vous chez un généraliste en Centre Bretagne sans vous y prendre quatre semaines à l'avance ? Vous avez déjà été pris dans la demi heure aux urgences ?

La sixième est que cela va aller de pire en pire. L'ami Gilles, le véritable organisateur de la rencontre, en parle dans son blog. La vérité est que les complémentaires vont prendre le dessus parce que l'offre médicale étant insuffisante et compliquée, il vous faudra téléphoner à votre complémentaire pour savoir quoi faire. Regardez bien autour de vous, tous les cas un peu particuliers auxquels vous avez eu à faire. Vous n'auriez pas aimé de l'assistance, un service qui vous conseille, qui vous dise quoi faire ?

Et seuls ceux capables de payer une véritable complémentaire privée pourront en profiter et la médecine sera de plus en plus inégalitaire car progressivement, les « déremboursements » vont augmenter, les maladies prises en compte à 100% diminuer, le tout au nom d'une logique comptable.

Le médecin libéral défendra nécessairement sa corporation, a priori pour gagner plus d'argent mais il n'est pas le principal fautif dans cette histoire, le fautif est une organisation de la sécurité sociale depuis des années, avec un tas de rustines dans tous les sens, imposées par l'Etat ou les organismes sociaux. Au moment du déploiement de la carte vitale, j'avais observé l'avancement des travaux (c'est très proche de mon domaine professionnel) et je regarde les évolutions...

Quand un type est malade, il faut le soigner. Pourquoi mettre une photo sur une carte vitale qui ne sert pas à grand chose si ce n'est à identifier un patient ? Est-ce que, finalement, tout cela ne coûterait pas excessivement cher pour une utilité médiocre ? Est-ce que le tiers payant généralisé incitera les plus démunis à se faire soigner sachant qu'ils devront quand même payer la partie non remboursée ?

Depuis quinze ou vingt ans, je suis opposé à tous les replâtrages de la sécu mais je veux bien écouter tout ceux qui ont quelque chose à dire...


25 commentaires:

  1. D'un autre côté, si on arrêtait de soigner les pauvres pour un oui ou pour un non (je ne parle même pas des nègres, des pédés, des filles-mères et des socialo-communistes), je ne serais pas obligé d'attendre trois mois pour avoir un rendez-vous chez mon dermatologue !

    Donc, vivent les médecins à 80 € la consultation, dont la Sécu ne rembourserait que le tiers (au maximum) : on aurait plus de place dans les salles d'attente.

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    1. Non. Les médecins à 80€ pour ceux qui gagnent moins de 2000 euros par mois. Pour les autres, une telle somme est dérisoire, autant qu'ils ne payent pas.

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  2. Le coup de la photo sur la carte vitale vous avez raison çà a coûté 200 millions ça a été très difficile à mettre en oeuvre et la Secu était contre mais Douste Blazy l'a décidé parce qu'on racontait que les immigrés soignaient toute la famille avec la même carte vitale. Au final ça ne sert à rien la photo est toute petite on ne reconnaît pas la personne.

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    1. D'autant qu'il est bien connu que ces gens-là se ressemblent tous…

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  3. Il vous reste encore quelques jours pour vous inscrire au MOOC sur le sujet https://www.france-universite-numerique-mooc.fr/courses/en3s/77001/session01/about

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    1. Tu sais qu'on peut parler des banques sans être banquiers, des aéroports sans être pilote de ligne ? Tu nous propose une formation centrée sur les dirigeants de la sécu, faite par des types qui bossent pour la sécu et des types qui forment des dirigeants de la sécu ?

      Pas un toubib, pas un représentant des syndicats, pas un politique...

      Ce n'est pas bien de prendre les autres de haut, ça amène à des erreurs. On est électeurs et contribuables.

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  4. La formation est faite par des experts de la sécu mais elle est destinée grand public. Il y a eu 6000 inscrits.

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  5. Elle n'a pas vocation à polémiquer mais à expliquer un fonctionnement complexe .

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    1. Je sais que c'est complexe. Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse.

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  6. Bien sûr que la Sécu est un truc de gauche, puisque, comme l'impôt sur le revenu, et contrairement aux complémentaires, c'est un système de redistribution des revenus : chacun cotise en fonction de ses revenus, pour des soins (en théorie) identiques pour tous et uniquement fonction de son état de santé ; alors que dans une assurance, on peut choisir le niveau de couverture en fonction de ce que l'on paye.

    Ce n'est que depuis l'extension relativement récente des dépassements d'honoraires ( réservés aux spécialistes, et pas à tous) que les professions médicales sont devenues "libérales"; sinon, une profession dont les tarifs sont négociés et non pas fixés par la loi du marché ne peut être qualifiée de "libérale". Par contre, la Sécu devrait avoir le droit, comme en Allemagne, de ne conventionner les médecins que là où elle estime qu'ils sont nécessaires, puisque c'est elle qui solvabilise leurs patients ( rappelons qu'aucun médecin n'est obligé de se conventionner.)

    Ensuite, la Sécu est abusivement assimilée à la médecine de ville : l'essentiel des dépenses vient des hôpitaux, et, de plus en plus, des prix des nouveaux médicaments, notamment anticancéreux et issus du génie génétique.

    Enfin, depuis que, depuis la création de la CMU, toute personne résidant légalement en France depuis plus de 3 mois y a droit, il n'y a aucune raison de maintenir la multiplicité des caisses par professions; grosses économies d'échelle, mais... 50 000 emplois inutiles supprimés : il faut savoir ce qu'on veut.



    Ensuite, il y a longtemps que la gestion paritaire syndicats-patronat est un mythe : la Sécu est en réalité gérée par le ministère de la Santé.

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    1. Ben oui. Autant de raisons de se poser des questions.

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    2. Ert en prime ( mais il est peu probable que le syndicaliste du SML vous en parle...) :

      http://www.marianne.net/non-les-patients-ne-sont-pas-affreux-fraudeurs-100237852.html

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  7. De toutes façons, tout est là ( les réponses aussi, car il ne suffit pas de se poser des questions !) :


    http://www.marianne.net/elie-pense/La-Secu-peut-rester-la-meilleure-des-assurances-maladie-si_a157.html

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    1. Ben si : vous trouverez peu de médecins français d'accord avec cette analyse, et même qui en aient conscience.
      La grosse erreur, c'est de faire parler les médecins sur la santé (et encore plus ceux du syndicat le plus corporatiste qui soit et que vous avez choisi ) : ils connaissent bien les soins, mais absolument pas la santé.
      Si j'y connais quelque chose, ce n'est pas en tant que médecin, mais parce que j'ai enseigné pendant 10 ans l'économie et la gestion des systèmes de santé au CNAM : et, à force d'enseigner, on finit par comprendre quelques trucs...
      Lisez à tête reposée l'article dont je vous ai donné le lien : l'essentieml de a problématique y est.

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    2. Il vaudrait mieux comprendre avant d'enseigner. Et lisez mon billet. Je n'ai pas choisi ce syndicat. C'est lui qui m'a choisi.

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    3. " Il vaudrait mieux comprendre avant d'enseigner"

      C'était de l'humour...Bon, on ne m'y reprendra plus !

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    4. Une suggestion, pour en finir : envoyez dès à présent mon article dont je vous ai envoyé le lien à votre invité du 13 novembre; il faudra bien qu'il y réponde un peu lors de cette soirée, et, surtout, il se rendra compte (ou il s'imaginera...) qu'il devra parler à des gens auxquels il ne pourra pas raconter ses craques libéraux habituels .

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  8. S'agissant de la complexité du système de sécurité sociale, justement : elle est explicable par l'histoire, peut-être, mais pour sa bonne gestion et son efficacité, elle est injustifiée de nos jours et injustifiable : les gens en ont marre qu'on leur prélève 300€/mois sur une petite paye, au titre des prélèvements sécu,prévoyance et retraite ... et marre de n'avoir accès à rien du tout !
    C'est par ce "trou" de la sécu, que s'engouffre le discours simplificateur de Marine LE PEN ! Et lui il sera efficace pour supprimer tous les droits sociaux !
    Allons arrêtons, les photos sur les cartes, les délais insupportables de traitement des affiliations pour les gens pauvres,les colloques sur la complexité, et faisons bouger les lignes !

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    1. On est d'accord. C'est ce que je voulais expliquer à Olympe. Je veux bien croire que le tout fonctionne bien mais...

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  9. Ambroise Croizat et Pierre Laroque doivent faire des bonds dans leur tombe !

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  10. Ambroise Croizat et Pierre Laroque doivent faire des bonds dans leur tombe !

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